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La forêt est en nous

Comment évolue la perception de la forêt dans la société française et quels enjeux cela soulève-t-il ? C'est à cette question que la dernière note de La Fabrique Ecologique répond sous la direction de Hervé Le Bouler, qui nous en livre les points forts.

Avis d'expert  |  Biodiversité  |    |  Actu-Environnement.com

L'incendie de Notre-Dame a mis à jour des sentiments profondément ancrés dans la société française. A travers l'émotion spontanée et les mouvements de solidarité qui s'en sont suivis, les valeurs constitutives de notre identité individuelle et collective ont été mobilisées. La destruction de la charpente fut au cœur de l'événement et dans le monde professionnel de la forêt et du bois, un vaste mouvement a immédiatement émergé : "Nous donnerons le bois nécessaire et il viendra de toutes les forêts de France". La dimension symbolique de l'annonce est évidente : tout ce qui touche à l'arbre et à la forêt est chargé de symboles forts et puissants. Ce sont ces relations entre la société, les forestiers et la forêt qui sont longuement analysées dans la note "Quel rôle pour la forêt dans la transition écologique en France ?" publiée par La Fabrique Ecologique.

"La forêt est en nous" écrit le socio-anthropologue français Bernard Kalaora. Elle est constitutive de nos identités à travers nos sentiments et nos représentations. C'est cette image présente dans le cœur de l'Homme qui travaille son imaginaire et ses opinions, bien plus et bien au-delà de ce que révèlent les réalités statistiques et économiques. La forêt des chiffres – celle des flux de bois, des tonnes de carbone absorbées et stockées – tout comme la forêt des lois biologiques et de l'écologie scientifique viennent comme jamais dans l'histoire se confronter à ce que représente "la forêt dans le cœur des Hommes".

La conception de relation Homme-Nature évolue

La note publiée par La Fabrique Ecologique croise les études sociologiques et les sondages afin de mettre en évidence les caractéristiques de la forêt "pensée et vécue" par les citoyens et par les propriétaires et les gestionnaires forestiers. Il en ressort que la forêt est d'abord un patrimoine, une richesse ayant de la valeur par le seul fait qu'elle est forêt. Reçue des générations précédentes, nous avons la responsabilité et le devoir de la transmettre aux générations futures. Cette forêt représente bien souvent l'incarnation tangible de la Nature, à portée des yeux et des jambes, en particulier pour les habitant des villes et métropoles. L'inquiétude générale sur l'état de l'environnement se reporte alors sur les forêts. Ainsi, le sentiment d'une diminution des surfaces forestières françaises est dominant dans l'opinion et contredit la réalité objective. Au-delà du sentiment de perte de surface forestière en France, en lien possible avec la réalité de la déforestation tropicale, on constate aussi une inquiétude sur la perte de naturalité forestière qui se focalise sur la critique des plantations résineuses et des coupes rases.

Le succès du livre de Peter Wholleben "L'intelligence des arbres" interroge. Le monde scientifique a critiqué son discours anthropomorphique qui tend à prêter aux arbres des comportements et des modes de relation à l'autre et à l'environnement qui étaient jusqu'alors considérés comme le propre de l'être humain et des animaux dotés d'un psychisme développé. Nous sommes peut-être en train de vivre une évolution rapide et largement partagée de la conception de la relation entre l'Homme et la Nature dont la forêt et l'arbre, avatars de la Nature, seraient le réceptacle.

Le gestionnaire forestier à la croisée des chemins

La proximité croissante du regard que l'Homme porte sur lui-même et de celui qu'il pose sur le statut des autres êtres vivants questionne et impacte de plus en plus de la gestion forestière. Le recours accru au bois fait consensus pour assurer les transitions écologiques et énergétiques en réponse aux périls liés aux dérèglements climatiques. Cette approche concerne aussi bien le stockage de carbone par les forêts que l'usage du bois de construction en tant que substitut aux énergies fossiles, ainsi que les usages énergétiques. Cependant, ce recours accru suscite des interrogations et des controverses quand il s'agit de le traduire en actes de gestion forestière : la crainte ou le rejet d'une artificialisation et d'une industrialisation de la forêt apparaissent.

Le gestionnaire forestier se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins, entre les nouveaux enjeux sylvicoles liés à l'adaptation des forêts aux changements climatiques et les demandes sociales, politiques, écologiques et économiques. Cette complexité croissante, comportant parfois des injonctions contradictoires peut conduire à des tensions et des blocages. "Quelles forêts voulons nous pour l'avenir ?" : c'est en ces termes que se pose maintenant un débat qui doit s'ouvrir à toute la société et ne plus être réservé aux seuls professionnels, experts, pouvoirs publics et élus. Les changements culturels en cours, tant sur la conception des relations aux arbres et à la forêt que sur l'évolution de la gestion forestière elle-même, ne pourront se faire sans une modification profonde de la façon dont les relations ntre les forestiers et la société s'organisent.

Avis d'expert proposé par Hervé Le Bouler, président du groupe de travail ad hoc à La Fabrique Ecologique.

Réactions2 réactions à cet article

 

Hervé Le Bouler, quel splendide article qui nous ramène à la façon dont nous avons vécu la forêt dans notre enfance. Il n'est évidemment pas question d'imaginer priver les générations d'enfants à venir de ce grand bonheur. En tant que professionnel faisant métier de valoriser les déchets carbonés de toute nature, je suis le premier à m'émouvoir en constatant la façon désastreuse dont certaines forêts ont été exploitées et je m'étonne que la réaction à cette monstruosité soit si discrète. Mon discours: la forêt est un bien très précieux et si on doit l'exploiter, c'est avec le soucis de ne point en faire disparaitre la vie. Cela interroge les exploitants forestiers, mais aussi ceux qui font métier de commercialisation les produits de cette exploitation et ceux encore, dont je fais partie, qui sont en charge de valoriser le produit de ce travail indispensable, et doivent le faire avec la certitude que c'est la meilleure possibilité qui est mise en oeuvre dans le contexte qui se présente dans un espace géographique le plus réduit possible, donc un hrizon qui ne se limite pas à l'optimisation du profit mais avec l'obligation de rechercher un circuit court, une exigence de rendement maximum s'il s'agit de conversion en énergie, une exigence de pollution minimum. Les territoires qui souffrent doivent directement profiter de leurs ressources. Une règle toute bête: interdiction ou taxation lourde sur le transport d'un bien naturel sur une distance maximum calculée au cas par cas.

chocho | 07 mai 2019 à 10h22
 
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Bonsoir ! nous ne serons jamais assez nombreux pour la protection et la sauvegarde des Forêts de par le monde A+

DAOUD | 07 mai 2019 à 20h11
 
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