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Premières pistes pour orienter la finance climat vers les plus vulnérables

A Nantes, au sommet Climate Chance, une coalition internationale a plaidé pour que les investissements réalisés dans le cadre des politiques climatiques atteignent, sur le terrain, les petits paysans, les quartiers informels et les femmes.

Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

Comment flécher les méandres des financements climatiques afin qu'ils parviennent à leur cible ? En l'occurrence, comment un prêt ou un don va-t-il effectivement servir à financer le renforcement de la résilience d'une collectivité et son soutien aux plus vulnérables ? C'est ce qui préoccupe une coalition d'acteurs engagés pour le financement des localités les plus exposées au changement climatique. Formée par la Cities Climate Finance Leadership Alliance (CCFLA), Cités et gouvernements locaux unis (CGLU), le Groupe énergies renouvelables environnement et solidarité (Geres), Women Engage for a Common Future (WECF) et le Fonds mondial pour le développement des villes (FMDV), cette coalition a fait entendre sa voix lors du sommet Climate Chance des acteurs non étatiques engagés dans la lutte contre les changements climatiques, à Nantes (Loire-Atlantique), le 27 septembre.

Pour ces acteurs territoriaux, il s'agit de "créer progressivement une culture commune de la coopération multi-acteurs non étatiques sur la question du financement" et de réaliser un inventaire des expériences territoriales. L'enjeu est de voir les financements climat, engagés dans le cadre de mécanismes complexes et internationaux tels que le Fonds vert pour le climat, atteindre leur cible sur le terrain. "Plus de 2,5 milliards de dollars par an d'investissement dans des infrastructures résilientes, inclusives et climato-compatibles seraient nécessaires pour maintenir le réchauffement climatique à 2 degrés d'ici 2050, quand, à titre d'exemple, seuls environ 9% des ressources des grandes banques de développement sont fléchés vers le financement climat", souligne la coalition.

Dans la salle, un participant d'origine sri-lankaise s'indigne du montant du Fonds vert, "outrancièrement insuffisant". Jean-Pierre Elong Mbassi, secrétaire général de CGLU Afrique, constate que "les financements internationaux partent vers les bourses et les entreprises et seuls des pays d'Asie ont bénéficié de la finance climat sous Kyoto. Le risque est de voir la même chose se produire sous le régime de l'Accord de Paris en raison des procédures. Or, il s'agit de ne laisser personne de côté. Et ceci se vérifie au niveau des territoires. Ceux-ci sont sommés de n'abandonner personne, mais dans les faits, les collectivités locales n'accèdent pas aux finances publiques. Nous avons donc demandé la création d'une fenêtre collectivités locales dans le Fonds vert".

Décomplexifier

L'enjeu est de faciliter l'accès au financement des acteurs locaux et des populations défavorisées, pour l'heure confrontés tant à "un manque crucial d'information" qu'à "la complexité des montages et des compétences juridiques et financières". Cette complexité tient à l'emboîtement des échelles de ces financements, "à la fois publics et privés, institutionnels et citoyens, locaux, nationaux, et internationaux".

La coalition en appelle au lancement de systèmes d'intervention simplifiés dès lors qu'ils s'adressent à des territoires ruraux et péri-urbains en déshérence et à des segments de la population "non intégrés" : femmes, car ce sont bien souvent elles qui mettent en œuvre les stratégies d'adaptation, paysans, populations vivant dans des bidonvilles ou des quartiers informels dépourvus d'infrastructures. En Afrique, où 90% des femmes n'ont pas de compte en banque, il est crucial de poursuivre une politique de dons. La jeune nigérianne Evelyne Terundu Ugbe, du Women Environment Program, observe que "l'argent part dans les poches du secteur privé. Il faut mettre en place un suivi des budgets et une traçabilité des financements afin de pouvoir identifier les contracteurs".

Pour y parvenir, il faut d'abord "organiser le partage d'information, la mise en synergie des initiatives, et articuler les actions avec les réseaux existants de collectivités, de citoyens, de groupes de femmes, migrants" et populations marginalisées. Cela passe par l'évolution des pratiques et des standards de la finance climat à l'échelle des territoires. Cela implique aussi de "renforcer les capacités techniques de préparation, de gestion, de formulation de projets climat" et d'instiller un esprit participatif dans la gouvernance locale. Dans les régions, "les collectivités doivent pouvoir réaliser les Plans climat dans un contexte fiscal difficile. Il faut affecter les financements afin qu'il y ait un retour visible pour les habitants. Une taxe précise vers un enjeu précis", estime Jean-Patrick Masson, membre de l'exécutif de la communauté d'agglomération du Grand Dijon (Côte d'Or).

L'objectif est de "changer d'échelle et d'ambition" en termes de réduction des émissions de carbone, "en vue d'un changement systémique", précise la feuille de route. Pour Carlos de Freitas, directeur des programmes du FMDV, "le problème est qu'on cherche des financements pour des projets qui ne sont pas «bankable» (solvables), face à des banques de développement, des banques commerciales et des investisseurs qui font leur propre lobbying. On se heurte à une culture en silo capturée par des experts. Il faut en sortir et s'approprier l'ingénierie financière des projets".

Mobiliser une panoplie de financements

Cette décentralisation financière doit être stable, prévisible et durable, par l'intermédiaire des gouvernements locaux qui devraient se voir attribuer 20% des ressources nationales afin de leur permettre de répondre aux besoins, avec des critères d'égalité de genre et le souci d'atteindre des groupes sociaux spécifiques, tels que les petits paysans. Mise en réseau, partage d'expériences, renforcement de capacité des porteurs de projets locaux sont mobilisés, ainsi qu'une panoplie de financements hybrides : taxes et incitations permettant aux territoires de déployer leur fiscalité propre, green bonds locaux, fonds d'épargne citoyens pour l'amorçage de projets, fonds de garantie, crowdfunding, participations dans des coopératives, microcrédit servant à assurer la sécurité foncière...

Le sommet Habitat 3 du 17 au 20 octobre, puis, le 14 novembre, le sommet des élus locaux et régionaux pour le climat qui se tiendra pendant la COP 22 de Marrakech (Maroc) devraient relayer ces propositions tout en agrégeant de nouveaux partenaires.

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