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Construction neuve : comment le bois va tirer son épingle du jeu

Favorisée par la prochaine règlementation RE 2020 dans le neuf, la filière de la construction bois veut gagner des parts de marché d'ici à 2030. Le caractère bas carbone du bois est avantagé et la filière mise sur sa mixité avec les autres matériaux.

Bâtiment  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com
Construction neuve : comment le bois va tirer son épingle du jeu

La prochaine règlementation environnementale (RE) 2020 des bâtiments neufs intègrera la diminution de leur impact carbone, en considérant l'ensemble des émissions du bâtiment sur son cycle de vie. Son entrée en vigueur débutera au 1er janvier 2022. Et s'étalera jusqu'à 2031. Elle fait la part belle aux matériaux biosourcés comme le bois, qui stockent le carbone pendant la durée de vie du bâtiment.

Hélène Genin, déléguée générale de l'association Bâtiment bas carbone (BBCA), précurseur de la prise en compte du carbone dans la construction neuve, rappelle que l'association n'a jamais poussé un matériau par rapport à un autre, mais elle indique que le bois et les autres biosourcés « ont des atouts indéniables en ce qui concerne le sujet du carbone ». « D'une part, parce que dans leur procédé de fabrication, ils sont en général très peu émissifs, très peu transformés et ils nécessitent peu d'énergie polluante. Et d'autre part, en particulier pour tout ce qui est gros œuvre, le bois stocke du carbone capté par l'arbre dans la forêt et qui est sanctuarisé dans le bâtiment pendant des décennies ».

Vers un marché multiplié par cinq d'ici 2030

À terme, en 2030, pour les maisons individuelles, la construction en ossature bois deviendrait « la norme » et en logement collectif, les matériaux biosourcés seraient « systématiques en second œuvre et très courants dans le gros œuvre », prévoit le ministère de la Transition écologique. Mise en avant par la future réglementation, la filière bois assure qu'elle sera au « rendez-vous » de la demande et a présenté son plan d'actions à l'horizon 2030.

Aujourd'hui, la construction bois représente un marché de niche en France avec 6 % de parts de marché des logements neufs. Mais Luc Charmasson, président du Comité stratégique de la filière bois (CSF), anticipe une reprise et vise 20 à 30 % des constructions d'ici à 2030. Les fédérations représentant la filière - France Bois Forêt (FBF), France Bois Industries Entreprises (FBIE), Fibois - estiment le potentiel de développement du bâtiment bois biosourcé à 16,6 milliards d'euros en 2035 et à 17,1 milliards en 2050. Tandis que la contribution des constructions bois à la réduction des émissions carbone du bâtiment permettrait d'économiser 40 millions de tonnes de CO2 en 2035.

Comment répondre à cet engouement ? Pour élargir ses débouchés et atteindre ses objectifs, la filière bois mise sur sa mixité avec les autres solutions constructives comme le béton et l'acier, ainsi qu'une accélération des mises en chantier.

Favoriser la mixité des matériaux

Les constructions mixtes bois et béton sont actuellement en développement, notamment dans les immeubles de moyenne et grande hauteur. Ce procédé constructif qui intéresse les maîtres d'ouvrage associe par exemple une structure de type poteaux poutres et dalles béton d'une part, et une enveloppe en panneaux à ossature bois d'autre part, ou du bois massif.

 
Le vrai sujet de demain est l'hybridation des matériaux et des techniques constructives, c'est-à-dire comment on met le juste matériau au bon endroit.  
David Bruchon, directeur technique filière sèche et RSE chez Icade.
 

L'emploi de matériaux mixtes est exploré par les opérateurs pour dépasser les limites techniques du bois. Comme le recours ponctuellement au béton pour des questions sécuritaires tel qu'utilisé par exemple dans le projet de grands immeubles en bois « Wood'Art » mené à Toulouse par le promoteur Icade. « Le vrai sujet de demain est l'hybridation des matériaux et des techniques constructives, c'est-à-dire comment on met le juste matériau au bon endroit. Toutefois, cette hybridation nécessite un travail collaboratif entre les différentes ingénieries afin qu'une approche holistique résulte de ces divers savoirs. On sort d'un monde mono-matériau pour aboutir à une architecture et des conceptions plus complexes mais plus pertinentes en termes d'écologie », estime David Bruchon, directeur technique filière sèche et RSE chez Icade.

À travers son label lancé dès 2016, l'association BBCA constate aussi le déploiement des constructions mixtes : « Nous avons pas mal d'opérations mixtes labellisées BBCA avec du bois-béton. Pour atteindre les exigences du label BBCA, le bois va tirer son épingle du jeu mais il ne suffit pas à lui seul pour être labellisé BBCA. On a besoin d'une bonne mixité de matériaux, le béton en fait partie mais l'économie de matière, la sobriété de la conception doivent être recherchées pour construire bas carbone, et les matériaux très émetteurs comme le béton doivent innover pour réduire leur empreinte carbone », explique Hélène Genin.

Privilégier la préfabrication en amont des chantiers

2 000 euros le mètre carré pour la construction d'un immeuble en bois de moyenne hauteur : c'est le budget moyen observé par Samuel Poutoux, architecte et dirigeant de l'Atelier Woa. « La structure bois est moins cher aujourd'hui que le béton. Ce qui coûte chère, c'est la mise en œuvre du confort acoustique comme les couches pour les planchers, les doublages des murs pour la sécurité incendie qui génèrent un surcoût », expliquait-il en septembre 2020, lors d'un webinaire organisé par BTP Consultants. Les retours d'expériences des projets labellisés par BBCA « montrent que ce surcoût peut être absorbé par des délais de chantier qui sont plus courts, par une mise en marché plus rapide et par des procédés de construction qui génèrent moins de déchets », remarque Hélène Genin.

Pour réduire le temps et les coûts des chantiers, les constructeurs de maisons et d'immeubles en bois misent donc sur l'usage de la préfabrication en usine ou en atelier, d'éléments d'ouvrages (charpentes, ossatures bois, etc.) qui sont ensuite assemblés sur chantier. « L'avantage du bois est la rapidité de construction et la réduction des nuisances sur chantier, car tout est fabriqué hors site en atelier. L'ossature bois et l'intérieur sont réalisés sur chantier, ainsi que le second œuvre ou des modules et des parties de bâtiments qui sont transportés et assemblés sur le chantier », indique Ronan Beziers La Fosse, directeur technique adjoint Construction bois chez BTP Consultants. La préfabrication mobilise des procédés industriels informatisés pour la conception et les découpes des éléments. Les constructeurs bois s'appuient aussi sur la maquette numérique BIM (Business Information Modeling) pour engager les différentes parties prenantes en amont des opérations.

Développer l'offre en bois français

Avec un marché en forte croissance, la question de l'approvisionnement va se poser indubitablement. Mais la filière bois se veut rassurante sur ses capacités de production nationale : « Cela encouragera les industriels et les entreprises de la filière bois à poursuivre les investissements de leur parc de matériels et d'équipements, pour être plus productifs », indique-t-elle dans son plan Ambition bois. Les acteurs soulignent que 63 % des besoins de bois d'œuvre sont aujourd'hui produits et récoltés dans la forêt française. La filière ambitionne de réduire ses importations européennes avec le reboisement des forêts locales et développer les composants bois construction à base d'essences feuillues au niveau national.

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