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''Avec le Fonds de démonstrateurs de recherche, nous réalisons des feuilles de route''

Les travaux du comité Recherche du Grenelle de l'environnement ont abouti à la décision de consacrer un milliard d'euros à la recherche. Un Fonds de 400 M€ a été attribué à l'Ademe pour des démonstrateurs de recherche dans les secteurs de l'énergie, des transports et de l'habitat. Explications de François Moisan, directeur exécutif stratégie et recherche à l'Ademe.

Interview  |  Energie  |    |  Camille Saïsset Actu-Environnement.com
   
''Avec le Fonds de démonstrateurs de recherche, nous réalisons des feuilles de route''

   
AE : Le soutien à la recherche et à l'innovation fait déjà partie des missions de l'Ademe. Que change ce Fonds de démonstrateurs de recherche ?
FM :
L'Ademe gère en effet un budget de recherche : 50 M€/an sur l'efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la qualité de l'air, les déchets et sols pollués. Ces travaux sont menés dans une logique de développement industriel, pour 2/3 par des entreprises et pour 1/3 par des laboratoires publics. Mais ces moyens ne permettent pas de financer et de réaliser des installations d'une certaine taille, intenses en recherche, telles que des démonstrateurs. Avec ce Fonds pour des démonstrateurs de recherche, on vise des technologies de rupture, avec une commercialisation à l'horizon 2020 afin d'atteindre le facteur 4, c'est à dire de diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. Un démonstrateur de recherche ne signifie pas finaliser la R&D sur des objets expérimentaux, avec vocation à produire et à commercialiser. C'est bien en amont, avec pour objectif de lever les verrous techniques.

AE : Comment se déroule la sélection des démonstrateurs de recherche ?
FM :
Le Fond est gouverné par un comité de pilotage, composé du ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de l'Aménagement du Territoire, du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et du ministère de l'Économie, de l'industrie et de l'emploi. Ce comité valide les propositions de l'Ademe, avec l'avis d'un comité consultatif composé des mêmes, des agences de financement de la recherche (ADEME, ANR, OSEO) et de personnalités qualifiées. Nous procédons par Appel à Manifestation d'Intérêt (AMI) associé à une feuille de route, publié sur le site de l'Ademe. Depuis la mise en place du Fonds en juillet 2008, nous avons lancé trois AMI cette année-là, sur : les véhicules décarbonés (AMI qui a été reconduit en 2009), les biocarburants 2ème génération et le captage et stockage du C02. Ces trois AMI représentent un budget global de R&D de 785 M€, dont une aide potentielle de l'Ademe de 206 M€. 18 projets ont été retenus par l'Ademe, 14 sont déjà validés par le comité de pilotage. Avec ce Fonds de démonstrateurs de recherche, nous ne sommes pas seulement un guichet de financements, mais nous réalisons des feuilles de route basées sur l'expertise collective.

AE : Qu'entendez vous par « feuille de route » ?
FM :
Sur chaque thématique, définie par le Comité de pilotage, nous élaborons une feuille de route. Nous rassemblons un panel varié d'experts, et discutons ensemble en s'efforçant d'avoir des visions à long terme (projection à l'horizon 2050), d'identifier comment les technologies pourraient se déployer et les verrous opposés à leurs développements et nécessitant l'expérimentation de démonstrateurs, en intégrant bien sûr ce qui existe déjà ailleurs qu'en France. Si les AMI sont ouverts sur les projets eux-mêmes, les feuilles de route, elles, sont beaucoup plus larges. Sur les carburants de seconde génération, la technologie privilégiée pour les AMI est la transformation de la biomasse par voie thermochimique, car il existe déjà le démonstrateur Futurol basé sur la voie biochimique. L'AMI a permis de retenir deux projets : BioTFuel (porté par le consortium SOFIPROTEOL, CEA, IFP, Axens et Total) qui repose sur la conversion de la biomasse en gaz puis en liquide ; et GAYA (porté par GDF SUEZ), qui vise la production d'un carburant gazeux après méthanisation et épuration. En ce moment, nous finalisons une feuille de route sur l'énergie des mers et une autre sur la problématique des réseaux intelligents, prévues pour la fin du mois.

AE : Pourquoi un démonstrateur de recherche sur les réseaux intelligents ?
FM :
Jusqu'à présent, en France, l'électricité était produite de façon centralisée par de grosses centrales puis distribuée aux consommateurs. Mais on va avoir de plus en plus de sources de productions décentralisées (photovoltaïques, éoliennes) intermittentes avec, derrière, des consommateurs qui vont être sollicités pour faire en sorte que les ressources soient gérées au mieux. Cela va entraîner des problèmes de réseaux de distributions et de stockage de l'électricité, centralisé ou pas. L'idée étant d'arriver à ce que les signaux tarifaires puissent être pris en compte au plus fin. ErDF développe déjà des compteurs intelligents. Mais les consommateurs auront aussi des box (déjà utilisés pour la téléphonie et Internet) pour gérer les demandes et les offres en énergie, afin de réguler la charge sur le réseau de distribution d'électricité. Des signaux incitatifs et des offres de services différenciés leur seront adressés : un stockage d'électricité sur batterie ou sur un véhicule électrique, par exemple. Tout cela introduit une grande complexité.

AE : Qu'a donné l'AMI sur les véhicules décarbonés ?
FM :
Cet AMI a été ciblé sur les véhicules électriques et hybrides. Dans les projets retenus, on trouve plusieurs TQM (Tri ou Quadri cycles à Moteurs) pas plus gros qu'une voiture sans permis. Le QUAT'ODE (présenté par VELEANCE et CAR&D) a un empattement très étroit qui nécessite de basculer dans un virage comme les trains oscillants. Il pourra trouver des applications pour les petites livraisons ou sur des grandes plateformes industrielles. Dans le FOREWHEEL (présenté par MICHELIN, HEULIEZ, le CEA, l'ENSMA et ORANGE), les moteurs de traction et de suspension sont dans les roues. Le freinage y sera lui aussi intégré et ne se fera plus par friction mais par récupération de l'énergie de freinage. Toutes les fonctions de conduite du véhicule seront commandées par un joystick et les batteries intégrées au châssis. Ces idées nous semblent très prometteuses.

AE : Qu'a donné l'AMI sur le captage et le stockage du C02, cette technologie au cœur des négociations sur le climat ?
FM :
Cinq projets sont en cours d'instruction, dont un de captage en postcombustion par des solvants avancés, deux qui intègrent captage et stockage et un qui vise à identifier le potentiel de stockage en aquifères salins (fréquents dans les pays émergents - Chine et Inde) par rapport à un stockage en gisement d'hydrocarbures déplété (ce que fait déjà Total à Lacq). Seul un projet est pour l'instant validé. Il s'agit du projet Pil-ANSU (présenté par ALSTOM, EDF, GDF SUEZ et ARMINES), dont l'objectif est le captage du CO2 dans les fumées de combustion non pas par solvants mais par antisublimation (givrage/dégivrage des gaz). L'Ademe a déjà soutenu des travaux de recherche de l'Ecole des Mines de Paris sur ce procédé innovant. Le démonstrateur Pil-ANSU sera expérimenté sur une centrale de production d'électricité à charbon existante, ce qui permettra de valider cette technologie à une échelle 1/100ème. Ce sera une première mondiale.

AE : Quelles sont les autres perspectives du Fonds de démonstrateurs ?
FM :
D'ici la fin de l'année, nous devrions finaliser de nouvelles feuilles de route. Une concernera les bâtiments à énergie positive et à matériaux de construction à faible émission carbonée (comme l'est le bois par exemple). Une autre portera sur le solaire photovoltaïque et thermodynamique (sur les procédés de fabrication de cellules solaires, ou un démonstrateur de centrale de production d'énergie solaire thermodynamique). Et une autre enfin abordera la mobilité urbaine (les déplacements, les services de mobilité, des organisations différentes, etc.). L'idée est de pouvoir lancer des AMI sur ces thématiques début 2010. Viendront après les démonstrateurs sur les piles à hydrogène et sur le stockage de l'énergie.

Réactions1 réaction à cet article

 
Au sujet de l'AMI sur les véhicules décarbonés

Pourquoi ne pas modifier les véhicules carbonés existants en installant 2 roues Michelin 2 x 30Kw à la place des roues menées ( arrières )avec une batterie moins lourde, un peu d'électronique pour gérer tout cela et récupérer l' énergie au freinage? Nous aurions ainsi une véhicule biénergies qui pourrait rouler en ville 100% propre, avec encore plus d'autonomie. Le marché est de plus de 1 milliard de véhicules au monde?

KIKAN | 13 juin 2009 à 23h34
 
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