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De la difficulté d'évaluer la valeur économique des zones humides

Dans une note sur la valorisation des services rendus par les zones humides, le CGDD analyse, à travers l'étude de trois sites tests, les avancées et les limites des exercices de monétarisation des services rendus par ces milieux naturels.

Biodiversité  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
De la difficulté d'évaluer la valeur économique des zones humides

Ecrêtement des crues, purification de l'eau, régulation du climat, maintien de la biodiversité… Les zones humides rendent de nombreux services qui justifient leur préservation, alors qu'elles sont aujourd'hui très menacées. Le Commissariat général au développement durable (CGDD) a mené plusieurs études afin d'attribuer une valeur monétaire aux différents services rendus par ces milieux.

Les travaux du CGDD ont été menés sur trois sites tests dans le bassin Seine-Normandie (le Parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin, la plaine alluviale de la Bassée et la moyenne vallée de l'Oise), représentatifs d'une grande diversité de typologies (marais, estuaires, tourbières, lacs et étangs, etc.).

Ils ont permis "une avancée méthodologique significative : la valorisation économique des services rendus est de plus en plus élaborée et exhaustive, mais reste encore incomplète du fait de l'impossibilité d'appréhender certains types de valeurs, faute de méthode de monétarisation", estime le CGDD, ajoutant :"Les résultats monétaires obtenus sur ces trois sites s'inscrivent dans un même ordre de grandeur et pourraient donc servir à la construction de valeurs de référence pour ce type de milieu naturel".

Le CGDD souligne cependant les nombreuses limites de ces exercices de monétarisation. Il estime néanmoins qu'ils "peuvent être très utiles pour hiérarchiser des enjeux de gestion d'espaces naturels, ou dans le cadre d'études comparatives de scénarios de futurs plausibles et différenciés pour comparer les conséquences futures de choix de politiques publiques ou de choix d'aménagements".

Dix services écologiques passés au crible

Le CGDD a d'abord mené une analyse écologique des sites "afin de comprendre au mieux les fonctions en lien avec le contexte et les usages spécifiques du site", préalable nécessaire à l'évaluation économique des services rendus.

"Les résultats totaux à l'hectare des trois sites sont de même ordre de grandeur. La valeur légèrement plus basse de la moyenne vallée de l'Oise est due au nombre moins important de services chiffrés sur ce site (8 contre 10 pour les deux autres sites), ainsi qu'à une faible valeur des services culturels", indique l'étude.

Le CGDD a ensuite estimé la valeur économique des services rendus. Par exemple, "de par leur situation géographique et leur capacité conséquente de rétention des crues, les zones humides de la Bassée jouent un rôle crucial dans les épisodes d'inondation importants, pouvant ainsi limiter les dégâts en aval du site jusqu'à Paris". Ce service est évalué entre 210 et 3.840 €/ha/an. "L'importance de la fourchette donnée est due à la grande diversité des coûts qu'il faudrait engager en cas de disparition du service de rétention des crues (construction d'un barrage ou de casiers de sur-stockage)". A l'inverse, de par une capacité de rétention des crues moins élevée, les populations protégées par la moyenne vallée de l'Oise sont moindres, ce qui explique une valorisation monétaire plus faible.

Pour la purification de l'eau, ont été pris en compte les usages qui en découlent (alimentation en eau potable, pêche à pied amateur, pêche à pied professionnelle, conchyliculture...) et le nombre d'usagers. Dans les marais du Cotentin et du Bessin, la valeur de ce service est évaluée entre 830 et 890 €/ha/an.

L'étude évalue également les services rendus pour certaines activités (agriculture, chasse, pêche, tourisme…). La difficulté relève parfois de la définition de critères objectifs pour un service rendu plutôt subjectif, tel que la valeur esthétique et récréative d'un site. "Le réel potentiel récréatif de la Bassée peine à se valoriser d'un point de vue touristique, d'une part pour des raisons anthropiques (desserte ferroviaire quasi-inexistante, offre en hébergements faible, nombreux terrains privés, manque d'équipements de loisirs) et d'autre part pour des raisons écologiques (site peu spectaculaire, boisements monotones, présence importante de moustiques). Sur le site de la moyenne vallée de l'Oise, les itinéraires de randonnée sont peu nombreux et relativement peu fréquentés jusqu'à présent". De ce fait, la valeur de ce service pour ces deux sites est estimée comme négligeable, alors que dans les marais, elle est chiffrée entre 290 et 1.170 €/ha/an.

Une approche anthropocentrée ?

Pour mener l'analyse économique des services rendus par ces zones humides, le CGDD a conjugué différentes méthodes de monétarisation sur un même site : enquêtes auprès de la population, recours à la méthode des consentements à payer… Ce qui, se félicite le commissariat, lui a permis de chiffrer un grand nombre de services afin d'approcher d'une valeur économique totale des services rendus par les zones humides. Pour les marais du cotentin et du Bessin, celle-ci est estimée entre 2.400 et 4.400 €/ha/an, alors que pour la plaine de la Bassée, elle se situe entre 1.300 et 6.700 €/ha/an et pour la vallée de l'Oise, entre 1.200 et 3.400 €/ha/an.

Mais, prévient le CGDD, "malgré sa dénomination, la valeur économique totale des services rendus par les zones humides ne peut être considérée comme totalement exhaustive en l'état actuel des connaissances. En effet, certaines valeurs n'ont pas pu être appréhendées, faute de méthode de monétarisation existante pour le faire". Ainsi, les impacts marchands sur le tourisme, la santé et les écosystèmes situés à l'extérieur des sites étudiés (impacts de la purification de l'eau sur les populations de poissons et d'oiseaux nichant en aval, impacts du bon fonctionnement de ces sites sur la pollinisation agro-forestière des régions concernées) ne sont pas chiffrés.

Le fait même d'interroger la population ou de mesurer les impacts positifs sur les activités humaines donne à l'exercice un caractère anthropocentré et pose la question de l'échelle de population à prendre en compte. "Les valeurs obtenues pour plusieurs services rendus par les zones humides dépendent presque exclusivement du nombre d'individus concerné. Ainsi, dans le cadre des enquêtes menées auprès de la population, une rapide revue bibliographique a permis de se rendre compte que les consentements à payer unitaires pour la préservation de la biodiversité sont relativement semblables quel que soit le site étudié. La valeur finale du service dépendra alors du nombre d'individus à qui l'on attribue ce consentement à payer".

Le CGDD estime donc que les prochains travaux de monétarisation doivent davantage porter sur l'identification des populations concernées par chacun des services rendus et plus généralement par les usages.

Réactions5 réactions à cet article

 

Ca y est, nous y sommes. Nous attribuons une valeur monétaire à ce qui, jusqu'à présent, avait une valeur qui allait bien au-delà de l'argent. Donc, prenons une des zones humides citées : 30000 euros/ha par ex. Mettons qu'un très gros investisseur veuille faire un complexe hôtelier. Il allonge le fric, et hop ! Fi des contraintes environnementales, il a "compensé", on "recréera" soi disant une zone humide à côté et c'est parti pour le bétonnage. Ce cas de figure n'est pas fictif, ça existe déjà sur la côte méditerranéenne de l'Espagne.

Il faut arrêter avec cette monétarisation sous couvert de protection environnementale. L'effet produit sera exactement inverse, on rentre la biodiversité dans les lois du marché !

La valeur que j'accorde à une zone humide n'a pas de limite monétaire !

DM | 09 avril 2013 à 09h23
 
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Depuis les prémices de l'humanité, nous avons inventé une méthode pour évaluer la valeur de certaines choses : la monnaie. Il n'y a rien de nouveau en cela.

Dans notre société, un élément dont on se refuse à vouloir estimer la valeur a une valeur de 0. Ne pas faire l'effort d'estimer la valeur des zones humides leur donne une valeur monétaire nulle, ce qui rend leur dégradation pour tout projet économique bien plus réalisable. Est ce que cette estimation devrait constituer le seul critère d'évaluation ? Non. Mais même si réduire un élément à sa seule valeur financière estimée est une aberration, ne pas lui en donner une est le désarmer face aux acteurs économiques dans une réalité du monde actuel où la valeur prépondérante est la valeur monétaire.

La valorisation monétaire environnementale (par ailleurs très difficile à mettre en place, notamment pour ce qui est des zones humides) est un outil de progrès nécessaire dans le cadre de notre société autant qu'un cachet amer, mais certainement pas une fin en soi.

Ichthyosaura alpestris | 09 avril 2013 à 10h26
 
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Ne pas oublier que les zones humides bénéficies de mesure compensatoire (LEMA ). Donc difficile pour un "bétonneur" d'agir sans qu'il paye très cher.
Un bon outil pour la gestion des zones humides, GWERN est un logiciel développé par le Forum des Marais Atlantiques.

Rom1 | 09 avril 2013 à 10h30
 
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Est-ce que ces messieurs et mesdames du CGDD ont évalué aussi le bilan économique de l'AMOUR qu'il portent à leur conjoint?
On s'en fou du bilan économique, on veut vivre en humain !!!!

Bioclim | 09 avril 2013 à 12h14
 
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Je rejoins ce qu'a avancé DM. les ZH ne doivent peut-être pas monétarisées pour ne pas les limiter dans leurs dimension financière.

Chafik | 09 avril 2013 à 16h59
 
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