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Une feuille de route controversée pour adapter la forêt au changement climatique

Les acteurs de la forêt et du bois s'engagent à suivre une feuille de route pour adapter les forêts au changement climatique. Mais certains y voient un alibi pour encourager une forme d'industrialisation.

Biodiversité  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Une feuille de route controversée pour adapter la forêt au changement climatique

La gestion des 17 millions d'hectares de la forêt française est complexe, implique de multiples acteurs et des intérêts parfois divergents. La signature le 22 décembre d'une charte d'engagement entre l'État et vingt acteurs de la filière forêt-bois n'est donc pas négligeable.

Par cette charte, les acteurs de la filière s'engagent à répondre au défi du renouvellement forestier en respectant une feuille de route d'adaptation de la forêt au changement climatique. Une urgence alors que l'état des forêts se dégrade de manière rapide. « La succession de sécheresses affaiblit les arbres et les rend plus vulnérables aux attaques d'insectes dont les cycles de reproduction sont par ailleurs accélérés par le réchauffement. La résilience des écosystèmes est compromise et des surfaces importantes s'avèrent d'ores et déjà en situation de ne pouvoir s'adapter seules », souligne la charte.

Plusieurs parties prenantes se félicitent de la signature de cette charte, qui intervient après la publication en septembre du rapport de la députée Anne-Laure Cattelot. L'élue du Nord avait proposé un fonds pour reconstituer massivement les forêts face aux risques liés aux changements climatiques. Mais certaines voix, comme celle de l'association Canopée, s'élèvent pour dénoncer une marche vers l'industrialisation de la forêt.

Mettre en œuvre le volet forestier du plan de relance

Dans le cadre de la charte, les acteurs de la filière s'engagent à adopter des pratiques sylvicoles qui « augmentent la résilience, diminuent les risques et limitent l'impact des crises ». Concrètement, cela signifie renforcer la communication sur les pratiques sylvicoles adaptées au changement climatique, diversifier les essences en s'adaptant aux contextes territoriaux, appliquer les recommandations de bonnes pratiques sur la préservation des sols et de la biodiversité, ou encore transformer les peuplements vulnérables.

   
© Ministère de l'Agriculture
 
   
De son côté, l'État s'engage à un effort financier que le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, qualifie de « sans précédent ». Il s'agit, en effet, de mettre en œuvre le volet forestier du plan de relance, doté de 200 millions d'euros (M€) sur deux ans. Sur cette enveloppe, 150 M€ sont consacrés au renouvellement forestier. « Une stratégie combinant diversification des matériels forestiers de reproduction et plantation d'essences ou variétés plus résilientes au climat futur, sur des surfaces bien plus importantes qu'aujourd'hui, est nécessaire », affirme la charte.

L'objectif ? Adapter les forêts au changement climatique mais aussi « orienter la sylviculture au service du développement du bois d'œuvre, dont la durée de vie hors forêt est plus longue que dans les autres usages », précise le document. « Les forêts françaises et l'utilisation du matériau bois en substitution aux matériaux et énergies fossiles captent 20 % des émissions de CO2 du pays », renchérit Bertrand Servois, président de l'Union de la coopération forestière française (UCFF), qui regroupe 110 000 producteurs.

« Opération d'enfumage »

Les taux d'intervention pourront atteindre 80 % pour la reconstitution des forêts atteintes par la crise des scolytes, notamment dans le Grand-Est, la Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes, et 60 % pour le renouvellement de forêts identifiées comme vulnérables aux changements climatiques. Les aides seront conditionnées à un taux minimum de diversification des essences de 20 % à partir de 10 hectares.

Un appel à manifestation d'intérêt a été lancé début décembre afin de susciter l'adhésion des propriétaires forestiers, de regrouper leurs dossiers et les présenter aux services de l'État chargés de leur instruction. Les guichets seront ouverts début 2021 afin de pouvoir engager les travaux, annonce le ministère de l'Agriculture. « Cette mesure, c'est le déclic : l'aide est significative et la procédure est souple et facile d'usage, permettant à la fois des dépôts de demandes collectives et individuelles », se réjouit Roger Perrin, propriétaire forestier dans les Vosges et élu au Centre régional de la propriété forestière (CRPF) Grand-Est.

 
Le climat sert d'alibi : ce plan n'est pas un plan d'adaptation de la forêt aux changements climatiques mais aux besoins de l'industrie.  
Sylvain Angerand, Canopée
 
Avec ce dispositif, le Gouvernement cherche à « améliorer, adapter, régénérer ou reconstituer environ 45 000 hectares avec environ 50 millions d'arbres ». Mais Sylvain Angerand, directeur des campagnes de Canopée, dénonce de son côté une « opération d'enfumage ». « En réalité, ce sont au moins autant d'arbres qui vont être coupés, le plus souvent en bonne santé, pour être remplacés par des résineux. Le climat sert d'alibi : ce plan n'est pas un plan d'adaptation de la forêt aux changements climatiques mais aux besoins de l'industrie », estime le représentant de l'ONG. D'autre part, ajoute-t-il, le plan n'interdit pas les coupes rases malgré la préconisation de la députée Cattelot de les interdire au-delà de 2 hectares et malgré la recommandation de la Convention citoyenne pour le climat.

Vingt millions en faveur de l'industrie du bois

Le ministre de l'Agriculture prévoit par ailleurs un soutien à la filière « graines et plants ». L'Office national des forêts (ONF) sera doté de 1 M€ pour réinvestir dans les vergers à graines de l'État, qui fournissent 80 % des semences pour la production de plants forestiers. Le ministère de l'Agriculture lance également un appel à projets, doté de 4,5 M€, à destination des pépiniéristes forestiers et des entreprises de reboisement pour soutenir la production de plants.

Le ministre de l'Agriculture annonce dans le même temps 22 M€ pour les travaux d'acquisition de la technologie Lidar qui vise à décrire le territoire en trois dimensions, de manière très fine. Les avantages pour la forêt ? Un meilleur suivi des documents de gestion sylvicole, une dématérialisation des procédures administratives, une amélioration de la desserte forestière et du transport de bois, un suivi des défrichements, des replantations et de l'état sanitaire des forêts, et une meilleure prévention du risque incendie, vante le ministère.

Le Gouvernement prévoit aussi un soutien de 20 M€ en faveur de l'industrie du bois. Dans ce cadre, il lance un appel à projets de 15 M€ pour aider à la modernisation des scieries françaises. « Nous utilisons aujourd'hui 48 000 m3 de grumes. L'investissement projeté grâce au nouvel outil, doit nous permettre de monter en puissance. Cette augmentation se fera principalement sur des bois de fort diamètre – du gros bois – apportant une réponse à nos partenaires forestiers qui soutiennent notre projet », témoigne Frédéric Blanc, propriétaire d'une scierie à Marches (Drôme), qui va candidater à l'appel à projets.

Les 5 M€ restants sont destinés à abonder le Fonds Bois et écomatériaux, doté de 70 M€ et géré par BPifrance. L'exécutif affiche l'objectif de « promouvoir le bois en tant que ressource renouvelable et écologique, en particulier pour le stockage du carbone dans la construction ». Mais le fonds est avant tout destiné à renforcer les fonds propres d'entreprises considérées comme « structurantes ».

« Ce qui se joue avec la mise en place de ce plan, c'est une accélération de l'industrialisation des forêts », estime Sylvain Angerand. Et d'ajouter : « Dans une forêt bien gérée, nul besoin de plantation. Le savoir-faire des forestiers est de s'appuyer sur la capacité naturelle des forêts à se renouveler naturellement ».

Réactions4 réactions à cet article

 

Un ministère jusqu'alors pas vraiment réputé pour ses actions favorables à l'environnement, des enveloppes de fonds publics qui perfusent en abondance des intérêts privés, une bonne dose de com' à forte connotation de greenwashing d'Etat pour habiller un projet qui n'a rien d'écologique à la base : tous les ingrédients d'une nouvelle tambouille aux frais et dépens du contribuable et de la biosphère sont réunis ! Peu importe si cette stratégie est totalement jugée contreproductive dans dix ans : la manne financière sera passée et aura irrigué bien des portefeuilles, faits non de sève, de lignine et de cellulose, mais de cuir. Tant il est vrai que laisser la forêt se régénérer spontanément pour s'adapter au changement climatique, même s'il y a un certain décalage avec la productivité exigée par les acteurs de la filière, rapporterait tellement moins à ces mêmes acteurs...

Pégase | 23 décembre 2020 à 22h22
 
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Le changement climatique est trop rapide pour que la forêt puisse s'y adapter seule : il nous est nécessaire de donner un coup de pouce. Maintenant, toutes les décisions de ce gouvernement vont dans le même sens : coercition et financiarisation. La forêt n'y échappera pas.

dmg | 24 décembre 2020 à 11h27
 
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Monsieur Angerand est un spécialiste des phrases toutes faites. En milieu stable des phrases toutes faites peuvent avoir l'apparence d'une vérité, mais dans un milieu changeant ce n'est plus le cas, et les recettes de cuisine ne passent plus la barre de la vie réelle. "Dans une forêt bien gérée, nul besoin de plantation. Le savoir-faire des forestiers est de s'appuyer sur la capacité naturelle des forêts à se renouveler naturellement ». Quel mépris pour les forestiers qui eux ont bien compris que les phrases toutes faites ça ne marche plus, et qu'il faut mixer les stratégies pour essayer de sauver ce qui peut l'être. Il laisse croire que le changement climatique c'est la faute des forestiers...et que, si on continue comme avant, le changement climatique n'aura pas lieu. Plusieurs trains de retard ou des oeillères? Le climat a changé et va continuer de changer et c'est pas avec le déni qu'on va gérer le changement. Ce discours ressemble de plus en plus à la théorie du grand remplacement appliquée à la forêt. Beurk!

abeilles | 06 janvier 2021 à 16h53
 
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"Il laisse croire que le changement climatique c'est la faute des forestiers...et que, si on continue comme avant, le changement climatique n'aura pas lieu" : ce n'est pas vraiment ce que j'ai pour ma part compris des propos rapportés dans cet article, abeilles. Même si vous ne semblez pas apprécier l'interlocuteur de Canopée, de grâce, ne lui faites pas dire ce qu'il n'a pas dit.
Depuis la présidence Sarkozy, la politique assignée à l'ONF - jamais démentie depuis - est bien de sortir toujours plus de cubage des forêts tout en accroissant l'accueil des familles, le volume des chasses de rapport, en "gérant" la biodiversité sauvage, en produisant plus de données, etc... Du "en même temps" avant l'heure décidé au plus haut sommet de l'Etat et peu importe s'il est totalement irréaliste de concilier ces objectifs fort peu compatibles.

Pégase | 06 janvier 2021 à 17h44
 
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