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Remplacement des canalisations d'eau : une facture de plusieurs milliards

Le retard pris par les collectivités pour renouveler leurs réseaux d'eau devient alarmant. Plus le retard s'accumule, plus la facture sera lourde, avertissent 60 millions de consommateurs et France Libertés.

Eau  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com

La Fondation Danielle Mitterrand France Libertés et 60 millions de consommateurs ont rendu public ce 20 mars le palmarès des fuites des réseaux d'eau dans les grandes villes françaises. Les professionnels de la pose de canalisations, via leur organisation professionnelle Canalisateurs de France, avaient déjà tiré le signal d'alarme dans le passé.

Un quart de l'eau potable perdu

Le verdict est sans appel : un grand gaspillage est à l'œuvre. Chaque année, 1,3 milliard de mètres cubes d'eau traités par les usines de production d'eau potable n'arrivent pas jusqu'au robinet. Cela représente 25% des volumes produits, pourtant payés par les usagers du service. "Et encore, ce chiffre est sans doute sous-évalué", s'indigne Thomas Laurenceau, rédacteur en chef de 60 millions de consommateurs.

Quoi qu'il en soit, deux préfectures sur trois n'atteignent pas l'objectif national de 15% de fuite maximum fixé par un décret de janvier 2012 pris en application de la loi Grenelle 2. Parmi les 150 grandes villes françaises étudiées, certains taux de fuite sont faramineux : Digne-les-Bains (54%), Saint-Denis-de-la-Réunion (46%), Fort-de-France (41%), Bar-le-Duc (48%), Nîmes (37%), Tulle ou encore Evreux (36%). Aucune corrélation n'a toutefois été relevée par les auteurs entre le taux de perte et le mode d'exploitation du service.

Outre les pertes en eau potable, le remplacement des canalisations présente aussi un enjeu sanitaire. "Le vieillissement des réseaux peut aussi menacer la qualité de l'eau potable, qu'il s'agisse d'anciens branchements en plomb ou de canalisations plus récentes en PVC, susceptibles de relarguer des composés plastiques dans l'eau du robinet", expliquent les auteurs de l'enquête.

Le premier obstacle, le coût

Alors pourquoi les collectivités locales n'agissent-elles pas ? "Les élus sont tout à fait conscients des enjeux", indique Emmanuel Poilâne, directeur de la Fondation Danielle Mitterrand France Libertés. Mais la connaissance de l'état des canalisations reste malgré tout insuffisante. Seuls 10 à 20% des services d'eau auraient réalisé le descriptif détaillé des réseaux imposé par le décret du 27 janvier 2012. Cet inventaire aurait pourtant dû être finalisé avant le 31 décembre 2013.

D'autres raisons peuvent être invoquées comme la gêne occasionnée par les travaux ou la faible visibilité politique de telles opérations. Mais la raison principale reste avant tout financière. Le coût de remplacement d'un kilomètre de canalisation en ville varie entre 400.000 et 800.000 euros. De 1,5 à 2 milliards d'euros devraient être investis tous les ans pour renouveler les réseaux. Or, seulement 700 à 800 millions le sont effectivement aujourd'hui. "A ce rythme, 170 ans seront nécessaires pour renouveler les réseaux", précise Thomas Laurenceau, sachant que la durée de vie moyenne d'une canalisation est de 75 ans.

"Mais les fuites peuvent aussi arranger certains", dénonce Emmanuel Poilâne. Le service étant facturé sur la base du volume d'eau consommé, le fait de réduire les fuites pourrait dégrader l'équilibre économique du service. Une telle analyse ne semble toutefois valable que pour les fuites après compteurs. "Le coût de potabilisation varie de 1 à 10, précise par ailleurs Thomas Laurenceau, si celui-ci n'est pas élevé, une collectivité aura tendance à laisser fuire un peu plus".

Augmenter fortement la facture des usagers ?

"Plus les élus attendent, plus la situation s'aggrave et plus grand est le risque de devoir agir dans l'urgence, endetter la collectivité et augmenter fortement la facture des usagers", alertent les deux organismes, qui estiment pourtant que des solutions existent.

"La solution réside dans une coopération renforcée entre les collectivités", affirme Emmanuel Poilâne, qui cite en exemple le département de la Vendée. 277 des 282 communes du département ont créé un syndicat départemental, Vendée Eau. La mutualisation a permis de lancer un ambitieux plan de renouvellement du réseau. Non seulement le prix de l'eau n'a pas augmenté, mais il a été harmonisé. "Au fil des ans, Vendée Eau a pu rembourser son ancienne dette, remplacer tous les branchements en plomb et réduire largement ses fuites", vante le directeur de la fondation.

Mais celui-ci va plus loin. "Il est temps de mettre à plat l'ensemble du service public de l'eau français", ajoute-t-il, estimant que le nombre de services d'eau potable devrait passer de 14.000 aujourd'hui à pas plus de 500 demain. A la clé ? Des avantages en termes de capacité de financement mais aussi de péréquation entre communes rurales, pénalisées du fait d'un linéaire plus important, et communes urbaines.

Une nécessité de coopération, bien éloignée, estime-t-il, du débat négatif dans lequel ont tendance à s'enfermer actuellement certaines collectivités menacées d'être touchées au portefeuille par les agences de l'eau. Conformément à la loi Grenelle 2, celles qui n'ont pas effectué dans les délais prescrits le descriptif  de leur réseau ou qui n'ont pas mis en place le plan d'actions imposé en cas de perte du réseau supérieur à 15%, verront en effet doubler le taux de la redevance prélèvement.

Réactions10 réactions à cet article

 

Coup de pouce à l'entretien des fonds de commerce de 60 millions et France Libertés...

...et des «professionnels de la pose de canalisations [qui] avaient déjà tiré le signal d'alarme dans le passé.»

Extraordinaire convergence d'intérêts entre deux entités qui se doivent d'entretenir leur image et leur présence médiatiques, et un «lobby» (osons le mot...) d'acteurs économiques!

«"Mais les fuites peuvent aussi arranger certains", dénonce Emmanuel Poilâne. Le service étant facturé sur la base du volume d'eau consommé, le fait de réduire les fuites pourrait dégrader l'équilibre économique du service. Une telle analyse ne semble toutefois valable que pour les fuites après compteurs.»

Pourquoi ne pas dire clairement que ce gugusse se moque de nous ?

«"Plus les élus attendent, plus la situation s'aggrave et plus grand est le risque de devoir agir dans l'urgence, endetter la collectivité et augmenter fortement la facture des usagers", alertent les deux organismes, qui estiment pourtant que des solutions existent.»

Peut-on suggérer à ces gens que remplacer un km de conduites reviendra dans cinq ans, par exemple, au coût d'aujourd'hui plus les augmentations des coûts... ou moins les diminutions de coût en cinq ans ?

«...Des avantages en termes de capacité de financement mais aussi de péréquation entre communes rurales...»?

Les naïfs! Dans un pays où règne le chacun pour soi?

Lisez J. de Kervasdoué et H. Voron, Pour en finir avec les histoires d'eau.

Wackes Seppi | 21 mars 2014 à 15h24
 
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N'oublions pas que sur les factures d'eau il y a une ligne où nous sommes ponctionnés, faiblement il est vrai, mais ponctionné, pour le remplacement pour le changement des canalisations d'eau.
Il serait malvenu de nous dire qu'il va falloir cracher au bassinet une fois de plus !

Maurice | 21 mars 2014 à 19h39
 
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L'article signale des exemples ou les fuites d'eau sont critiques: Donc il y a bien des endroits ou le réseau doit être refait, surtout cela met l'accent sur des situations ponctuelles choquantes 'et inadmissibles).
Par contre on comprend mal pourquoi France Liberté se préoccupe du problème de façon récurrente.

ami9327 | 24 mars 2014 à 15h19
 
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Pour en finir avec les histoire d'eaux ...

parce que c'est bien connu l'eau est un ressource illimitée et on peut la gaspiller.

L'exemple de la Vendée doit être généralisé. Les département pourrait prendre les compétence d'eau et de déchets permettant de réduire drastiquement les cout et d'homogénéisé les ressources et les moyens.

Mais comme le dit bien WS (pour une fois ^^) en France, pays des 3 mousquetaire on est plus chacun pour soit que tous pour un et un pour tous. :)

Quoi qu'il en soit les besoins en changement de canalisation sont réel tout comme l'est le manque de moyen des petites collectivités.

Encore une fois l'union est le seul moyen d'en "finir avec les histoire d'eaux"

Terra | 25 mars 2014 à 17h03
 
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« Chaque année, 1,3 milliard de mètres cubes d'eau traités par les usines de production d'eau potable n'arrivent pas jusqu'au robinet. »

Est-ce grave ?

Avec un taux de fuites de 22 % – allez ! 25 % pour faire plaisir aux lobbyistes de Canalisateurs de France et leurs alliés de circonstance 60 Millions et France Libertés en mal de reconnaissance médiatique – le réseau français est l'un des meilleurs du monde. Et il est difficile de faire mieux.

On estime les pertes à 120 litres par jour et par habitant. C'est 5 litres par heure. C'est beaucoup moins qu'une chasse d'eau qui fuit.

Les fuites ne posent un problème que dans une situation de pénurie.

Dans le cas courant, on aura certes potabilisé l'eau qui a fuit, mais la perte financière est minime. C'est certainement beaucoup moins que le coût du remplacement des canalisations pour entrer dans les clous d'un décret complètement délirant. Le tarif moyen du mètre cube d'eau en France était de 4,15€ par mètre cube en 2013. La potabilisation doit en représenter moins de 10 %. Si on retient ce chiffre, la perte doit être de 5cts/jour... Big deal.

A&E avait publié un billet en juillet 2011 : « Eau et assainissement : rénover les réseaux et… augmenter la facture ? » À près de trois ans d'écart, c'est grosso modo le même discours.

Wackes Seppi | 25 mars 2014 à 18h28
 
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C'est sur. Laissons couler l'eau dans la terre, et pompons un peu plus les nappes.

Ce n'est pas parce que cela représente peu par rapport à un tout gigantesque qu'il faut laisser couler ! Je ne suis pas pour.
L'efficacité d'un réseau c'est aussi sa sécurité.
Comme le dit bien l'article au delà des millions de m3 d'eau traitée qui part dans la nature il y a les risques sanitaires.
Comment garantir une eau 100 % potable au bout du tuyaux lorsque celui-ci est percé à de multiples endroit.
Comment garantir sa non contamination par des phtalates alors même que les revêtements sont usés et que le plastique peut relarguer tout ce qu'il veut.
Et si les revêtement interne se détériorent on peut avoir apparition de bactéries/toxine, même avec du Chlore ! Un biofilm pourra s'installer et contaminer doucement l'eau. Ça c'est déjà vu.

Alors oui, c'est du gros lobbying de la part des poseurs de canalisations et oui la moyenne est bonne. Mais la réalité de certains réseaux est là et les professionnels ont raison de dire qu'il faut s'en préoccuper. Car on connait la réactivité des collectivités à ce sujet. Si on ne se bouge pas tout de suite ça tombera dans l'oubli et lorsqu'il faudra faire du curatif sur le réseau on ne voudra pas payer la facture.
Le remplacement et la maintenance des canalisations est essentielle, des sommes sont normalement provisionnées pour cela et elles doivent être utilisées.

Après encore une fois, une mutualisation est nécessaire pour optimiser les couts

Terra | 26 mars 2014 à 10h39
 
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« Par contre on comprend mal pourquoi France Liberté se préoccupe du problème de façon récurrente » (ami9327, 24 mars 2014 à 15h19) ?

Mais non ! C'est un fond de commerce. Un moyen de se rappeler périodiquement à l'attention des médias, des Français... et des généreux donateurs.

« ...parce que c'est bien connu l'eau est un ressource illimitée et on peut la gaspiller » (Terra , 25 mars 2014 à 17h03) ?

Oui, il faut en finir avec cette histoire d'eau. Parce que l'eau qui fuit d'une canalisation a toutes les chances de se retrouver dans la nappe, la rivière, le lac, desquels elle a été pompée.

« ...les besoins en changement de canalisation sont réel... » ?

Oui, mais les fuites ne sont pas la raison principale.

« Comment garantir une eau 100 % potable au bout du tuyaux lorsque celui-ci est percé à de multiples endroit » ?

Un tuyau percé, c'est de l'eau qui sort, rien qui rentre.

« Si on ne se bouge pas tout de suite ça tombera dans l'oubli et lorsqu'il faudra faire du curatif sur le réseau on ne voudra pas payer la facture » ?

On fait du curatif tout le temps. On répare les grosses fuites.

« ...une mutualisation est nécessaire pour optimiser les couts » ?

La mutualisation n'optimise pas les coûts. Elle répartit les coûts sur une assiette plus large.

Wackes Seppi | 26 mars 2014 à 15h02
 
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"Un tuyau percé, c'est de l'eau qui sort, rien qui rentre."

Jamais je n'ai lu un sottise pareil. Pardon. Il y a TOUJOURS des échanges ! C'est pas parce que la pression est plus forte ni parce que l'eau sort que rien ne peut rentrer.
D'ailleurs c'est bien connu il n'y a jamais eu un seul problème d'hygiène dans les canalisations -_-.

Mais bref, passons, vous faite du déni votre politique et votre conscience. C'est bien votre choix.

J'ai lu attentivement ce livre "pour en finir avec les histoires d'eaux" et effectivement je le conseil aux lecteurs passant par ici ... Lisez le avec suffisamment d'esprits critique et vous verrez jusqu'où peut aller la mauvaise fois. C'est du même acabits que les climato-sceptique : Les hydrosceptiques :)

Je vous direz juste une chose WS, vous jouer sur beaucoup de mots et vous êtes très doué. Mais l'eau qui sortira des canalisations sera perdu pour un bon moment. Elle ne saura être disponible pour la nappe. C'est pourquoi il est important de réduire les fuites, simplement pour prélever le moins possible dans la nappe et donc impacter la nappe le moins possible.

Contrairement au dicton l'eau ne coule pas de source.

Terra | 26 mars 2014 à 15h22
 
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Mais bref, passons...

Wackes Seppi | 26 mars 2014 à 18h55
 
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Ces fuites curieuses.. On pense toujours que lorsqu'une canalisation sous pression fuit il est impossible que quelque chose puisse rentrer à contre-courant. Et pourtant SI!
Anecdote: j'employais un chromatographe en phase gazeuse et il nécessite un branchement de gaz ultra-pur haute pression. Il suffisait qu'un raccordement ne soit pas serré à fond pour que le gaz entrant dans l'appareil soit pollué. Donc de l'air extérieur arrivait a entrer a contre courant malgré la haute pression! Il s'agissait de fuites indécélables au test liquide moussant, préconisé par l'installateur.

ami9327 | 30 mars 2014 à 00h56
 
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