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Gestion de crise nucléaire au Japon

Alors que la perte de confinement de l'enceinte principale du réacteur n°2 de la centrale de Fukushima Daiichi est désormais avérée, le Japon est paralysé, faisant face à des difficultés d'approvisionnement et au dévissage de son économie.

Risques  |    |  Camille Saïsset  |  Actu-Environnement.com
   
Gestion de crise nucléaire au Japon
Photo de la centrale de Fukushima Daiichi par un utilisateur de Google Map
© DR
   

Processus en cours de « fusion » du coeur dénoyé dans les réacteurs à eau bouillante 1 à 3 de la centrale de Fukushima Daiichi, incendie dans une piscine de refroidissement contenant le combustible usé récemment déchargé du réacteur numéro 4...

Cinq jours après le tremblement de terre de magnitude 9 et le terrible tsunami qui s'en suivit, force est de constater que rien ne parvient encore à stabiliser cette nouvelle catastrophe nucléaire pour le Japon et le monde entier. Les opérations à l'intérieur de la centrale ne suffisent pas à arrêter le processus : ni les lances à incendie alimentées en eau de mer chargée en bore pour réguler la réaction neutronique initiée dans les barres de combustible, ni les dégazements volontaires destinés à maîtriser la pression d'hydrogène. Celui-là même responsable des explosions qui ont soufflé le toit des bâtiments de réacteurs et très certainement endommagée l'enceinte de confinement (derrière barrière avant la mise à l'air libre) du réacteur numéro 2. La perte de confinement est en effet suspectée au niveau de l'enceinte de confinement principale. L'Autorité de Sûreté Nucléaire Française (ASN) rapporte que le Premier ministre japonais a déclaré aujourd'hui l'accident au niveau 6 sur l'échelle de l'INES.

Suite au tremblement de terre, les réacteurs en fonctionnement se sont arrêtés comme prévus, mais les vagues du tsunami et les coulées de boues ont endommagé le circuit de refroidissement de l'ensemble du site, entraînant l'arrêt de l'alimentation de la source froide habituellement en continu, y compris des piscines contenant le combustible usé déchargé des deux autres réacteurs du site à l'arrêt au moment des faits... La situation stabilisée, le site sera au mieux un amas de magmas de coeurs fondus radioactifs pour des millénaires... une capacité électronucléaire de 4,7 GW devenue « déchets nucléaires » ce vendredi 11 mars 2011.

En attendant, depuis lors, les secousses sismiques continuent et les Japonais craignent de vivre « The big one » millénaire. En effet, une faille de 250 km de large est encore active et menace de s'effondrer, ce qui provoquerait un nouveau tremblement de terre de très grande ampleur, à l'épicentre encore plus près des côtes pacifiques du nord-est du Japon... où se trouvent quatre autres centrales nucléaires : Fukushima Daini, Onagawa, Tokai, Higashidori...

Gestion de crise nucléaire

Tandis que le Japon dénombre plus de 10.000 disparus et des millions d'individus sans eau potable et sans électricité en plein hiver, les autorités évacuent les travailleurs de Fukushima Daiichi et dispensent des mesures de protection pour faire face au risque d'exposition aux radiations aux habitants vivant dans un rayon de 30 à 40 km autour de la centrale : ingérer au plus vite des pastilles d'iode stable – seule mesure possible de prévention du cancer de la thyroïde face à un risque de contamination radioactive. Objectif : éviter qu'en respirant, les glandes thyroïdes du corps humain ne fixent l'iode radioactif présent dans l'air. Et surtout limiter l'entrée d'air dans les habitations, s'y enfermer en calfeutrant portes et fenêtres et en coupant les circuits de climatisation, se couvrir la bouche d'un tissu « pour filtrer » l'air inhalé, ne pas boire l'eau du robinet (quand l'alimentation n'est pas coupée) pour éviter d'ingérer des radionucléides retombés du panache sur le sol (phénomène accéléré par la pluie) et incorporés dans l'écosystème... Des mesures qui résonnent en écho contradictoire aux mesures de prévention qui accompagnent les alertes de secousses sismiques : sortir à l'extérieur des bâtiments, se mettre à découvert pour éviter de se retrouver piégé par un effondrement. Mais des mesures indispensables étant donné qu'en ce cinquième jour d'état d'urgence, le vent se détourne du Pacifique, dispersant au-dessus des terres nippones les divers panaches radioactifs émanant du site...

La première explosion samedi 12 mars sur le réacteur n°1 de Fukushima Daiichi construit il y a 40 ans, déclaré d'un niveau 4 sur l'échelle de l'INES, avait entraîné une contamination de l'environnement proche avec un débit de dose de 1 à 1,5 milli Sievert par heure ; la dose réglementaire maximum admissible étant de 1 mSv/an pour la population et de 20 mSv/an pour les travailleurs. La zone dans un rayon de 40 km autour de la centrale était considérée comme « zone radioactive » : quiconque décidait d'y pénétrer devait en assumer les risques. Et dans un rayon progressivement élargi à 20 km autour de la centrale, environ 215.000 individus ont du être évacués, y compris les patients hospitalisés. Comment ? L'urgence n'était sans doute pas à « filmer la scène »... Mais le résultat est là, avec des villes et villages devenus fantômes, et d'autres remplis de « sans-abris » jusque dans les écoles et autres centres de regroupement déployés en urgence dans des « zones sûres ».

Paralysie économique

Le pays se trouve paralysé : usines arrêtées dans le nord-est et jusque dans le sud du pays par manque d'approvisionnement (économie à flux tendu), ports hors d'usage sur la côte nord-est (frein des marchés d'importation/exportation), étals qui se vident dans les magasins (provision en prévision des jours à venir), formation de longues files d'attente en divers points du pays pour trouver carburant (rationné), bouteilles d'eau, pain... L'impact économique se lit déjà à l'échelle internationale : chute de la bourse de Tokyo, baisse considérable du cours des géants nippons de l'automobile, et bien entendu de l'exploitant électronucléaire nippon TEPCO, et par voie de conséquence des français Areva et EDF. La Banque du Japon a encore introduit 3.000 milliards de yens (26 milliards d'euros) sur le marché monétaire pour soutenir l'économie après le séisme, en plus des 20.000 déjà injectés les jours précédents. Objectif : éviter que les banques ne soient à court d'argent.

Réactions4 réactions à cet article

 

nos économies sont décidément bien fragile,le seul "avantage" de cette tragédie: la remise en cause du nucléaire ,s'il n'est pas déjà trop tard!Les anti éoliens primaires devront revoir leurs stratégies.

lio | 16 mars 2011 à 13h56
 
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L'éolien n'est pas une réponse adéquate car la fourniture d'énergie n'est pas constante et pas modulable en f° des besoins. En off Shore, la perte en ligne est colossale et affecte le rendement de façon énorme.
Une combinaison de plusieurs modes de production, propres si possible, est à priviléger Le nucléaire présente bien des avantages mais quand ca merde, ca merde tres tres sevère.

Cyril | 17 mars 2011 à 06h26
 
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Le lobby nucléaire en France est tellement puissant et intensément infiltré jusqu'à dans les rangs politiques que l'avancement dans la recherche des énergies renouvelables piétinent.
Et on continue à nous rassurer que les centrales sont sûres.....

borghetti | 17 mars 2011 à 09h02
 
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D'accord pour les éoliennes, mais il faut une diversification et p. ex. une recherche approfondie dans le stockage de l'énergie solaire/photovoltaique, une stimulation politique pour les particuliers dans le domaine des énergies renouvelables... l'inverse s'est fait en réduisant les avantages fiscaux etc.

borghetti | 17 mars 2011 à 09h24
 
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