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Actu-Environnement

Fuite d'uranium à Tricastin : une gestion de crise inquiétante

Suite au déversement accidentel d'effluents contenant de l'uranium sur le site nucléaire de Tricastin dans le Vaucluse, les autorités se veulent rassurantes alors que les associations dénoncent le manque de sérieux dans la gestion de crise.

Risques  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
   
Fuite d'uranium à Tricastin : une gestion de crise inquiétante
Site nucléaire de Tricastin
© IRSN
   
Dans la nuit du 7 au 8 juillet 2008, un réservoir de la station de traitement des effluents uranifères du site nucléaire du Tricastin a débordé dans sa cuve de rétention. Celle-ci n'étant plus étanche pour cause de travaux, les effluents se sont déversés dans le bâtiment, dans le sol et dans le réseau d'évacuation des eaux pluviales conduisant à terme vers la rivière « La Gaffière », puis le « Lauzon » et enfin le Rhône.

L'exploitant avait initialement estimé le rejet en dehors de la cuve de rétention à environ 30 m3, présentant une concentration d'environ 12 grammes d'uranium naturel par litre. Mais selon les préfectures de la Drôme et du Vaucluse, un nouveau bilan a conduit à revoir l'estimation à la baisse. La quantité d'uranium rejetée dans l'environnement pendant l'opération de nettoyage de la cuve a été réévaluée à 18,7 m3 (contenant 12 g d'uranium par litre) soit 224 kg d'uranium naturel, explique les préfectures. La part d'uranium restée sur le site étant estimée à 150 kg, ce sont finalement 74 kg qui se sont écoulés jusqu'aux rivières de la Gaffière et du Lauzon, ajoutent-t-elles.

Dépêché sur place, l'Institut de Radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), explique que les premières actions ont consisté à isoler le réseau d'eaux pluviales sur le site et à réaliser un forage dans la nappe sous la zone de déversement pour réaliser des mesures localement. Une équipe d'intervention a également été envoyée sur le terrain pour réaliser des prélèvements et des mesures dans les cours d'eau et la nappe phréatique. Les premières mesures réalisées dans les eaux de surface par l'exploitant ont montré un dépassement de la valeur-guide préconisée par l'OMS pour les eaux destinées à la consommation humaine d'un facteur 1000 pendant une courte période correspondant au passage du pic de pollution, explique l'IRSN. L'Institut estime toutefois que les conséquences radiologiques pour les populations devraient être négligeables.

Malgré tout, les préfectures du Vaucluse et de la Drôme ont décrété des mesures de précaution : la consommation et l'usage de l'eau issue de captages privés, la pêche, la consommation de poissons et leur commercialisation, la baignade et les activités nautiques et l'irrigation sont interdits. Même si les dernières mesures font état d'une diminution de la concentration d'uranium dans les rivières proches par phénomène de dilution, les mesures ont été maintenues.

L'autorité de sûreté nucléaire (ASN) a provisoirement classé cet incident au niveau 1 de l'échelle INES qui en compte 8 (de 0 à 7). Elle a demandé par ailleurs à l'IRSN de procéder à des mesures indépendantes de l'exploitant et de déterminer les meilleurs moyens de surveillance complémentaires de l'activité de la nappe phréatique. L'exploitant doit quant à lui réaliser des mesures dans le lit de la Gaffière et du Lauzon afin de détecter d'éventuels dépôts d'uranium.
En attendant, l'ASN espère faire la lumière sur les circonstances de l'accident, inconnues pour l'instant. Car la polémique enfle un peu plus chaque jour concernant l'heure de la découverte de l'accident et les premières mesures de traitement. L'exploitant aurait découvert le déversement vers 23H00 alors que les préfets et l'ASN disent avoir été prévenus que le lendemain matin avant de mettre en œuvre les premières mesures vers 13h.

Pour les associations de protection de l'environnement, ces délais sont inacceptables : entre 23 h et 13 h, aucune restriction n'a donc été mise en place pour protéger les populations, affirme Yannick Rousselet, en charge de la campagne Énergie à Greenpeace France.

De son côté, la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) parle d'un nouveau dysfonctionnement grave sur le site nucléaire du Tricastin. L'association rappelle qu'aux termes de l'arrêté du 16 août 2005, l'exploitant ne doit pas rejeter sur un an, dans le canal de Donzère-Mondragon, plus de 71,7 MBq (mégabecquerels) en isotopes de l'uranium. Or, le rejet qui est survenu en début de semaine une activité totale en uranium de 9.200 MBq. La fuite qui s'est produite a donc conduit à un rejet dans l'environnement plus de 100 fois supérieur à la limite annuelle, estime la CRIIRAD.

L'association des Robins des Bois craint pour sa part que les effets de la dilution sur lesquels semblent se reposer les pouvoirs publics ne soient insuffisants et que les opérations de décontamination ne soient trop succinctes : la quantité globale déversée a transformé les sédiments, les algues et l'ensemble de la végétation aquatique et planctonique des cours d'eau adjacents en déchets faiblement radioactifs, explique-t-elle. Au fur et à mesure que la teneur en uranium de l'eau diminue, celle des sédiments augmente, ajoute-t-elle. L'association demande par conséquent que les limons et les végétaux en aval du point de rejet soient curés et extraits afin d'éviter la contamination à long terme de l'écosystème local et de ses chaînes alimentaires.

Pour l'instant il n'est pas encore question de traitement de la pollution. La question des responsabilités n'a pas non plus été évoquée même si le ministre de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement Durable et de l'Aménagement du territoire, Jean-Louis Borloo a prévenu que toutes les conclusions devront être tirées, notamment en termes d'éventuelles suites pénales et administratives.

Suite à une inspection réalisée hier sur le site, les inspecteurs de l'ASN ont donné leurs premières conclusions : ils confirment ainsi que les rejets ont cessé mais ils jugent que la mise en sécurité destinée à empêcher toute nouvelle pollution n'est pas complètement satisfaisante et que les conditions d'exploitation lors de l'incident présentaient des irrégularités par rapport aux dispositions réglementaires. L'autorité a donc décidé de suspendre l'arrivée d'effluents dans la station de traitement à l'origine de la pollution. L'ASN estime également que la gestion de la crise par l'exploitant a montré des lacunes en matière d'information des pouvoirs publics. Ces constats donneront lieu à l'établissement d'un procès-verbal qui sera transmis à M. le Procureur de la République, a expliqué l'ASN.

Réactions14 réactions à cet article

 
Merci

Que dire de plus.
Un grand merci de la part d'un opposant au tout nucléaire français.
Une preuve supplémentaire, si il en fallait, que le nucléaire n'est pas un énergie propre et sans danger.

Bientôt de nouveaux EPR et un bel ITER à suivre...

Tombour | 10 juillet 2008 à 16h21
 
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Heure de nettoyage.

Ma question est un brin naïve...
Depuis quand netoie-t-on des cuves contenant de l'uranium en plein milieu de la nuit ?

jul. | 10 juillet 2008 à 17h51
 
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tricastin

Que la cuve de rétention des effluents ne soit pas étanche et permette le déversement dans une riviere de produits radioactifs me dépasse un peu! Cet accident ne serait jamais arrivé si cet objet avait correctement rempli sa fonction...alors qui était responsable de cette cuve percée et avait pour mission de la maintenir en bon état? .....Répondez a cette question et vous ferez avancer cette triste affaire!

ligeri947 | 10 juillet 2008 à 23h47
 
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réflexion

Il est étonnant sur un site industriel que le réseau des eaux pluviales soit directement relié aux ruisseaux du coin...

Dans toutes les industries présentant un risque non négligeable, le réseau des eaux pluviales est normalement isolé ou sécurisé
de l'extérieur, muni de détections permettant l'obturation automatique en cas d'arrivée de polluant. Tout ceci est trés facile à mettre en oeuvre techniquement.

Enfin, confier la sécurité environnementale à une société extérieure nécessite de mettre en place un système d'évaluation,
de contrôle et d'audits réguliers indépendants des intérêts de
l'exploitant.

Si la surveillance et la sécurité peuvent être mis en cause sur un site, on peut penser que cette possibilité existe sur tous les autres sites similaires.


Compte tenu de la grande opacité voulue par les pouvoirs publics
et les industriels de l'atome, en France depuis des décennies, sur tout ce qui entoure le nucléaire, on ne peut qu'être inquiet
pour l'avenir.

France, terre radioactive ???

rila | 17 juillet 2008 à 09h16
 
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Re:Merci

Quelle saleté, cette énergie nucléaire. Hallucinant, d'imposer ca aux générations futures. Consternant, tant d'aveuglement.

Au sujet de l'incident, c'est pratique de ne rien nettoyer, ça coute moins cher... Et quand on aura droit à une vraie explosion (statistiquement, ca risque d'arriver), qui paiera? Les gentils monsieurs qui nous disent que le nucléaire, c'est pas cher?

ric | 17 juillet 2008 à 09h24
 
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Re:réflexion

tout à fait d'accord avec la toute première phrase.
Peut-on avoir l'avis d'un agent de la DRIRE sur le sujet ?

Picardie en voiture | 17 juillet 2008 à 12h27
 
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Du mal à comprendre

ce qu'on peut faire des déchets radioactifs. Où qu'on les mette ils seront toujours radioactifs. Et personne n'en veut chez soi, dans sa commune. On a déjà du mal avec les déchets des marées noires, alors les déchets nucléaires...
Où qu'on aille il y a une nappe phréatique, de l'agriculture, de l'élevage, ou la mer, le vaste océan qui sert déjà trop de poubelle.
Alors, oui,le nucléaire est une vaste merde. Ce qu'on nous a caché si longtemps. Ce qu'on nous a menti. Maintenant il va falloir payer.
Pendant que la radioactivité va continuer à se diluer insidieusement sur la planète entière au gré des courants marins , des fleuves et des êtres humains, végétaux ou animaux contaminés.
Allons voir Tchernobyl pour prendre la mesure des problèmes de contamination.
Allons voir les autres nations équipées de nucléaire. Malheureusement, c'est la France qui "était glorieusement en pointe" et la plus équipée.
Bande de cons. Bande de fous.

René-Pierre | 17 juillet 2008 à 13h04
 
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où trouver des réponses?

Des réponses d'Areva je veux dire.
J'ai parcouru le Web et à part 3 phrases préparées par le service com que l'on retrouve partout, je me suis rendu compte à quel point Areva ne s'exprimait pas.
Quelle culture du secret honteuse quand on mesure les enjeux! et l'importance d'une information rapide en cas d'accident!
Même sur leur propre site (parce qu'ils ont un site de débat, oui oui oui: parlonsen.areva.com), ils ne disent rien.
Je vais aller quand même y poster quelques questions, c'est en bousculant tout cela que l'on aura peut-être des réponses.. un jour... en espérant qu'il ne sera pas trop tard...
Que pensez-vous de cela?

Eolos | 18 juillet 2008 à 18h12
 
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Il faut être précis...

Le but de mon message n'est pas de minimiser l'importance de la nouvelle, ni sa gravité... technique et pénale. Je veux juste apporter le bémol qui s'impose sur la gravité sanitaire.

Dans votre article, au demeurant relativement factuel, vous assénez des chiffres pseudo-scientifiques qui font peur... 9200 MBq (... des MILLIONS de Becquerels... en plus il y en a 9200 ! Ca doit faire très mal !).

9200 Becquerels, c'est ce qu'émet un bloc d'environ 9000 tonnes de granit. C'est un bloc de 15 m x 15 m x 15 m... Autant dire qu'il y en a pas mal en montagne (par exemple).

Tout ça pour dire que, si vous voulez donner une consistance un poil scientifique à vos propos, mieux vaudrait utiliser les bons ordres de grandeurs. Si vous n'y connaissez rien, je vous conseille la page du CEA (alias Grand-Satan) qui explique les unités de mesure de radioactivité.

Au demeurant, l'affaire que vous évoquez reste grave sur le plan de la responsabilité civile d'un entrepreneur qui a failli dans la maîtrise de ses rejets.

poi8 | 18 juillet 2008 à 19h53
 
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les silures meurent sur la camargue

Comme le titre l'indique, divers constat de mortalité de silures glane, après un dépot de 80cm de boue sur les berge du rhone maintenant c'est l'uranium et avant c'était le PCB. Qui vas enfin faire des prélévement et mettre à jour tous ce qu'on nous cache pour ne pas faire du mal au commerce du tourisme?
Carême Philippe.

phil1340 | 20 juillet 2008 à 15h26
 
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Re:les silures meurent sur la camargue

Effectivement , les silures glane , meures massivement actuellement.
pourtant l'espèce est particulièrement résistante.
donc il y a forcement une faute humaine derrière cela.
a quand une enquête approfondie et de réelle sanction contre les pollueurs ?
doit on attendre que les espèces soit en voie de disparition , pour voir les choses bouger !
faut il porter plainte au niveau européen?
il est encore temps d'agir, mes faudrais que les autorités compétentes en la matières et le gouvernement , cesse de nous prendre pour des pigeons .

will | 21 juillet 2008 à 12h38
 
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les nuages radioactifs stoppent à la frontière

N'oubliez pas que nous sommes dans le seul pays au monde où les nuages radioactifs stoppent à la frontière, donc pour les fleuves ils stopperont dès le premier pont..

FranckH | 26 juillet 2008 à 13h21
 
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la surveillance

Que dire de l'agence nationale de l'énergie atomique, qui se doit de surveiller les centrales. Deux réponses : soit ils sont d'une incompétence grave, soit ils sont pourris et à la solde d'aréva et de EDF. Au choix, mais dans les deux cas irresponsables quant aux générations futures. Que dirais Mr de St Exupéry.. Nous ne sommes que locataire de cette belle planete....

Papylain | 20 août 2008 à 16h07
 
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que c'est-il passe depuis 2008?

Celui qui pense que le nucleaire n'est pas cher ... se trompe.(( regadez les notes EDF.
Celui qui pense que le tout nucleaire regle le probleme des energies fossiles ...se double trompe. ( because jusqu'a preuve du contaire le uranium est une energie fossile.
Celui qui pense que c'est le meilleur cadeau a faire a nos enfants .... se trompe dans la tres grandes largeures.
mais en France, on sait tout et on est les plus fort.
Hups! J'oublie.... et si les temperatures augmentent ....comment allons- nous refroidir nos chers reacteurs?????

J'ai la chance de vivre dans un autre pays,ou le nucleaire n'est pas utilse a des fins commerciales.

Joelle qui vous salue du down under

joelle | 25 juillet 2010 à 15h56
 
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