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Glaciers d'Alaska : une fonte moins rapide que prévue

Grâce à des outils plus précis, les chercheurs français du LEGOS ont établi que les glaciers d'Alaska avait fondu moins vite entre 1962 et 2006 que ce qui avait été prévu par leurs confrères américains. Pour autant, le rythme reste alarmant !

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Glaciers d'Alaska : une fonte moins rapide que prévue
Campagne de terrain sur les glaciers des Saint Elias (Alaska et Territoire du Yukon).
© M. J. Hambrey (Aberystwyth University)
   
Selon une étude menée par les glaciologues français du Laboratoire d'Études en Géophysique et Océanographie Spatiale (LEGOS - Université Toulouse 3/CNRS/IRD/CNES) et canadiens des universités de Colombie Britannique, publiée le 17 janvier dans la revue ''Nature Geoscience''1, les glaciers de montagne de l'Etat d'Alaska (Etats-Unis) ont perdu entre 1962 et 2006, environ 42 km3 (42 milliards de m3) d'eau par an. Ce qui a contribué au relèvement du niveau des mers à raison de 0,12 millimètre par an (mm/an), ''soit 34% de moins'' que ce qui avait été estimé en 2002 par les chercheurs de l'Institut de géophysique de l'Université de l'Alaska, dans une étude publiée dans la revue ''Science''2.

Si les chercheurs américains avaient évalué à 0,17 mm/an la contribution de ces glaciers à la hausse du niveau de la mer, leurs estimations étaient basées sur des mesures effectuées par altimétrie laser sur 67 glaciers en Alaska soit un cinquième d'entre eux, sur une période allant des années 1950 jusqu'au milieu des années 1990.

Les chercheurs de l'Université de l'Alaska située à Fairbanks, rappelle Etienne Berthier du LEGOS, avaient mesuré en 1995 puis en 2001 l'altitude de la surface de 67 glaciers avec un laser aéroporté le long de profils longitudinaux. Ils l'avaient ensuite comparée à celle cartographiée dans les années 1950-60. Les chercheurs en avaient ainsi déduit leurs variations d'épaisseur avant de les extrapoler aux autres glaciers. Leurs résultats, publiés en juillet 2002 indiquaient une contribution importante pour la période 1950-1995 (0,14 mm/an du niveau marin) qui doublait pour la période récente (après 1995).

L'équipe franco-canadienne, qui a comparé des images récentes fournies par les satellites SPOT 5 et ASTER avec les cartes des années 1950-60, montre que les glaciers d'Alaska ont fondu moins vite entre 1962 et 2006, qu'estimé dans les travaux des chercheurs américains.

En utilisant des images satellitaires, les chercheurs du LEGOS ont ainsi pu cartographier les pertes d'épaisseur des trois quarts des glaciers d'Alaska. Les images fournies par les satellites ont permis d'obtenir une ''meilleure résolution spatiale'', c'est-à-dire des relevés plus précis, soulignent les auteurs. En effet, contrairement aux chercheurs américains, l'équipe franco-canadienne a analysé l'impact des débris rocheux qui recouvrent certaines langues glaciaires - parties basses du glacier qui descend dans la vallée - et les protègent de la radiation solaire. Ainsi protégée du soleil, la glace fond par conséquent moins vite. Ce ''qui n'avait pas été pris en compte dans les travaux antérieurs'', souligne le LEGOS. De plus, leur échantillonnage était limité à des profils longitudinaux au centre de quelques glaciers ce qui a induit une surestimation de 50 % des pertes de ces glaciers ''car c'est au coeur du glacier qu'elles sont les plus importantes'', expliquent les scientifiques français.

Selon cette nouvelle étude, l'amincissement des glaciers d'Alaska est très hétérogène et démontre ''qu'il est difficile d'échantillonner ces structures spatiales complexes à partir de quelques mesures de terrain ou profils altimétriques''.

Les glaciers fondent à un rythme alarmant depuis les années 1990

Si les pertes des glaciers d'Alaska depuis 1962 sont certes plus faibles que ce que l'on pensait, les nouveaux résultats ne remettent toutefois pas en cause ''l'accélération spectaculaire'' de la réduction de la masse des glaciers depuis les années 1990. Ce qui, selon les chercheurs du CNRS et du LEGOS, correspond à une contribution de 0,25 mm/an à la hausse du niveau marin, ce qui s'avère ''un signe inquiétant'' à la future montée du niveau des mers, ont averti les scientifiques. ''Parmi les différentes régions englacées du globe, c'est en Alaska et au nord du Canada, où les glaciers occupent 90.000 km2, que les pertes sont les plus importantes''.

Rappelons que les chercheurs de l'Université de l'Alaska avaient pu établir que 85% de ces glaciers fondaient bien plus vite que prévu avec un rythme qui a même doublé depuis le début des années 1990. ''La plupart des glaciers ont minci de plusieurs centaines de mètres à basse altitude et d'environ 20 mètres à haute altitude'', avait alors souligné en 2002 le géologue Keith Echelmeyer, qui dirigeait l'équipe scientifique.

Deux glaciers (celui de Columbia, dans la baie de Prince Williams, et celui de Bering, dans les Monts St-Elias) diminuent de volume à un rythme inquiétant. Ainsi selon les chercheurs du LEGOS, l'amincissement qui peut atteindre plus de 10 m/an pour le glacier Columbia reste important.

Notes

1 - Berthier, E., Schiefer, E., Clarke, G.K.C., Menounos, B., & Remy, F. (in press). Contribution of Alaskan glaciers to sea level rise derived from satellite imagery. Nature Geoscience. 2 - Arendt et al, Rapid wastage of Alaska glaciers and their contribution to rising sea level, Science 297, 382-386 (2002).

Réactions1 réaction à cet article

 
fonte ?

Recul c'est sur, fonte ? est-ce vérifié ?
S'il a fonte il y a augmentation du débit d'eau aval.
Un recul sans augmentation du débit aval c'est autre chose.
Débit d'eau aval, grandeur facilement quantifiable.
Quid du débit aval des glaciers ?

seredenpid | 24 janvier 2010 à 17h39
 
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