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Actu-Environnement

La fin de la vente des véhicules thermiques dès 2028 s'impose pour respecter l'objectif des 1,5°C

Alors que la loi LOM revient devant les députés ce mardi, Greenpeace publie un rapport concluant à la nécessité d'interdire la vente des véhicules thermiques et hybrides dès 2028. Pour l'heure, la France se fixe un objectif à 2040.

Transport  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

"Les constructeurs automobiles doivent organiser de toute urgence l'abandon progressif des véhicules diesel et essence, hybrides compris, et mettre un terme aux ventes de voitures neuves carburant au pétrole d'ici 2028". Telle est la conclusion d'un rapport publié par Greenpeace mardi 10 septembre, alors que l'Assemblée nationale débute la nouvelle lecture du projet de loi d'orientation des mobilités (LOM) en séance publique.

L'ONG a étudié les impacts sur le climat de la production et de la vente de voitures par douze grands constructeurs automobile mondiaux. Par extrapolation, elle parvient à la conclusion que les 86 millions de véhicules vendus en 2018 dans le monde représentent un volume d'émissions de gaz à effet de serre (GES) équivalent à 9 % des émissions annuelles mondiales. Soit un volume supérieur aux émissions annuelles de l'Union européenne.

Promotion de gros modèles plus émetteurs

"Chaque année, explique Greenpeace, malgré leurs promesses soi-disant « vertes », les constructeurs automobiles mettent sur le marché des millions de nouvelles voitures polluantes et promeuvent de gros modèles plus émetteurs en CO2. Ils nous enferment ainsi dans une trajectoire d'émissions de CO2 incompatible avec une limitation de la hausse globale des températures à 1,5°C".

"Les évolutions en matière de consommation en carburant sont au point mort, voire en recul", rapportent les auteurs de l'étude. Greenpeace pointe en particulier les véhicules tout-terrain de loisir (SUV), dont les émissions de CO2 sont bien supérieures à celles des autres voitures. Or, les SUV représentent 32 % des ventes de voiture en 2018 en Europe (contre 8 % en 2008) et 69 % aux Etats-Unis. Les voitures hybrides ne trouvent pas non plus grâce aux yeux des auteurs, dans la mesure où elles peuvent être source d'émissions non négligeables de CO2 et qu'elles "freinent le déploiement rapide d'alternatives réelles".

En bref, pour Greenpeace, l'industrie automobile fonce "droit dans le mur", à défaut d'avoir bâti des stratégies compatibles avec l'objectif de l'accord de Paris. "Les constructeurs qui survivront seront ceux qui fabriqueront des véhicules électriques plus petits, plus légers et plus efficaces sur le plan énergétique", explique l'ONG, tout en prenant en compte la réduction de l'usage individuel de la voiture et en optant pour la connexion à des smart grids fonctionnant avec une énergie 100 % renouvelable.

D'où sa conclusion, fondée sur un rapport du Centre aérospatial allemand (DLR) commandé par Greenpeace Belgique, de mettre fin à la vente des véhicules diesel et essence d'ici 2025 et des véhicules hybrides d'ici 2028. Selon le rapport, cette mesure donnerait 66 % de chance de maintenir le réchauffement mondiale en-dessous de 1,5°C.

Contraintes et réglementations

"Il est maintenant évident que, sans contraintes et réglementations, les industriels de l'automobile ne réagiront pas à temps pour enrayer la crise climatique. Nous attendons donc que nos responsables politiques, à l'échelle nationale et locale, fassent preuve de courage", exhorte Sarah Fayolle, experte des transports à Greenpeace France. Or, dans le projet de loi LOM, la France se fixe "seulement" pour objectif de mettre fin à la vente des voitures utilisant des énergies fossiles d'ici 2040. La majorité a jusque-là repoussé les amendements de l'opposition visant à avancer cette échéance à 2030.

Ceux-ci reviennent à la charge à l'occasion de la nouvelle lecture du projet de loi. "Le dernier rapport du Giec annonce qu'il reste douze années pour agir et contenir les effets du réchauffement climatique à 1,5° C. En France, ni la date de 2050 adoptée par l'Assemblée nationale en première lecture (…), ni celle de 2040 proposée par le plan Climat ne sont compatibles avec les conclusions du rapport Giec", plaide l'ancienne ministre de l'Environnement Delphine Batho. Le rapport de la Commission des comptes des transports de la Nation, publié le 29 août et mis en avant par le Réseau Action Climat (RAC), va dans le même sens. Il montre que, pour être compatible avec l'accord de Paris, le rythme moyen annuel de réduction des émissions de GES des transports doit être deux fois plus important que celui constaté entre 2017 et 2018. Appelant les députés à agir, le RAC rappelle également les conclusions du Haut Conseil pour le climat réclamant une accélération de la décarbonation des transports.

"Veillons à ne pas provoquer de découragement, si l'on veut emmener toute une filière", avait rétorqué la ministre des Transports, Elisabeth Borne, pour repousser les amendements en première lecture. "Alors que le cycle de vie moyen d'un véhicule est de 12 ans, cet objectif [de 2030] est adapté au cycle de l'industrie automobile et constitue le seul moyen réaliste d'atteindre l'objectif fixé par le Gouvernement et la majorité parlementaire [de parvenir], d'ici à 2050, [à] la décarbonisation complète du secteur des transports terrestres", estiment au contraire le député socialiste Christophe Bouillon. Pour réussir cette transition, il plaide pour un mécanisme d'accompagnement des particuliers et des entreprises dans le renouvellement de leur parc, "notamment par une meilleure affectation du produit de la fiscalité écologique".

Calendrier local de sortie du diesel/essence

Au niveau local, la question du climat se superpose avec celle de la pollution de l'air. C'est pourquoi Greenpeace France demande aux grandes villes d'adopter un calendrier de sortie du diesel et de l'essence.

Ce qu'a fait la Ville de Paris en inscrivant dans son plan climat air énergie l'objectif "zéro véhicule diesel en 2024 et zéro véhicule essence en 2030".

Deux publications viennent conforter cette conclusion. L'avis de l'Anses de juillet dernier réclamant de réduire prioritairement le trafic routier pour lutter contre la pollution de l'air. Et l'étude ICCT, dévoilée par la Ville de Paris ce mardi 10 septembre, qui montre l'écart entre les émissions polluantes réelles des véhicules en circulation avec celles annoncées par les constructeurs. Un écart mis en lumière lors du Dieselgate en 2015 mais qui reste toujours d'actualité.

Réactions8 réactions à cet article

 

Les données officielles des constructeurs ne collent pas avec des mesures en situation réelles effectuées par un organisme indépendant ? Une nouvelle suspicion de tromperie industrielle, voire un scandale supplémentaire, pourrait ainsi éclabousser tout un système industriel, financier et politique ?
Mais pourquoi donc les forces de l'ordre ne sont-elles pas intervenues pour gazer et interpeler ces dangereux activistes de la santé et du climat ?! lol
Et quand on voit comment le beauf français s'est rué sur ce qu'il imagine être très probablement les derniers SUV Diesel mis sur le marché avant qu'ils soient interdits (38 % des ventes de véhicules neufs début 2018 !!!), il y a de quoi être plutôt pessimiste quand à la capacité de nos sociétés à faire les bons choix face à l'urgence environnementale. Bien plus important que le changement climatique : le changement de bagnole pour encore et toujours afficher son statut social. Et après moi le déluge ou la canicule, selon la latitude où l'on réside !

Pégase | 11 septembre 2019 à 22h12
 
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1 - Ok, donc n'ayant pas les moyens financiers de me payer un véhicule électrique, je fais comment en 2028? (je précise que je ne souhaite pas mettre 20000 ballles dans une voiture, électrique ou pas).
2- En 2028, on veut tout mettre en électrique. En même temps, on veut arrêter certaines centrales nucléaires, jugées (à juste titre) trop vieilles pour continuer. On compte donc vendre des voitures solaires?
3 - Il fait quoi et comment pour se déplacer, le citoyen qui a acheté son logement à 30-40 bornes de son travail?

Le constat de Greenpeace est sans doute pertinent sur certains points (et notamment celui des véhicules actuels, jugés à juste titre encore trop gourmands en carburant, le SUV est en effet un bel exemple à ce sujet).
Mais Greenpeace semble oublier que la majorité des français vivent hors de villes, et loin de tout réseau de transport en commun.

nimb | 12 septembre 2019 à 10h22
 
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La responsabilité du désaménagement du territoire, induisant un baisse drastique de l'offre de transport en commun, incombe principalement aux gestionnaires et autres cost-killers de l'Etat, notamment via la SNCF en fermant un maximum de petites lignes un peu partout. Les collectivités territoriales (Régions, Départements) font ce qu'elles peuvent pour y pallier mais les faits sont là : les lotissements qui ont fleuri dans des communes très rurales (les défigurant et les banalisant d'ailleurs au passage mais c'est un autre sujet...) sont surtout desservis par voiture individuelle. Ce modèle a été très largement plébiscité par les néoruraux en recherche d'individualisme... tant que le litre de gaz-oil était sous la barre de 1 euro. La donne ayant changé, bien des gens réalisent désormais qu'ils se trouvent dans la difficulté. Pour autant, le GPL n'a pu trouver son public alors qu'il présente de nombreux avantages.
Quant au coût des véhicules électriques, les progrès en cours sur la réduction du coût des batteries devraient les rendre plus accessibles assez rapidement. J'attends comme vous cette opportunité.
En ce qui concerne la production électrique, là aussi des progrès sont en cours pour développer et stocker la production pour la redistribuer en périodes de pics de consommation. Jusqu'à présent, le poids de l'industrie nucléaire et des grands groupes pétroliers a fortement freiné le développement des renouvelables et de l'efficience énergétique. Il n'y a pas de hasard !

Pégase | 12 septembre 2019 à 13h05
 
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Encore des poncifs: "de toute urgence", des méthodes "par extrapolation", du "100% renouvelable (qui n'existe pas, cf. entropie), des mélanges volontaires d'échelles (France, Europe, Monde) qui additionnent choux et carottes pour nous convaincre de l'Apocalypse demain matin, des "droit dans le mur", etc.

Marre de ces lanceurs d'alerte professionnels. Greenpeace n'est pas cohérent en faisant la promotion des voitures nucléaires...
Par pitié, construisez un raisonnement qui se tient pour travailler sérieusement. Ne manipulez pas la panique. Une ONG sérieuse doit davantage argumenter un projet plutôt que de procéder par injonctions forcément stériles car impossibles "d'urgence".
Merci et excellente grève RATP demain !
Ce qui ne risque pas de réduire le trafic routier...

Albatros | 12 septembre 2019 à 18h40
 
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J'abonde dans le sens d'Albatros. L'avantage de l'alerte de Greenpeace, c'est que ce n'est qu'avec ce genre de termes et d'actions que les choses finissent par bouger, et du côté institutionnel, et du côté civil. C'est malheureux à dire, mais l'humain ne fonctionne qu'ainsi pour faire bouger les choses.
Pour tout le reste, moi aussi, je n'accrédite pas du tout leur mélange des genres. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai toujours été méfiant vis à vis de leurs études. Il n'y a pas UNE mais DES causes et DES solutions, il faut surtout que ces solutions soient mises en oeuvres et que nous soyions mûrs (psychologiquement ET financièrement parlant) pour les mettre en oeuvre.

Pour Pegase, si les gens se sont éloignés progressivement des centres urbains, c'est notamment (mais pas que) dû au prix du foncier, qui est devenu hors de prix en ville, voire en périphérie (et je ne parle pas que de l'Ile de France).

nimb | 13 septembre 2019 à 09h59
 
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Pour Thierry Boloré, pdg de renault, la voiture électrique sera au prix des essences dans 5 ans. On ne connait pas le modèle économique derrière, les subventions non plus mais s'il le dit c'est que ce sera le cas, qu'on s'en réjouisse ou pas.
Concernant la fourniture d'électricité, RTE juge que c'est tout à fait possible de basculer à l'électrique même avec 50% d'électricité nucléaire, mais cela nécessitera des aménagements, comme la nécessité de charger la nuit, quand le réseau est faiblement sollicité.
Bref, en dehors du fait que le véhicule électrique est loin d'être le véhicule respectueux de l'environnement que l'on nous vend, son déploiement ne semble pas trop problématique, en dehors de l'approvisionnement des certains matériaux.

@nimb : je caricature mais que diront vos arrière petits-enfants à dame nature quand il n'y aura plus de pétrole économiquement extractible et que l'on en a besoin ? "la Nature, on fait comment maintenant ?".
Bref il faut se mettre autour d'une table et préparer le monde de demain au lieu de pleurer celui d'hier que nous ne reverrons plus. Avec des difficultés à s'approvisionner en énergie, tout du moins comme on l'a connue, le principe de l'étalement urbain va nécessiter que les gens ayant fait ce choix (j'en fais partie), assument et poussent au développement des solutions plus pérennes que le tout voiture. On a beau pester, il va disparaitre donc cherchons les solutions maintenant!

Cyril31 | 13 septembre 2019 à 11h42
 
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On peut - comme d'habitude du reste - dénigrer les études et actions des ONG environnementales, ce sont pourtant elles qui sont à l'origine de la montée en puissance de la sensibilisation du grand public vis-à-vis des grands défis (aller, j'utilise ce mot à la place de "menaces", ça fait plus langage win-win si prisé dans les cercles de la start-up nation !) que l'humanité doit désormais relever, si elle ne souhaite pas en finir avec elle-même d'ici 2 ou 3 générations (et je suis peut-être optimiste...).
Pour autant, étant bercé par le doux ronflement du moteur thermique depuis ma plus tendre enfance, je constate avec un certain effroi à quel point il m'est complexe de me passer de la voiture individuelle. Il me faudra bien y arriver mais ça n'est pas gagné dans l'immédiat.

Pégase | 13 septembre 2019 à 13h54
 
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Dans le dénigrement pourtant elles sont passées championnes, ces ONG, c'est même le moteur de leur existence (passez-moi le jeu de mot).
Maintenant, travaillons sérieusement: avec 100 km aller-retour pour un job "acceptable" dans le cadre d'un "reclassement", comment on fait ?
Tout le monde n'est pas devant un ordi ou dans un hypercentre ou salarié d'une desdites ONG...

Albatros | 13 septembre 2019 à 16h45
 
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