En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Sécurité énergétique : l'Europe en souffrance

La sécurité d'approvisionnement en énergie de l'Europe est incertaine après les événements marquants de 2011. CapGemini estime même, dans son analyse annuelle des marchés de l'énergie, que des coupures d'électricité pourraient avoir lieu cet hiver.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
Sécurité énergétique : l'Europe en souffrance
   

L'incertitude. C'est le mot qui revient constamment lorsqu'il est question de l'avenir énergétique de l'Europe. L'année 2011 a été marquée par de nombreux événements, qui ont bouleversé la donne. Le ''printemps arabe'' a eu un impact sur les marchés du pétrole et du gaz et la sécurité d'approvisionnement, l'accident nucléaire de Fukushima a ralenti la ''renaissance du nucléaire'', la crise économique a réduit la marge de manœuvre des gouvernements quant aux investissements dans des infrastructures énergétiques…

Le treizième édition de l'Observatoire européen des marchés de l'énergie (OEME), publiée le 26 octobre par CapGemini, revient donc sur les risques et les enjeux du secteur à court et moyen termes. Quelques certitudes émergent, comme la baisse de la sécurité énergétique, la hausse du prix de l'énergie et le besoin accru d'investissements.

''La croissance de la consommation énergétique conjuguée aux événements mondiaux de 2011 et aux faibles investissements crée un contexte européen de moindre sécurité d'approvisionnement énergétique, à court et long terme. La conjugaison de ces éléments pourrait entraîner une augmentation des émissions de gaz à effet de serre du fait d'une baisse de la production d'électricité nucléaire et conduire à la croissance des prix de l'énergie, analyse Colette Lewiner, directeur international du secteur Energie, Utilities et Chimie chez Capgemini. Même si un nouveau ralentissement économique se produisait en Europe, il masquerait ces effets à court terme mais l'impact à plus long terme serait encore plus important. A cause notamment du manque d'investissements dans les énergies décarbonnées durant la crise, la limitation de la hausse des températures et la sécurité d'approvisionnement énergétique seront difficiles à garantir''.

Le développement de l'énergie nucléaire devrait se poursuivre malgré Fukushima

''L'accident de Fukushima a eu un impact significatif sur l'approvisionnement en énergie nucléaire'', note CapGemini. Pour l'heure, les projets existants et futurs sont soumis à des tests de sécurité, les projets en construction ont été retardés. ''Il est trop tôt pour évaluer de façon précise le nombre d'installations qui passeront avec succès ces « tests de résistance » et se mettront en conformité avec les modifications requises tant sur la conception que pour l'exploitation. Cependant, à l'exception de tous les réacteurs allemands et peut-être japonais, il semble probable que la grande majorité des réacteurs sera autorisée à continuer de fonctionner'', estime le cabinet de conseil.

Plusieurs pays ont également décidé de sortir progressivement du nucléaire (Allemagne, Suisse) ou d'annuler leur relance du nucléaire (Italie). A l'inverse, la Chine, la Corée du Sud, la Russie, le Moyen-Orient, le Royaume-Uni, la France et la République tchèque ont fait part de leur volonté de poursuivre leurs investissements dans le nucléaire. ''Plus des trois quarts des 62 réacteurs actuellement en construction dans le monde sont situés en Asie (28 en Chine, 5 en Inde, 5 en Corée du Sud, 2 au Japon) et 10 en Russie. Ces pays étant confrontés à d'importants besoins en énergie, ils devraient tous poursuivre ces projets, probablement à l'exception du Japon, analyse CapGemini. De plus, les Emirats Arabes Unis, d'autres pays du Moyen-Orient ainsi que des pays ayant déjà quelques centrales nucléaires (l'Argentine, le Brésil et l'Afrique du Sud… ) ont déclaré vouloir poursuivre leurs programmes de construction de nouveaux réacteurs''.

Le gaz, grand gagnant de la nouvelle donne

L'accident de Fukushima aura cependant conduit à repenser le mix énergétique de demain. L'Agence internationale de l'énergie a d'ailleurs revu ses scénarios prospectifs et estime que ''la consommation mondiale de gaz devrait augmenter de 50 % entre 2011 et 2035, et sa part dans le mix énergétique atteindre 2 5% – contre 21 % aujourd'hui – légèrement en dessous de celle du pétrole (27 %)''.

Si les énergies renouvelables vont se développer davantage, les centrales à gaz devraient voir leur part dans le mix énergétique évoluer, du fait de leur coût de production moins élevé.

Pour soutenir le développement des énergies renouvelables, l'UE devrait ''s'inspirer des mesures récemment votées au Royaume-Uni. En effet, pour faire face aux besoins d'investissements dans le secteur électrique (estimés à 110 milliards de livres d'ici à 2020) et aux objectifs contraignants de réduction des émissions de CO2, le gouvernement britannique a décidé de mettre en place des mesures [… qui] instituent un prix plancher pour les permis d'émission de CO2 et introduisent des contrats long terme à prix fixe pour toute forme de production d'électricité à faible émission de CO2''. La mise en place d'un marché de capacité est également prévue afin de rémunérer la puissance électrique disponible.

Une moindre sécurité énergétique

En attendant, l'UE devrait voir sa dépendance au gaz russe croître dans les prochaines décennies. ''En 2010, l'Europe a importé 113 milliards de mètres cubes de gaz par gazoduc depuis la Russie, soit 33 % des importations totales de gaz. En 2030, le gaz acheminé par les gazoducs de Gazprom devrait représenter 50 % de l'approvisionnement total de gaz de l'Europe''. Cette forte dépendance au gaz russe constitue une inquiétude et un risque pour la sécurité d'approvisionnement européenne. L'Allemagne, en sortant progressivement du nucléaire, devrait être particulièrement concernée. L'étude passe en revue les différents moyens d'améliorer cette sécurité d'approvisionnement : l'accélération de la construction de nouveaux pipelines, l'accroissement des capacités de stockage, l'amélioration de la fluidité du réseau de gaz, l'augmentation des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) ainsi que l'exploration et l'exploitation de gaz non-conventionnel, dont les principaux gisements européens se situent en France et en Pologne. L'efficacité énergétique est également identifiée comme l'un des moyens les plus rentables pour améliorer la sécurité de l'approvisionnement énergétique.

A court terme, CapGemini souligne les risques de black out pour l'hiver prochain. La fermeture d'une partie de son parc nucléaire a conduit l'Allemagne à importer davantage d'électricité (dont 2.000 MW par jour depuis la France). ''Cependant, durant les périodes de pointe de consommation, la France importe de l'électricité principalement d'Allemagne ; ce qui ne sera plus possible dans les années à venir. Il existe donc une menace sur la continuité de la fourniture électrique pendant l'hiver 2011/2012 et les hivers suivants car les pointes de consommation augmentent d'année en année. Ainsi en 2010, l'augmentation a été de 9,5% en Allemagne et de 4,7% en France''.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Sophie Fabrégat

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager