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L'ADEME publie ses recommandations pour calculer le bilan énergétique et climatique des agrocarburants

Attendue depuis plusieurs mois, l'ADEME publie sa nouvelle méthodologie pour évaluer les impacts énergétiques et climatiques des agrocarburants produits en France. Les résultats de cette méthode ne seront toutefois disponibles qu'à la fin de l'année.

Energie  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
   
L'ADEME publie ses recommandations pour calculer le bilan énergétique et climatique des agrocarburants
Fleur de colza
© Marvin Simchen
   
En 2002, une première étude de l'Agence de l'Environnement et de la Maitrise de l'Energie (ADEME) et du Ministère de l'Industrie avait conclu au bilan positif des agrocarburants de première génération en termes d'émissions de CO2 et de gain énergétique : 60 % pour le bioéthanol produit à partir de blé et de betterave et 70 à 75 % pour le diester produit à partir de colza et de tournesol.
Depuis, l'image des agrocarburants a fortement évolué et les études mettant en doute leurs intérêts se sont multipliées. Dans un rapport publié mercredi, l'agence humanitaire Oxfam révèle ainsi que les agrocarburants sont responsables de 30% de l'augmentation des prix des denrées alimentaires dans le monde alors qu'au même moment l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) prévoit un doublement de la production mondiale d'agrocarburants d'ici 2030.
Des divergences sont surtout apparues entre les méthodes d'analyse du cycle de vie (ACV) et du bilan environnemental déployées par les différents Etats membres de l'Union européenne. C'est pourquoi, l'ADEME, conjointement avec l'Institut Français du Pétrole (IFP), le ministère de l'écologie, le ministère de l'agriculture et l'Office national interprofessionnel des grandes cultures (ONIGC), a lancé dès juillet 2007 un appel d'offres pour réaliser une étude sur « la méthodologie à appliquer pour établir le référentiel des bilans d'énergie, de GES et des polluants atmosphériques locaux des biocarburants de 1ère génération en France ».

Quatre facteurs clefs

Après un an de travaux, l'ADEME publie ses observations et ses conseils quant à la méthode à employer. Elle révèle premièrement que le changement d'affectation des sols est un des facteurs déterminants pour le calcul des bilans. Si les puits de carbone que sont les prairies et les forêts sont transformés en terres de culture pour des biocarburants, le carbone stocké est largué dans l'atmosphère et le bilan d'émissions de GES devient très négatif, explique l'ADEME. Il faut par exemple 200 ans pour revenir à un bilan CO2 positif quand une forêt est abattue au profit d'une culture destinée à la production de biocarburant, ajoute-t-elle.

La répartition des consommations et des émissions de GES entre produits et coproduits est également un élément clef pour les calculs. Pour répartir les émissions de GES entre les agrocarburants (le produit principal) et les coproduits de fabrication (tourteaux par exemple), l'étude recommande de se baser sur le contenu en énergie respectif des agrocarburants et des co-produits. Cette préconisation rejoint celle de la proposition de directive européenne relative à la promotion des énergies renouvelables.

Autre point important : les quantités de protoxyde d'azote (N2O) émis à la suite de l'épandage d'engrais azotés sur les cultures énergétiques. Rappelons que le N2O est un gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement est 296 fois supérieur à celui du CO2. Pour réaliser un calcul précis, il est donc nécessaire de connaître la part de l'azote déposée par les engrais qui sera converti en N2O atmosphérique. Plus ce transfert sera important, plus le bilan climatique risque d'être négatif. Selon l'ADEME, ce facteur varie en fonction du type de cultures et de la nature des sols. Les analyses internationales utilisent en général un facteur de conversion compris entre 1 % et 5 %. Dans son étude, l'agence recommande de retenir la valeur de 1,33 % préconisée par l'IPCC (Panel intergouvernemental sur le changement climatique). Pour plus de précisions, elle recommande toutefois de poursuivre les travaux de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) pour obtenir des facteurs d'émission spécifiques des cultures françaises.

L'ADEME a par ailleurs cherché à prendre en compte les émissions de GES et les consommations d'énergie relatives à la phase de construction des infrastructures (silos, bâtiments agricoles, usines) et des équipements (tracteurs, machines) nécessaires à la production des agrocarburants. Rappelant que l'objectif de l'ACV est de comparer les filières agrocarburants et les filières pétrolières, l'étude recommande de ne pas prendre en compte ces données puisqu'elles ne sont pas comptabilisées pour la filière pétrolière.

Des résultats culture par culture attendus pour la fin de l'année

 
Cette étude permettra de mener à son terme le bilan exhaustif et contradictoire recommandé par le Grenelle de l'Environnement  
ADEME
 
Au final, l'ADEME recommande de modifier les méthodes actuelles de calcul des performances des agrocarburants. Ces modifications tendent à réduire potentiellement les économies de gaz à effet de serre associées mais l'agence reste convaincue de l'intérêt et de la fiabilité des bilans des filières françaises aux vues des données dès aujourd'hui disponibles. Elle rappelle à ce sujet que la Politique Agricole Commune (PAC) mise en œuvre en France et en Europe restreint la conversion des prairies permanentes. Les impacts liés à la reconversion des sols seraient donc négligeables sur ces territoires. En revanche, l'ADEME reconnaît que la question des matières premières agricoles importées reste posée. L'étude recommande par conséquent un suivi international de l'utilisation des sols ainsi qu'un approfondissement des études existantes relatives aux changements d'affectation dans l'objectif d'aboutir a un mode de prise en compte explicite.

En attendant l'agence poursuit ces analyses et lance dès aujourd'hui, en association avec le ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement Durable et de l'Aménagement du territoire (MEEDDAT), le ministère de l'Agriculture et de la Pêche et l'ONIGC, une étude complémentaire pour actualiser les données disponibles sur les différentes filières et évaluer sur la base de ce nouveau référentiel, leurs bilans culture par culture. Cette étude permettra de mener à son terme le bilan exhaustif et contradictoire recommandé par le Grenelle de l'Environnement, explique l'ADEME. L'agence y voit également le moyen de préparer la mise en place d'un dispositif permettant de garantir le caractère durable des agrocarburants, en lien avec les travaux en cours au niveau européen.

Les résultats de cette étude devraient être disponibles à la fin de l'année 2008 et ils sont attendus avec impatience par les industriels du secteur. L'étude apportera ainsi des éléments permettant de lutter contre les récents amalgames qui tendraient à remettre en cause les avantages de l'ensemble des biocarburants, sans distinction d'origine ni de modalités de production, espère Prolea, industriel producteur de biodiesel.

Réactions2 réactions à cet article

 
ademe mission

On peut se demander quel est le degré d'indépendance de l'ademe par rapport au gouvernement, les biocarburants oui mais français voila qui va faire plaisirs aux céréaliers qui n'avient déjà pas besoin de ça.Et puis pour faire d'une pierre 2 coups on pourrait y intégrer 20% de carburants issue de l'agriculture biologique mais de qui se moque t'on les biocarburants sont une aberation je ne reviendrais pas sur les chiffres ce serait trop long,efficacité énergétique insuffisante ,pollutions des sols,exonération en tout genre ,augmentation du prix des denrées alimentaire,etc,etc comment l'ademe peut elle cautionner cela?????
Le seul carburant qui pourrait etre considéré comme "bio" c'est l'huile végétale pure et encore comme solution de transition et pour un nombre de véhicules limitées mais ça on en parle pas,motus .L'avenir s'annonce trés sombre.

lg | 27 juin 2008 à 18h53
 
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Une bonne chose

Les résultats de cette l'étude sont peut-être discutables (à voir à l'avenir) mais l'avancée ici vient du fait qu'on se pose la question clairement en approffondissant le sujet. On s'aperçoit bien sûr que la problématique n'est pas généralisable et ce document permettra probablement d'offrir un cadre à des études spécifiques (type de biocarburants, zone géographiques, pratiques culturales) qui complèteront la base de nos connaissances sur le sujet.

Maintenant, cette étude ne se veut pas exhaustive, elle serait à compléter avec des études portant sur des approches économiques (impact sur les marchés), sociales, culturelles, éthique, en terme d'impact sur la biodiversité (souvent irréversibles), ...

Il faut partir du principe qu'il faut mieux connaître pour prendre des décisions efficaces. C'est-à-dire qu'on devra prouver (de manière irréfutable) le faible intérêt des agrocarburants de 1ère génération pour convaincre de les abandonner dans leur grande majorité.

Lucas | 04 juillet 2008 à 09h50
 
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