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Le ministère de l'Ecologie évalue a minima le coût sanitaire de la pollution de l'air

La pollution de l'air coûterait de 0,9 à 1,8 milliards d'euros par an au système de santé français. Cette évaluation est à considérer comme un minimum, tant le nombre de cas et les coûts associés sont sous-estimés.

Risques  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°347 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°347
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Entre 0,9 et 1,8 milliard d'euros. Tel est le coût supporté par le système de soin français du fait des principales pathologies respiratoires dues à la pollution de l'air, selon une étude officielle publiée ce jeudi 9 avril. L'asthme représente à lui seul entre 40 et 60% de ce montant.

Ce chiffrage reste un minimum indicatif car il se base sur des évaluations souvent anciennes et des coûts de traitements sous-estimés, du fait de la non prise en compte des coûts des examens et traitements complémentaires. De même, l'étude retient un périmètre restreint. L'utilisation du périmètre de l'OMS "éviterait une sous-estimation", souligne l'étude qui liste les coûts manquants : recherche, prévention, dépistage et surveillance. Surtout que "dans le cas de la pollution de l'air en France, la définition de l'OMS a une résonance particulière", souligne l'étude, rappelant que l'Etat finance depuis plusieurs années de nombreuses recherches dont "les coûts cumulés (…) ne sont pas négligeables et devraient être inclus dans le coût total".

L'étude, intitulée "Estimation des coûts pour le système de soins français de cinq maladies respiratoires et des hospitalisations attribuables à la pollution de l'air", a été rédigée par le service de l'économie, de l'évaluation et de l'intégration du développement durable (SEEIDD) du commissariat général au développement durable (CGDD). Elle évalue les coûts de la prise en charge des patients par le système de soin pour cinq maladies attribuables à la pollution de l'air : l'asthme, les bronchites aiguës ou chroniques, les broncho-pneumopathies obstructives chroniques (ou BPCO), les cancers des voies respiratoires et certaines affections du système cardio-vasculaire.

Pour rappel, une précédente étude, finalisée en 2012, évaluait entre au moins 20 et 30 milliards d'euros par an le coût sanitaire de la pollution de l'air pour la France métropolitaine.

Asthme et bronchites arrivent en tête

L'asthme apparaît comme la principale maladie respiratoire associée à la pollution de l'air. Le nombre de cas attribués à l'environnement oscillerait entre 400.000 et 1.400.000 par an pour un coût annuel compris entre 315 et 1.102 millions d'euros. Mais ce coût "pourrait être supérieur d'au moins 20%" car les frais de traitement actuels sont "largement plus élevés que ceux de 2002 retenus dans l'étude : l'estimation du coût annuel de traitement pour un asthme intermittent est aujourd'hui d'environ 780 € contre 443 €, montant retenu dans cette étude".

Les broncho-pneumopathies obstructives chroniques (BPCO) impactent de 47.900 à 72.000 nouveaux patients par an du fait de la pollution atmosphérique, pour un coût évalué entre 123 et 186 millions d'euros par an. Là encore, ces "valeurs [sont] très largement sous-estimées", en particulier du fait d'une "sous-estimation importante du nombre des malades". En effet, jusqu'à 3,5 millions de Français seraient atteints sans être diagnostiqués, alors même qu'ils peuvent être suivis pour des affections cardiaques ou circulatoires "totalement inhérentes à leurs BPCO". Par ailleurs, le coût des soins, en particulier en fin de vie, est lui aussi très largement minoré dans l'étude.

Les bronchites chroniques font l'objet de 120.000 nouveaux cas par an du fait de la pollution atmosphérique, pour un coût de 72 millions d'euros. A cela s'ajoutent les 450.000 enfants et 500.000 adultes atteints de bronchites aiguës liées à la pollution de l'air, pour un coût de 171 millions d'euros.

De 1.600 à 4.000 nouveaux cancers par an

Restent les cancers causés par la pollution de l'air, qu'ils touchent les voies respiratoires basses (poumons, bronches et plèvre) ou hautes (lèvres, cavité orale et pharynx). Globalement, ils occasionnent de 50 à 130 millions d'euros de coûts de santé annuels. "Il faut noter cependant que le coût des cancers utilisé dans cette étude est très éloigné de la réalité car il ne prend en compte que les coûts curatifs (radiothérapie, chimiothérapie,…), d'hospitalisations et d'examens", signale l'étude. Avec entre 1.608 et 4.020 nouveaux cas par an, les cancers des voies respiratoires basses représentent la grande majorité des cancers attribués à la pollution de l'air, ceux affectant les voies respiratoires hautes touchant de 76 à 380 Français par an.

Enfin, l'étude se penche aussi sur les hospitalisations pour cause respiratoire (13.800 cas par an, selon les données de 1999) et pour cause cardiovasculaire (19.800 cas par an). Elles coûtent respectivement 62 et 93 millions d'euros par an au système de santé français.

Réactions2 réactions à cet article

 

Ca reste très cher bien sûr, mais c'est en effet plus qu'étonnant quand on sait que l'ANSES a évalué, il y a pile un an, le coût de la seule pollution de l'air intérieur, à 19 milliards d'euros par an !!
Et encore, n'étudiant que les 6 polluants principaux mais selon une autre méthodologie...

source (pour mémoire) :
https://www.anses.fr/fr/content/premi%c3%a8re-%c3%a9tude-en-france-sur-l%e2%80%99estimation-du-co%c3%bbt-de-la-pollution-de-l%e2%80%99air-int%c3%a9rieur

Comme pour les estimations de manifestations, Il y a donc un facteur de 10 entre les 2 estimations : dans ces cas-là je suis enclin à penser que la réalité est quelque part entre les deux.

Enfin, je serais intéressé de savoir commment on discrimine, dans les cas de BPCO, ceux qui sont causés par le tabagisme (dont la BPCO est, à ma connaissance, la principale cause)

Philippe | 10 avril 2015 à 10h18
 
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S'agissant des BPCO le méthodologie retenue est la suivante:

Selon les données du ministère de la Santé, il y a eu en 2009 quelque 40.763 nouveaux cas de BPCO sévères (les seuls cas comptabilisés).

Selon la Société de pneumologie en langue française (SPLF) les cas sévères représentent 8,5% du total (selon les données 2005-2010), ce qui donne ici un total de d’environ 479 500 cas.

Enfin, l'étude retient 10% de ce total pour les BPCO liées à des facteurs environnementaux. Trois études appuient cette approche. Une étude de 2001 (Hollander et Mesle du RIVM22) qui indique que 5-15 % du total des maladies respiratoires chroniques sont liés à l'environnement. Deux autres études (min de la Santé 2005-2010 et American Thoracic Society 2002) indiquent une réparticion des cas comme suit : 80% des BPCO sont attribuables au tabac, 10% à une exposition
professionnelle et les 10% restant à l’environnement.

Bien cordialement,

Philippe Collet

Philippe Collet | 10 avril 2015 à 11h19
 
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