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La France dévoile sa première stratégie pour soutenir la recherche aux pôles

La recherche scientifique en Arctique et en Antarctique, balcons de la catastrophe climatique, fait désormais l'objet d'une stratégie nationale. De nouveaux changements structurels, soutiens politiques et financiers sont engagés jusqu'en 2030.

Gouvernance  |    |  Félix Gouty
La France dévoile sa première stratégie pour soutenir la recherche aux pôles

Près de deux cents ans après le voyage de Jules Dumont d'Urville en direction de l'Antarctique, à bord du célèbre Astrolabe, la France se dote de sa première stratégie polaire. Reçue par le Premier ministre, Jean Castex, le 31 mars dernier, elle a été présentée par Olivier Poivre d'Arvor, ambassadeur chargé des pôles et des affaires maritimes, ce mardi 5 avril, au ministère des Affaires étrangères. « Depuis longtemps, il existe un décrochage français envers les pôles, atteste l'ambassadeur. Avec cette stratégie, guidée par un souci maximum de protection de l'environnement, nous nous engageons à revenir dans la cour des grands. » Pour y parvenir, la stratégie polaire compte sur une large palette de décisions et d'engagements, à prendre dans les huit années à venir.

Réorganiser la recherche polaire

 
Les ambitions financières de cette stratégie sont une bouffée d'oxygène pour la recherche française  
Yann Ropert-Coudert, directeur de l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor
 
Le mot d'ordre principal de cette nouvelle feuille de route est science. « Nous sommes aujourd'hui gravement sous-dimensionné par rapport à nos voisins anglais, polonais ou allemands, souligne Yann Ropert-Coudert, le nouveau directeur de l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor (Ipev). Les ambitions financières de cette stratégie sont donc une bouffée d'oxygène pour la recherche française. » La stratégie polaire promet ainsi un accroissement spécial du budget du ministère de l'Enseignement supérieur pour augmenter l'effectif des chercheurs affectés aux deux pôles de 320 à 500, d'ici à 2030. Elle prévoit également de « tripler les moyens financiers » accordés par les pouvoirs publics à la recherche et à la logistique en Arctique. Actuellement, 90 % des financements français consacrés aux mondes polaires vont à l'Antarctique.

La France se reposera essentiellement sur l'Ipev pour encadrer et coordonner la recherche dans ces régions. La supervision de ses actions et le suivi de l'ensemble de la stratégie seront confiés à un nouveau délégué interministériel de l'Arctique et de l'Antarctique (reprenant les fonctions de l'ambassadeur des pôles), installé dès l'automne prochain sous l'autorité du Premier ministre dans le cadre de la transformation du Comité interministériel de la mer (Cimer) en Comité interministériel de la mer et des pôles (Cimer-Poles). Par ailleurs, les auteurs de la stratégie polaire proposent la création d'une Fondation française pour les pôles, susceptible de participer aux financements, à hauteur de plusieurs dizaines de millions d'euros par an. Cette entité devrait être portée par l'explorateur et homme d'affaires suédois, Frederik Paulsen.

De premiers projets stratégiques

La stratégie comprend justement une série de projets de recherche à financer, axés sur l'évolution du climat et ses conséquences. Le premier, soutenu à hauteur de 13 millions d'euros dans le cadre du Programme d'investissements d'avenir (PIA), consiste dans la construction d'une station arctique internationale dérivante. Imaginée par la Fondation Tara Océan, cette base de recherche écologique traversera l'Arctique en cinq cents jours en se laissant dériver par le courant marin. Le projet de sonde Polar Pod, porté par l'explorateur Jean-Louis Étienne, avec le concours de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), étudiera, quant à lui, les échanges de gaz à effet de serre entre l'atmosphère et l'océan austral au cours d'un voyage de trois ans, en totale autonomie, dès 2024. En outre, le gouvernement encourage l'Ipev à répondre à l'appel d'offres « Programmes et équipements prioritaires de recherche », en proposant un grand projet de 50 millions d'euros sur dix ans pour évaluer le risque de déstabilisation des glaciers en Antarctique.

La stratégie polaire engage également le gouvernement à installer une nouvelle base scientifique au Groenland, à rénover deux stations antarctiques (Dumont-d'Urville, pour environ 60 millions d'euros d'ici à 2030, et Concordia, pour 30 millions partagés avec l'Italie) et, éventuellement, à construire un nouveau navire océanographique à capacité glace (pour 35 millions).

Une plus forte mobilisation sur le plan international

Au-delà de la recherche scientifique française, la nouvelle vision polaire de l'Hexagone comporte une portée internationale. Elle fait notamment suite à la parution de la Stratégie arctique européenne, en octobre 2021, mais aussi au début de la guerre en Ukraine. « Garder les limites polaires à l'abri des conflits militaires serait bien plus difficile sans le leadership de la France », remarque Michael Mann, envoyé spécial de l'Union européenne sur les questions arctiques. La Russie, actuellement présidente du Conseil de l'Arctique jusqu'en mai 2023, rebat les cartes du jeu géopolitique jusqu'aux pôles.

Son invasion de l'Ukraine a, en effet, provoqué la suspension de la quatrième réunion ministérielle de la science arctique de l'instance intergouvernementale, prévue au début de l'année prochaine en France, membre observateur du Conseil. À la place, l'Hexagone se propose d'organiser sa propre conférence internationale de haut niveau sur les pôles, au printemps 2023, sur le modèle du One Ocean Summit. Il invite aussi les Nations unies à lancer une « décennie des mondes polaires », de 2025 à 2035, pour soutenir encore davantage la recherche scientifique internationale.

Enfin, par le biais de cette stratégie, le gouvernement français confirme son soutien à la création ou au renouvellement d'aires marines protégées en Arctique, en Antarctique orientale et en mer de Weddell, à la recommandation de l'Union européenne de ne plus exploiter les énergies fossiles au pôle Nord ou encore à l'adoption d'une réglementation « plus contraignante » envers le tourisme antarctique.

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