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La forme du stationnement évolue à Paris et ouvre la voie à de nouveaux usages

A travers trois études, l'Atelier parisien d'urbanisme montre que la baisse de la motorisation des ménages à Paris permet d'envisager des usages moins carbonés des places de parking. Précisions de Patricia Pelloux, directrice adjointe à l'Apur

Interview  |  Aménagement  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
   
La forme du stationnement évolue à Paris et ouvre la voie à de nouveaux usages
Patricia Pelloux
Directrice adjointe à l’Atelier parisien d'urbanisme (Apur)
   

Actu-environnement : Un des volets de votre étude montre que près de 96 hectares - représentés par 150.000 places de parking pour résidents normalement occupées par des voitures - pourraient être libérés pour de nouveaux usages : comment êtes-vous arrivé à ce résultat ?

Patricia Pelloux : Nous avons constaté une baisse de la motorisation des ménages, engagée de façon continue depuis les années 90 à Paris et sa petite couronne (-19,7% à Paris et -7,8% dans la métropole du Grand Paris entre 1999 et 2015).

Cette tendance se poursuit aujourd'hui notamment du fait des évolutions numériques, sociétales et environnementales : les ménages acquièrent moins de voitures, de nombreux services sont proposés en partage, l'usage des transports collectifs et des mobilités douces augmente.

La forme du stationnement évolue et ouvre la voie à de nouveaux usages.

AE : Vous proposez de nouveaux usages qui pourraient permettre d'améliorer la résilience de la ville face au changement climatique : quels sont-ils et comment pourront-ils peser ?

PP : Nous avons montré que plusieurs usages sont possibles. Tout d'abord, l'espace libéré peut être le support de nouvelles formes de mobilité. De nouveaux besoins s'expriment pour des emplacements dédiés aux véhicules en partage, pour les recharges électriques, pour des mobilités émergentes comme les trottinettes, et aussi pour le stationnement des vélos où la demande est croissante. A Paris, il n'est en effet pas toujours facile d'intégrer des locaux à vélo dans les immeubles, du fait de nombreux bâtiments anciens.

Les professionnels pourraient également en profiter : par exemple, la ville souhaite faciliter les livraisons, développer les vélos cargo, qui permettent de transporter des marchandises. Ceux-ci nécessitent des emplacements plus larges que les vélos classiques.

L'ancienne bande de stationnement constitue également une occasion d'élargir certains trottoirs et d'introduire plus de nature en ville, par exemple sous forme de bandes végétalisées et d'arbres à l'image de ce qui se fait actuellement rue du Chemin-Vert (11e arrondissement). Elle peut également intégrer différents services urbains comme les dispositifs pour le tri des déchets ou l'installation de mobilier urbain innovant, comme les parklets que la ville expérimente en ce moment, dans le cadre du budget participatif.

AE : Vous montrez qu'à Paris la grande majorité de l'offre de stationnement, hors voirie, est constituée de parkings souterrains. Pour ces derniers également une évolution vers de nouveaux services est à noter, par exemple de l'agriculture urbaine. Quelles sont les offres que vous avez pu observer ?

PP : Les opérateurs et gestionnaires de parking aujourd'hui essayent de renouveler et diversifier leurs usages : certains se positionnent comme des gestionnaires de mobilité. Ils proposent du stationnement pour des véhicules en partage ou des espaces de livraison en ville. Par exemple, des places peuvent être transformées en un espace de logistique urbain, un colis pourra alors être acheminé par camionnette jusqu'au parking et être ensuite livré pour le dernier km par des triporteurs.

Autre exemple : un bailleur social (ICF La Sablière) a aménagé 3.600 m2 de parking en sous-sol en une ferme d'agriculture urbaine, la Caverne, dans le 18e arrondissement. Certaines productions qui ne nécessitent pas de lumière, comme les endives ou les champignons, sont bien adaptées à ce type de site. Ce projet a été lauréat de l'appel à projet des Parisculteurs 1. Les deux premiers niveaux peuvent également être propices au développement d'équipements sportifs, de lieux culturels et festifs ou parfois même de salles de réunions.

AE : Ces nouveaux usages sont-ils monétisables comme peut l'être une place de parking ?

PP : Dans les parkings oui bien-sûr, certains projets font d'ailleurs l'objet d'appel à projet comprenant des financements privés. Sur l'espace public, les places de stationnement pour les véhicules individuels, professionnels ou en partage représentent aussi une source de recettes financières tout comme les terrasses et contre-terrasses. Ce sont des indicateurs faciles à calculer.

L'intérêt de ces nouveaux usages, par exemple le rafraichissement et le bien-être apportés par les végétaux dans la ville pour la biodiversité, la santé des habitants, etc., sont plus difficiles à estimer en terme monétaire mais ils constituent pour autant une valeur de plus en plus plébiscitée avec le réchauffement climatique.

AE : Le 4ème volet de vos travaux - à venir - proposera des scénarios de transformations illustrées : pourriez-vous me présenter quelques résultats ?

PP : A l'image de la rue Blanche (9e arrondissement) réaménagée récemment, de nombreuses rues pourraient voir leurs trottoirs élargis, largement plantés avec, entre les arbres, des stationnements pour les vélos, des emplacements pour les livraisons, les abris bus, les bancs, les prairies fleuries.

Autre exemple plus spectaculaire : sous le parvis de l'hôtel de ville, le premier niveau du parking souterrain pourrait être récupéré en partie pour mettre de la terre, pour faire pousser de la végétation de façon importante. Nous pouvons envisager ainsi une forme de "forêts urbaines" sur certaines places.

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