En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Financements climat de la France : les pays les plus vulnérables laissés pour compte

Un rapport de la commission des finances du Sénat appelle à recentrer l'aide publique au développement dédiée à la lutte contre le changement climatique, au bénéfice des pays les moins avancés (PMA) et les plus vulnérables.

Gouvernance  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

Les 48 pays les moins avancés (PMA) d'Afrique subsaharienne, d'Asie et d'Amérique latine sont-ils les parents pauvres de l'aide publique au développement (APD) accordée par la France à la lutte contre le changement climatique ? Un rapport des sénateurs de la commission des finances Fabienne Keller (Républicains) et Yvon Collin (Rassemblement démocratique et social européen) pointe les financements de l'Agence française de développement (AFD), "principal bras armé" de la politique d'APD.

L'AFD est le "principal vecteur de financements climat". Elle a adopté sa stratégie climat-développement pour 2012-2016 avec comme objectif qu'au moins la moitié de son activité dans les pays en développement ait un co-bénéfice climat (prêts d'investissement peu ou pas concessionnels, subventions, expertise technique…). En Afrique subsaharienne et dans les PMA, "l'accent est mis en priorité sur la réduction de leur vulnérabilité aux effets du changement climatique ainsi que sur la valorisation économique des services climatiques rendus par leurs forêts et leurs agricultures", précise l'AFD. En 2014, elle indique avoir versé 2,9 milliards d'euros de financements climat.

Moins de 10% des financements alloués

   
© AFD
 
   
Entre 2007 et 2014, ses engagements climat comptabilisables en APD se sont ainsi élevés à 13,2 milliards d'euros, selon les sénateurs, également membres du conseil d'administration de l'Agence. Mais 7,74 milliards, soit près de 60% du total, ont bénéficié à dix pays émergents (Inde, Maroc, Indonésie, Mexique, Afrique du Sud, Chine, Kenya, Egypte, Brésil et Turquie). Dans le même temps, 32 PMA - dont 16 pays d'Afrique subsaharienne désignés comme "prioritaires" de l'aide de la France - n'ont reçu que 1,1 milliard d'euros. Soit 9% du total, précisent les parlementaires.

Les financements climat octroyés par l'AFD visent principalement les grands pays émergents, sous la forme de prêts concessionnels et d'actions d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ainsi, entre 2007 et 2014, les engagements de l'Agence en matière d'atténuation ont augmenté de 247,5%, contre une hausse de 89,3% pour ceux en matière d'adaptation des pays. Au total, sur la même période, seuls 12% des engagements climat de l'AFD ont été dédiés à l'adaptation.

Soutenir les projets d'adaptation

Or, "la préférence des PMA", peu émetteurs de GES, "va vers des financements en matière d'adaptation au changement climatique et non d'atténuation des émissions", soulignent les rapporteurs. Car d'une part, l'état des réseaux énergétiques est tel dans les PMA que les financements en atténuation "sont compliqués à mettre en œuvre" et, d'autre part, "il est souvent déjà difficile de faire face aux conséquences du changement climatique", expliquent-ils : raréfaction de l'eau, pressions sur l'agriculture, paludisme…, poussant ces populations vulnérables à migrer.

La France accorde également des financements climat à travers le Fonds français pour l'environnement mondial (FFEM), géré par l'AFD qui fait partie de son comité de pilotage aux côtés des ministères concernés. Le FFEM a été reconstitué pour la période 2015-2018 à hauteur de 90 millions d'euros, en conservant l'objectif de consacrer les deux tiers de ses ressources à l'Afrique et à la Méditerranée. Entre 2007 et 2014, les engagements du FFEM en matière de climat se sont élevés à environ 60 millions d'euros dans les PMA et à 50 millions d'euros dans les autres pays. La part de la contribution française au Fonds vert pour le climat revenant aux PMA est également de 100 millions d'euros environ, selon les sénateurs, alors qu'il est "l'outil le mieux adapté" aux besoins de ces pays.

"Faible part de l'APD française"

En dépit de ces financements climat, "la faible part de notre aide publique au développement (APD) bénéficiant aux pays les plus pauvres est une critique récurrente", dénoncent les parlementaires. Contrairement à son engagement de consacrer 0,7% de son revenu national brut à l'APD dès 2015, la France ne lui en a consacré, en 2014, que 0,36%, contre 0,41% en Allemagne et 0,71% au Royaume-Uni.

Le projet de loi de finances pour 2016, présenté le 30 septembre en conseil des ministres, prévoit une nouvelle baisse de 170 millions d'euros de l'APD qui se verra allouer 2,6 milliards d'euros en 2016 contre 2,77 milliards en 2015. Or, devant l'ONU fin septembre, le Président François Hollande a promis d'augmenter l'APD de 4 milliards d'euros d'ici 2020, dont 2 milliards affectés aux financements climat, en priorité pour l'adaptation des pays vulnérables, sous forme de prêts et de dons.

A l'instar des ONG, Fabienne Keller a déploré cette coupe des crédits. Le chef de l'Etat a également annoncé en août dernier le rapprochement, d'ici à 2016, de l'Agence française de développement avec la Caisse des dépôts, lui permettant d'augmenter ses capacités financières.

Dans leur rapport, les sénateurs appellent la France à consacrer au minimum 20% des financements climat aux pays les moins avancés et dédier 20% de ces financements aux programmes d'adaptation au changement climatique à l'horizon 2020.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Rachida Boughriet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…