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Gaz de schiste : le rapport Montebourg remis en cause par ses auteurs

En 2013, l'OFCE réalisait le volet économique du rapport Montebourg et envisageait 300 milliards de dollars de rente sur 30 ans. En 2015, l'Office a refait ses calculs et la rente est divisée par 20, s'effondrant à 19,6 milliards sur 45 ans.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Gaz de schiste : le rapport Montebourg remis en cause par ses auteurs

"Même en considérant que la géologie des dépôts de schiste français est favorable à l'exploitation commerciale, nous estimons à partir des données tirées de l'expérience de la production américaine, que le gaz naturel pourrait être extrait à un prix d'équilibre élevé de 8,6 dollars par million de British Thermal Unit (BTU), ce qui représente sur une période de 45 ans une valeur actuelle nette [ou une "rente", ndlr] de 19,6 milliards de dollars, soit moins de 1% du PIB français". Pire, les spécificités européennes, et en particulier la grande profondeur des gisements et des règles environnementales plus strictes, devraient accroître de l'ordre de 40% le coût d'extraction et "réduire davantage une rentabilité déjà faible". Un tel surcoût par rapport aux concurrents américains "rendrait l'exploitation des gaz de schiste non rentable".

Telle est la principale conclusion d'une étude publiée début avril 2015 par l'Office français des conjonctures économiques (OFCE) relative au potentiel des gaz de schiste européens. A noter que l'étude est titrée "Peut-on dupliquer en Europe la révolution américaine des gaz de schiste", alors qu'elle n'aborde qu'un seul et unique pays : la France.

Cette étude contredit totalement les principaux résultats du rapport Montebourg que Le Figaro vient de ressortir et dont l'évaluation économique avait été confiée à… l'OFCE! Et pourtant, dans les deux cas, l'Office s'est basé sur le même modèle technico-économique, son modèle de projection et d'analyse de l'exploitation et de la récupération des hydrocarbures de schiste (modèle Sherpa, selon l'acronyme anglais). En revanche, les scénarios utilisés pour le rapport Montebourg étaient fournis par l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN), un organisme public directement intéressé à l'exploration des schistes français, alors que l'étude actuelle se base sur l'analyse des données constatées aux Etats-Unis. On mesure ici l'écart entre les rêves les plus fous et la réalité, même la plus favorable.

Une réduction de plus de 95% du potentiel français...

Le rapport rédigé début 2013 à la demande d'Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, avançait deux scénarios pour l'exploitation des gaz de schiste. Un scénario "probable" prévoyait le forage de 14.000 puits, répartis sur 700 plateformes dans le Sud-Ouest de la France, et un second, "pessimiste", envisageait 4.000 puits sur 200 plateformes.

"Selon les projections de l'OFCE sur la base de deux scénarios expertisés par l'IFPEN, l'exploitation du gaz de schiste permettrait de dégager sur 30 ans une rente (valeur actuelle nette - VAN) de 224 milliards d'euros [300 milliards de dollars, précise une note de bas de page, ndlr.] dans le scénario considéré comme « probable », le scénario « pessimiste » générant 66 milliards d'euros [85 milliards de dollars]", indique le rapport Montebourg en page 51.

Aujourd'hui, l'analyse de l'OFCE réalisée avec le même modèle économique annonce un potentiel économique réduit à peau de chagrin. Cette réduction est d'autant plus importante que l'OFCE annonce, pour son scénario 2015, un maximum de 19,6 milliards de dollars étalés sur 45 ans, contre une rente "probable" évaluée en 2012 à 300 milliards sur une période plus courte de 15 ans… Exprimée en rente annuelle, la révision de l'OFCE correspond à une réduction de 95,7%, passant de 10 milliards de dollars par an dans le rapport Montebourg, à 0,43 milliard dans la dernière étude de l'OFCE.

…justifiée par la dure réalité des chiffres américains

Comment expliquer un tel revirement ? Outre la nature politique du rapport Montebourg, le "calibrage" du modèle explique la différence. Pour le rapport Montebourg, l'OFCE avait retenu un scénario validé par l'IFPEN. Pour cette nouvelle étude, le modèle Sherpa a été alimenté par les données de terrain réelles issues d'une décennie d'exploitation outre-Atlantique. Par ailleurs, l'étude de 2015 prend le parti d'évaluer ce que pourrait être le potentiel français, si la géologie se révélait être comparable à celle des gisements les plus favorables.

Pour cela, l'OFCE a déterminé les principaux facteurs de rentabilité de l'exploitation des gaz de schiste à partir de la productivité des puits et des coûts de productions réellement observés sur les six principaux gisements américains qui concentrent "plus de 90% de la production".

Le modèle a ensuite été calibré en considérant que l'ensemble des schistes français recèle un potentiel aussi important et une géologie aussi favorable que dans les zones américaines étudiées. L'étude retient donc les valeurs médianes de ces six gisements les plus propices. Ce choix constitue déjà en lui-même une option optimiste puisqu'il ne retient que les meilleurs gisements, parmi plus d'une trentaine. D'où la grande prudence de l'OFCE, qui précise bien que les quelque 20 milliards de dollars de rente ne sont qu'une hypothèse haute, soulignant que la rentabilité ne serait au rendez-vous en France que dans le cas "d'une productivité des puits extrêmement importante".

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