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Gaz de schiste : le député Frédéric Barbier plaide pour un soutien aux énergo-intensifs

Face au regain de compétitivité de certaines industries américaines bénéficiant du gaz de schiste peu cher, un rapport parlementaire suggère de favoriser un accès à l'énergie à un prix compétitif pour les industries européennes.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Il faut permettre aux énergo-intensifs européens d'accéder à une énergie à un coût raisonnable afin de préserver leur compétitivité face à leurs concurrents nord-américains qui bénéficient de l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Telle est en substance la conclusion du rapport d'information relatif à l'impact économique de l'exploitation des hydrocarbures de schiste aux Etats-Unis présenté, ce mercredi 30 avril, en commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale par Fréderic Barbier, député PS du Doubs.

Pour le député, l'exploitation du gaz de schiste européen ne serait pas en mesure de modifier la situation en faveur des gros consommateurs européens de gaz, étant donnée la rentabilité inférieure attendue des gisements européens.

Vers un âge d'or de la pétrochimie américaine ?

La "révolution" du gaz de schiste, et plus généralement des hydrocarbures non conventionnels, est une réalité aux Etats-Unis. Le gaz de schiste représente aujourd'hui 35% de la production américaine de gaz et les Etats-Unis sont devenus depuis 2010 le premier producteur mondial de la précieuse molécule. Du côté du pétrole, entre 2008 et 2013, la production américaine a bondi de 50%, passant de 5 à 7,4 millions de barils par jour (Mb/j), dont 3 Mb/j d'huile de schiste en 2013.

Par ailleurs, "quels que soit les scénarios, il s'agit d'un phénomène durable", estime Fréderic Barbier, qui considère que "les Etats-Unis deviendront exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) à partir de 2016 et stabiliseront leurs importations de pétrole jusqu'en 2030".

Conséquence, en 2013, le prix du gaz était de 3,7 dollars par million de British thermal unit ($/Mbtu) aux Etats-Unis, contre 10 à 12 $/Mbtu en Europe et 16 $Mbtu en Asie. Les consommateurs américains ont ainsi obtenu "un rabais de 30%" sur leurs factures de gaz entre 2005 et 2012 et les industriels "disposent des prix du gaz les plus bas du monde" à 10 euros du mégawatheure (MWh), soit l'équivalent des tarifs russes.

Autant de facteurs qui conduisent le parlementaire à prédire "un âge d'or de la pétrochimie nord-américaine". En effet, la production de gaz de schiste permet aussi d'extraire des liquides de gaz naturels, des produits utilisés en pétrochimie pour la production d'éthane, un produit de base en concurrence avec le naphta pour produire de l'éthylène. La chute des cours de l'éthane aux Etats-Unis associée à la hausse du cours du naphta (indexé sur le prix du baril de pétrole) a rendu particulièrement compétitif les vapocraqueurs américains fonctionnant à l'éthane. Quelque 90 milliards de dollars devraient être investis dans de nouvelles capacités de production d'ici 2016.

Protéger "à tout prix" les énergo-intensifs

Du côté européen, les conséquences de cette "révolution" sont négatives : fermeture de centrales au gaz sous l'effet, entre autres, de la concurrence des centrales à charbon alimentées en charbon américain exporté à bas prix, mise en danger de l'industrie pétrochimique européenne, basée à 75% sur l'usage du naphta, et peu d'espoir de voir les surplus de gaz américain alimenter le marché européen, les prix asiatiques étant plus attractifs.

"L'Europe est la grande perdante" de cette révolution, juge Frédéric Barbier, qui estime qu'"on s'est interdit le gaz de schiste, mais on récupère le charbon américain et les émissions de CO2". Comment améliorer la situation européenne dans ce contexte ? Trois leviers sont envisagés.

Tout d'abord, il serait possible d'exploiter les hydrocarbures non conventionnels européens. Mais la rentabilité est aléatoire, puisque nous ne connaissons pas le potentiel du sous-sol. Faut-il donc explorer le sous-sol européen ? Prudent, le député dit s'en tenir à la position de François Hollande, tout en indiquant qu'"à titre personnel [il n'a] jamais été contre la recherche". Et d'ajouter que "si on veut être tranquille et serein, on peut confier la recherche à une structure publique". Néanmoins, compte tenu d'un coût de production en Europe évalué à 8 ou 9 $/Mbtu par les experts auditionnés, le député juge que "les effets attendus sur les prix, les recettes fiscales et les emplois seraient faibles".

Une autre option envisagée par Frédéric Barbier est une réforme du marché carbone européen permettant de relever les prix pour atteindre environ 30 euros par tonne de CO2. La mesure permettrait de relancer les centrales au gaz européennes actuellement sous cocon, soit environ 50 gigawatts de capacité à l'échelle de l'Union européenne, au détriment des centrales au charbon. Mais ce qui est avantageux pour les électriciens utilisant du gaz serait négatif pour les industriels gros consommateurs d'énergie...

Enfin, le dernier levier, qui a clairement les faveurs du député, est "de permettre, à tout prix, aux énergo-intensifs d'accéder à une énergie à coût compétitif". Pour cela, il suggère de jouer sur les trois composantes de la facture. Il envisage tout d'abord un tarif préférentiel d'accès au réseau électrique pour les consommateurs de forte puissance. La deuxième possibilité serait de donner aux électro-intensifs un accès prioritaire à l'électricité nucléaire et hydraulique et d'assurer un approvisionnement stable en gaz pour les gazo-intensifs. Enfin, la dernière option serait de "tirer partie des nouvelles lignes directrices énoncées par la Commission européenne sur les exonérations de contribution au service public de l'électricité (CSPE) applicable aux électro-intensifs, et d'étudier la possibilité d'affecter à ces derniers la taxe locale sur la consommation finale d'électricité (TCCFE)". Autant de mesures que le député aimerait voir reprises dans la future loi de transition énergétique.

Réactions13 réactions à cet article

 

"les Etats-Unis deviendront exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) à partir de 2016 " + "disposent des prix du gaz les plus bas du monde" à 10 euros du mégawatheure (MWh), soit l'équivalent des tarifs russes."
Voila donc pourquoi les Etats-Unis sont en train de f..... la m..... en Ukraine au risque de déclencher, une fois de plus, une guerre. Ils veulent simplement s'ouvrir un marché au détriment de la Russie...

JCC | 30 avril 2014 à 20h05
 
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C'est plutot le contraire qu'il faut faire: payer l'énergie à son vrai cout, donc aussi avec les dégats causés à l'environnement et à notre santé.
Imaginez-vous 5 secondes vivre dans un monde avec l'énergie gratuite: combien d'années resterait-il à vivre pour un tel monde?
Encore un député qui vise les envies les plus basses de ses électeurs: tout est gratuit, vous ne travaillerez plus, vous pourrez profiter de tout. Il faut le virer ce député

bioclim | 01 mai 2014 à 09h31
 
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l'extration des gaz de schistes est extrêmement polluante!!! je n arrive toujours pas a comprendre comment nous pouvons favoriser une activité aussi destructrice. Vous êtes entrain d assassiner vos enfants pour quelques pétrodollars.
De plus, mr barrier affiche clairement son envie de vendre au rabais pour les industries énergivores. On entend tous les jours qu'il faut réduire sa consommation d'énergie et rien est fait pour inciter les transnationales à le faire alors qu'elles sont d'ors et déjà responsable d'une grande partie des pollutions atmosphériques, terrestres et aquatiques .

NON AU GAZ DE SCHISTES

mr dron | 01 mai 2014 à 10h23
 
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Affligeant( en plus c'est un socialiste)!! copier le "modèle" Américain de surconsommation (l'obésité américaine) qui va droit dans le mur, encourager les gros consommateurs à consommer toujours plus voilà une vraie politique d'avenir!!
LAMENTABLE
Méfions nous d'Hollande que serait prêt à sacrifier sa mère sur l’hôtel du dieu croissance (soutien aux Polonais sur l'exploitation des gaz de shit) pour remonter dans les sondages.
On est vraiment mal embarqué

lio | 01 mai 2014 à 13h24
 
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Les industries grosses consommatrices d'énergie emploient relativement peu de personnel.Si nous ne leur permettons pas de rester concurentielles elles vont simplement s'installer ailleurs. Localement l'environnement sera préservé (voire restauré) par la fermeture mais globalement ce ne sera pas le cas. Déplacer les problèmes est une méthode habituelle pour beaucoup d'écologistes.
Remarquons qu'il y a 50 GW de centrales au gaz qui sont à l'arrêt. Un énorme gâchis! Une centrale au gaz a un rendement meilleur (SI elle emploie successivement une Turbine à gaz PUIS un ensemble Chaudière et turbine à vapeur) et pollue naturellement beaucoup moins que celles au charbon. Notons que les centrales a charbon sont souvent (??) munies d'installations de neutralisation filtration des fumées.
A l'heure de la mondialisation il est vain de décider de surtaxer des industries parce qu'elles vont juste aller ailleurs. Il ne s'agit pas de les laisser faire ce qu'elles veulent mais de s'assurer qu'elles respectent l'environnement. (on dira rien du dumping qui détruit nos entreprises depuis des années...)
La France a encore l'électricité la moins chère d'europe et s'il n'y avait pas eu la libéralisation forcée du marché les prix n'auraient pas augmenté autant: l'augmentation a pour principale raison de permettre au nouveau système libéralisé d'exister.

ami9327 | 01 mai 2014 à 18h07
 
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Continuons tous à nous cogner dessus pour alimenter un système de sur-consommation qui nous mène à notre perte et dont les tenants veulent nous faire croire (encore un peu) que les recettes qui nous ont conduit dans la situation dramatique où nous sommes seront les bonnes pour réparer les dégâts !
Petit rappel : si on veut avoir encore une maigre chance que le climat ne s'emballe pas et limiter l'augmentation de température moyenne à moins de 2 degrés, il faut laisser 75% des ressources fossiles dans leurs gisements.
Autre rappel : les émissions de GES de l'exploitation des gaz de schistes ont été très largement sous-estimées ...

marco | 02 mai 2014 à 17h15
 
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La politique n'a pas d'idées, elle répète juste l'incompétence de ses "conseillers" économistes qui cherchent la croissance du PIB !
Je ne suis pas contre la croissance mais il faut changer d'indicateur !
D'autre part juste d'un point de vue technique ce n'est pas très juste de faire croire que l'on déplace du gaz comme on déplace du pétrole.
Les méthaniers coûtent très cher et sont de véritables bombes flottantes. Je me pose d'ailleurs la question de savoir comment sont "protégés" les méthaniers qui nous amènent le gaz venant d’Afrique du nord ? Si il y a une protection militaire celle-ci est elle incluse dans le prix du MWh ?
Donc je pense que le prix du gaz restera toujours élevé, et qu'il faut monter le prix par des taxes d'une part pour inciter a être plus économes (ces taxes peuvent également être rendues aux entreprises qui investissent dans les économies d'énergies -> d’où travaux et emplois)
En résumé, l'idée de baisser les taxes sur le travail et d'augmenter les taxes sur l'énergie me semble indispensable ...

chocard | 05 mai 2014 à 10h21
 
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Par ailleurs, "quels que soit les scénarios, il s'agit d'un phénomène durable", estime Fréderic Barbier, qui considère que "les Etats-Unis deviendront exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) à partir de 2016 et stabiliseront leurs importations de pétrole jusqu'en 2030".

De nombreux articles ne partagent pas cet optimisme et annoncent que le gaz de schiste aux états unis a déjà passé son âge d'or... Sujet très contreversé donc.

http://petrole.blog.lemonde.fr/2013/10/01/gaz-de-schiste-premiers-declins-aux-etats-unis/

http://www.20minutes.fr/ledirect/1077331/gaz-schiste-etats-unis-bilan-pas-terrible-total-selon-pdg

Plein de sources qui dénoncent de fausses vérités, ou des estimations revues à la baisse :

"Rappelons à ce titre que les premières estimations américaines, de l'ordre de 5000 milliards de m3, sont de loin supérieures aux estimations les plus récentes du PiG qui les estime plutôt autour de 1920 milliards de m3" (http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/75015.htm)

Ou encore de Wikipédia, toujours au sujet des EU :

"Ce pays a joué un rôle de pionnier dans la mise en exploitation de cette nouvelle ressource : le gaz de schiste y représentait en 2012 une proportion importante du bouquet énergétique, mais en 2013 sa progression s'est interrompue, les investissements ont chuté et les prix du gaz ont nettement remonté."

Sans parler des conséquences dramatiques pour l'environnement, confirmées par la quasi-totalités des études menées sur le sujet.

Zugzwang | 05 mai 2014 à 10h52
 
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Sacrifier l'industrie, même sur des "hôtels" 4 étoiles, signifie dépendance et chômage. Même si elle "emploie peu" directement, l'industrie fait vivre tout un ensemble d'activités: les sous-traitants, les services utiles (je ne pleurerais pas la disparition des calculateurs de "bilans-carbone" ni celle des spéculateurs de la "finance carbone"). L'absence de politique industrielle européenne, associée à la panique climatique et environnementale entretenue, combinée à la crétinerie libérale forcenée, vise-t-elle à faire une société de chômeurs en bonne santé?

Albatros | 05 mai 2014 à 11h12
 
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@albatros : la panique climatique ? Voir le dernier rapport du GIEC dont les études de plus en plus fines sont plus qu'inquiétantes ...

Il existe pourtant des scénarii pour à la fois traiter le problème du risque nucléaire, limiter les émissions de GES ,créer plusieurs centaines de milliers d'emplois non délocalisables, réduire la consommation d'énergie et diminuer considérablement la dépendance aux produits pétroliers importés quasi intégralement :scénario negawatt.
C'est un choix politique.

marco | 05 mai 2014 à 12h19
 
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Ce que ne dit pas l'article c'est que si les industries américaines sont si compétitives c'est qu'elles se sont endettées jusqu'aux dents et qu'elles ont creusé tous les 50m
exemple :

https://www.google.fr/maps/@32.6530766,-97.585769,29454m/data=!3m1!1e3

Tous les points blancs sont des puits. Est-ce à ça que l'Europe doit ressembler ?

Claude | 05 mai 2014 à 16h54
 
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A marco:
Pas de négation des constats GIEC de ma part.
Seulement je souligne que cela amène à faire n'importe quoi, par exemple le marché carbone, le greenwashing, les bilans carbone, les "sommets climat" inutiles (je crains en particulier les conneries qui seront dites à Paris en 2015) etc. Et tout un pataquès de consulting bidon particulièrement néfaste.
Bien sincèrement.

Albatros | 05 mai 2014 à 17h03
 
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« marco » j’ai commencé à feuilleter le scénario que vous énoncez. Je ne connaissais pas et j’avoue que cela énonce quelques pistes intéressantes, je ne donnerai pas un avis global car je n’ai pas fini de l’éplucher. Mais, n’étant pas un spécialiste dans le domaine de l’énergie, un fait m’interpelle : en effet les solutions existent et règleraient en partie les impacts environnementaux, mais croire qu’il ne s’agit que d’une décision politique je ne pense pas. Car pour y arriver, il faudrait révolutionner l’intégralité de nos modes de vie basés sur les consommations actuelles (ordinateur, télé, téléphone, jeu vidéo, ustensile de cuisine, etc…) qui mis bout à bout consomment affreusement, révolutionner notre modèle industriel et donc modifierai les partages des gains et des coûts, en bref modifier tout en profondeur. Je ne veux pas faire mon pessimiste, mais beaucoup ne voudront pas changer de mode de vie ou de réduire leurs salaires confortables, et notre pays ou même l’Europe seule n’a actuellement pas les moyens ni les capacités d’imposer un nouveau modèle. Tant que tout le monde ne se sera pas décidé à changer et à faire des sacrifices rien ne changera. Enfin j'éspère que je me trompe...

clic | 05 mai 2014 à 17h20
 
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