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Actu-Environnement

Des particuliers se regroupent pour acquérir des forêts et sauver le feuillu du Morvan en voie d'extinction

En réaction à la destruction des forêts feuillues traditionnelles du massif du Morvan, l'association Autun Morvan Ecologie a créé un groupement forestier pour acquérir des forêts et les gérer d'une façon écologiquement responsable.

Biodiversité  |    |  Carine Seghier Actu-Environnement.com
Intimement liée à l'histoire et à la culture morvandelle, la forêt du Morvan couvre 123.500 hectares, soit 50% des terrains. Mais cette forêt naturellement composée de feuillus (hêtre, chêne, châtaignier notamment) est menacée par l'extension des plantations de résineux. En effet, aujourd'hui, les plantations de résineux représentent 51% de la superficie forestière (près de 65 000 hectares) contre 23% en 1970. La raison : afin d'équilibrer la balance commerciale, l'Etat avec le Fonds Forestier National vers les années 1960, ont incité, en les subventionnant, les plantations d'essences à courtes révolution comme les épicéas. Ces plantations ont été privilégiées - y compris fiscalement - au détriment d'une sylviculture feuillue, explique, Thierry Colin, co-gérants bénévoles du groupement Forestier pour la Sauvegarde des Feuillus du Morvan.
Mais ce type de culture intensive peut être nuisible. Selon lui, l'enrésinement est en général issu de plantations artificielles après coupe à blanc avec destruction de l'écosystème. Il n'y a plus de diversité, l'exploitation se fait avec des engins mécaniques qui dégradent les sols. En outre les coupes à blanc sur les terrains en pente provoquent le lessivage du sol avec des conséquences sur les cours d'eau. Les essences patrimoniales adaptées au site sont remplacées par d'autres essences, comme le Douglas, plantées sans considération de la station, et donc plus sensibles aux aléas climatiques.

C'est dans ce contexte que l'association Autun Morvan Ecologie a lancé en 1993 une campagne de protestation pour freiner l'enrésinement du Morvan. Dès 2000, un «Comité de Soutien des Feuillus du Morvan» s'est constitué. Il recueille 4500 adhésions. Mais malgré cette initiative, des incitations financières, des mesures forestières spécifiques au Morvan (cahier de recommandations paysagères, charte forestière, etc.) à l'élaboration desquelles l'association a participé, rien ne change. La loi forestière laisse au propriétaire le choix de ses méthodes d'exploitation, explique Thierry Colin. Les mesures sont essentiellement basées sur la production intensive. Ce type de sylviculture (plantations, coupes rases...) n'est pas plus rentable que des méthodes proches de la nature, qui permettent une autre approche de revenu, plus étalé et sur le long terme, ce que ne souhaitent pas les investisseurs.

Aussi, en 2003, l'association a décidé de créer un groupement forestier : le Groupement Forestier pour la Sauvegarde des Feuillus du Morvan. Le but consiste notamment à acquérir des parcelles qui se distinguent par une grande diversité arbustive et de milieu et démontrer qu'une gestion respectueuse de la forêt est possible et rentable. La forêt de Montmain, massif de 300 hectares sur la commune d'Autun est la première forêt acquise grâce au soutien du Conservatoire des Sites Naturels Bourguignons et de la ville d'Autun. Aujourd'hui le groupement qui compte désormais plus de 150 souscripteurs, possède également une parcelle de 1,5 hectare à Roussillon en Morvan (71), une forêt sur la commune de Laizy (71) de 16 hectares composée de nombreux châtaigniers et dominant la vallée de l'Arroux et la forêt de feuillus, caractéristique des sommets de collines morvandelles d'Alligny en Morvan (58) d'une superficie 23 hectares. Dernière acquisition : une forêt de 27 hectares située sur une colline dominant la vieille ville d'Autun et traversé par un sentier de grande randonnée. Elle est composée pour sa majeure partie de feuillus, dont de nombreux châtaigniers. Cela porte à 100 hectares la surface des forêts de notre groupement, indique Thierry Colin.

Pour valoriser économiquement les forets acquises, le groupement applique la méthode dite de futaie irrégulière, qui consiste à identifier les arbres qui seront coupés en laissant un capital sur pied qui s'accroît au fil des ans. Ainsi, le revenu est régulier, avec un passage en général tous les 10 ans sur des peuplements feuillus, souligne Thierry Colin. Le couvert forestier est permanent avec des arbres de tout âge, des arbres morts, des vieux arbres indispensables à la biodiversité et des essences mélangées, ajoute-t-il.

Le Groupement Forestier pour la sauvegarde des Feuillus du Morvan est ouvert à tous. Son capital est variable et permet d'accueillir à tout moment de nouveaux souscripteurs : une part coûte 150€. Conformément à la loi, l'achat de parts permet actuellement de bénéficier – sous certaines conditions – d'une réduction d'impôt sur le revenu de 25%. Au printemps, un conseil scientifique qui assistera la gérance dans les décisions de gestion sera créé.


*Le Groupement Forestier pour la Sauvegarde des Feuillus du Morvan (GFSFM) est géré par deux co-gérants bénévoles (Lucienne Haese et Thierry Colin), assistés d'un comité technique et scientifique et d'un expert-forestier.
Adresse : Mortaise - 71540 LUCENAY L'EVEQUE
Contact : Mme Lucienne HAESE
Tél. 03 85 86 26 02
Mail : autun.morvan.ecologie@wanadoo.fr

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Glossaire

Feuillus Résineux

Réactions11 réactions à cet article

 
Bravo

Je trouve cette initiative heureuse, je suis un Morvandiau (villapourçon) résidant à Dijon. Tout ce qu iest fait pour préserver notre belle forêt va dans le bon sens.Les résineux, il en faut mais "juste un peu."

reguisou | 12 janvier 2007 à 20h43
 
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GARDER UN JUSTE EQUILIBRE DANS NOS FORËTS FRANCAIS

. la population n'est pas informée de ce genre de problème.
Garder la biodiversité des forêts française. Il faut dire que le résineux est presque intégralement utilisé par la production de pÄtes à papiers. C'est certainement plus rentable à court terme . il ne faut pas perdre l'élémentaire équilibre pour de sordides vues mercantiles.
je vais essayer de vous rejoindre
Continuez Bravo pour cette initiative. L'union fait la force !

loupenequet | 13 janvier 2007 à 03h47
 
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un exemple à suivre

bravo à ce mouvement associatif, qui montre bien qu' en matière d'environnement, une initiative locale et citoyenne est plus efficace que des paroles en l'air politiciennes.

alexis | 18 janvier 2007 à 12h58
 
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Voilà qui redonne confiance !

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas vu une nouvelle qui soit :
* positive
* pleine de bon sens
* qui permette à chacun de soutenir l'effort
BRAVO !

Tym | 18 janvier 2007 à 15h37
 
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DEs photos sur les coupes à balnc dans l'autunois

membre de l'association autun morvan ecologie, j'ai fait quelques photos sur des coupes à blanc autour d'autun. elles sont visible sur mon site : http://benkamorvan.free.fr/foto/album.php?id_album=12&stat=ok

benkamorvan | 18 janvier 2007 à 17h03
 
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oui, exemple à suivre, achetons des terres

cela semble une très bonne formule, mais il faut s'entourer de précaution juridiques sans doute pour que cela soit pérenne (en cas d'héritage, comment cela se passe t-il?).
Mais cela peut être excellent pour attirer l'attention des gens et montrer que certaines personnes pensent à autre chose que leur satisfactions personnelles. Cela peut devenir nos "cathédrales" modernes.

encolère | 18 janvier 2007 à 17h06
 
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On se calme

Que de bonne volonté, mais aussi que d'âneries dans tout ce qui a été écrit sur le sujet !
Lles résineux servent surtout à produire de la pâte à papier : FAUX.
Seuls les résineux de petits diamètres (bois d'éclaircie) servent à cette usage (pâte pour papier journal et magazine surtout). Mais l'objectif est de produire du bois d'oeuvre qui sert surtout pour la construction (charpente, parquet, panneaux d'ossature bois...). Usage noble et durable donc, plus écologique que le béton ou l'acier !

Les résineux obligent à utiliser des engins qui abiment les sols. FAUX. Ou plutôt les mêmes engins sont utilisés pour exploiter des feuillus. A savoir aussi que les sols du Morvan, sur substrat granitique, sont peu sensibles au tassement ; et que les engins modernes (pneus basse pression) sont étudiés pour causer le moins de dégâts possibles.

Les résineux acidifient les sols : VRAI pour l'épicéa, FAUX pour le douglas.

La coupe rase c'est mal : VRAI et FAUX. Ce n'est pas le mieux, certes, en zone pentue le risque de lessivage est accru. Mais pour différentes raisons techniques et économiques, on ne peut parfois par faire autrement.
Les résineux n'ont pas de place dans les forêts du Morvan ; autrement dit "les étrangers dehors ! ": FAUX.
Comme partout pas d'excès, un équilibre doit être trouvé, les "fatwa" n'ont pas leur place. On peut parfaitement concilier faire pousser des douglas en futaie irrégulière, voire en mélange avec des feuillus ; simplement il faut savoir que c'est plus compliqué. Je suis gérant d'un groupement forestier (pas dans le Morvan, mais ça y ressemble), j'ai de très beaux douglas plantés par mon arrière-grand-père, une vraie futaie, que je suis en train de régénérer naturellement en mélange avec d'autres essences y compris feuillues, et ça marche !
Alors, en forêt comme ailleurs, halte au racisme et à la xénophobie primaires.
Et puis le
En tout cas même si nous ne sommes pas d'accord sur tout je dis quand même bravo à ces gens qui, pour une fois, se mouillent. Les conseilleurs seront, pour une fois, aussi les payeurs et ils comprendront pourquoi l''humilité et la patience sont les qualités essentielles du forestier... et que la sylviculture, loin d'être absolue, dépend autant de facteurs techniques ou naturels... que du facteur humain.

Douglas mon amour | 19 janvier 2007 à 13h09
 
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Re:Voilà qui redonne confiance !

Cet article d' intégristes effeuillés me fait penser à un mauvais remake des années 70 durant lesquelles des parigots soixante-huitard (pas encore bobos attardés!)traitaient les forestiers reboiseurs locaux de "fascistes" parcequ'ils osaient remplacer des taillis purs de chataigniers (n'apportant plus aucuns revenus à leurs petits propriétaires) en plantations résineuses subventionnées par le Fonds Forestier National, d'où pour ces détracteurs l'horrible vision d' alignements "militaires" de plants et une consternante couleur vert de gris genre "uniforme feldgrau" dans le paysage de leur enfance !!!

Depuis, ces essences résineuses "fachistes", mais pas fachées du tout avec le climat et les autochtones, ont bien poussé sur les sols forestiers granitiques ( très acides et pauvres) du Morvan; de belles futaies, notamment en Douglas (qui absorbe un maxi de CO2) font vivre au pays 25 ans après une multitude de jeunes bûcherons, débardeurs, scieurs, menuisiers qui produisent "made in France" des charpentes imputrescibles, meubles régionauxs, parquets, maison à ossature bois, etc...

Les propriétaires des parcelles de terrains se frottent les mains maintenant que leurs bois se vendent bien!

Ayant retrouvé une certaine aisance financière, les petits propriétaires morvandiaux se disent (cf. la pub):
"Parceque je le vaux bien" !!!

L'air du Morvan est pur, les eaux limpides et poissonneuses, les ramasseurs de champignons chanceux, les touristes ravis...

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil!

Tolérance et Paix sur la Terre ... du Morvan.

CQFD

Grimpeloup | 08 février 2007 à 17h04
 
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COUPE A BLANC BEC

La coupe à blanc "estoc" (en terme technique), comme son nom l'indique, est vieille comme le monde forestier du Moyen-Âge...

Il s'agissait à l'époque d'apprivoiser la forêt aux besoins vitaux de l'Homme, le chauffage et les outils; d'où la longue pratique des ruraux d'amener leurs terroirs forestiers vers la monoculture d'arbres les plus aptes (en structures fibreuses ou caloriques) à leurs besoins propres.

La coupe à blanc est donc un procédé technique pour produire un certain type de bois dans un délai déterminé: 1/ soit une rotation courte (7 à 20 ans: taillis pur d'acacias, de chênes ou châtaigniers pour faire du bois de feu, des piquets, des manches d'outils, de la charronnerie, ou bien les peupleraies pour faire des planches de bardage, des fond de meubles, de la malletterie, des feuilles de déroulage pour le contreplaqué), 2/ soit une rotation longue (100 à 180 ans: futaies de résineux, de chêne, de hêtre, etc... pour faire de la charpente, du meuble massif, du parquet de qualité, du tranchage pour le placage des meubles).

La coupe à blanc est généralement rapidement reboisée par le forestier avec des plants issus de pépinières (feuillus ou résineux), ou naturellement par les rejets issus de souches, ou par régénérations spontanées (et variées) issues de peuplements forestiers riverains.

Dans le Morvan une parcelle coupée à blanc ne laisse un sol nu que quelques mois du fait de l’installation naturelle de genêts, de carex, de rejets de souches et brins de franc pied; le sous sol de granit décomposé est très filtrant d'où l'absence de risques d'érosion; un lessivage des éléments fertilisants de l'humus peut se produire la première année lors d’orages de fin d'été.

Il y a évidemment une palette d'autres interventions sylvicoles possibles pour le gestionnaire forestier comme le traitement des peuplements mixtes ou purs en futaie jardinée: on prélève les arbres mûrs en fonction du diamètre et de l'essence en rapport avec le produit fini ou financier que l'on recherche; cette technique assez délicate est mise en oeuvre en fonction du relief, du climat, du sol, de l'altitude, de la superficie du massif, et … de la technicité des hommes de terrain (régie d'entreprise, personnels internes, pérennité de le gestion et de son suivi).

En conclusion aux élucubrations habituelles et fastidieuses des franco-écolo-webeux qui n'ont pas la modestie d'écouter, observer ou demander à ceux qui ont une pratique éprouvée et au quotidien de la valorisation, au profit de l'Homme et de son écosystème, des terroirs forestiers de ce pays, il est encore et toujours nécessaire de rappeler qu'en un peu plus d'un siècle (1880 à ce jour) le labeur des forestiers français a permis le doublement de la superficie (et de la productivité) des forêts françaises (de 7 millions d'hectares à 15 millions d'ha !) avec le respect d’un patrimoine ancestrale en massifs de conservation, de production et de loisirs.

Cependant le chemin est encore long pour les générations à venir pour résorber le deuxième déficit de la balance commerciale de la France qui est encore le poste importation de BOIS juste après le Pétrole....


N.B. : la forêt française c’est toujours 1/3 de résineux et 2/3 de feuillus ; mais dans les pays du nord de l’Europe c’est l’inverse, voire plus, et il semble que ces populations survivent psychologiquement et physiquement à un tel ratio…

Grimpeloup | 08 février 2007 à 18h55
 
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Re:Re:Voilà qui redonne confiance !

Je ne vais pas répondre à la provocation par la provocation, mais je me demande bien si celui qui a écrit ces lignes vit dans le Morvan ? Où voit-il ce paysage idyllique qu'il décrit. Les belles futaies de douglas alors même que les plantations sont elles-mêmes rasées... cela se passe en ce moment, bien avant qu'une quelconque "belle futaie" ait pu voir le jour... L'adaptation du douglas au climat me fait bien rire aussi : quel taux de mortailité durant l'été 2003 ? Le douglas est l'essence qui souffre le plus de la sécheresse, avec trois mois d'avance sur les autres essences... Allez voir les bûcherons, scieurs... qui vivent au pays, mais dépêchez-vous si vous en trouvez encore, car ils disparaissent tous victimes de la sylviculture industrielle et destructrice d'emplois locaux et qualifiés... Et pensez-vous que les propriétaires des plantations de douglas soient originaires du Morvan ? Certains n(y ont même jamais mis les pieds. Que de contre-vérités en quelques lignes ! A moins que celui qui les a écrit n'ait quelque intérêt à cela, comment comprendre un tel aveuglement ?

th | 08 mai 2007 à 22h30
 
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re à l'auteur de coupe à blanc bec

je conseille à l'auteur de ce message de lire le dernier numéro de la Lettre de PRO SILVA association de propriétaires qui connaissent la forêt et savent regarder et écouter . Cette association donne des leçons de sylviculture et d'économie. A en lire le message, les bonnes méthodes de gestion sont les coupes à blanc, les plantations d'une seule espèce en rang d'oignons, avec toutes les conséquences écologique sur les sols, l'eau, la biodiversité et les paysages. Les gens qui vivent et ceux qui viennent en Morvan ne veulent pas d'usines à bois mais de vraies forêts étagées, mélangées , multifonctionelles quoi .

ecolozozo | 23 mai 2009 à 16h45
 
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