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Gestion des eaux pluviales : la Roannaise de l'Eau mise sur la déconnexion

Le syndicat la Roannaise de l'Eau s'est lancé dans une démarche de déconnexion de ses eaux pluviales à la fois pour les nouvelles constructions et l'existant. Retour sur les leviers et obstacles de cette gestion alternative.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Gestion des eaux pluviales : la Roannaise de l'Eau mise sur la déconnexion

« Cela fait 100 ans que nous posons des tuyaux, que nous créons des avaloirs, que nous imperméabilisons, il faut désormais lutter contre cette culture et ces schémas et privilégier la conservation de l'eau dans des noues ou dans des parcs pendant quelques heures plutôt que tout évacuer vers l'aval », souligne Pascal Petit directeur technique au sein du syndicat du cycle de l'eau Roannaise de l'Eau (Loire).

Depuis une dizaine d'années, le syndicat s'est tourné vers une réduction des apports d'eaux de pluie dans les réseaux d'assainissement et a insufflé cette approche dans les 43 communes sur lesquelles il intervient (près de 105 000 habitants). « Trois éléments ont permis d'enclencher une démarche d'une gestion à la source plutôt que de continuer à collecter, pointe Pascal Petit. Notre réseau est majoritairement unitaire : nous rencontrons des problèmes de déversement par temps de pluie qui nous empêche d'être conforme à la réglementation. Nous avions des évènements pluvieux qui généraient des inondations ponctuelles nécessitant des travaux. Et dans le même temps, nos ressources financières sont limitées : nous ne pouvions pas augmenter nos linéaires de réseaux à gérer ».

 
Les outils pour aller plus loin Plusieurs guides ont été élaborés pour accompagner les collectivités dans la mise en œuvre de leur politique de gestion des eaux pluviales. Ainsi le groupe de recherche, animation technique et information sur l'eau (Graie) a publié différents documents dont des recommandations pour l'élaboration d'un schéma de gestion des eaux pluviales ou un guide pour faciliter la prise en compte des eaux pluviales dans les outils de planification et de gestion de l'eau, de l'urbanisme et de l'aménagement. Plus récemment, dans le cadre de la gestion du risque inondation, le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) a élaboré un ouvrage « Plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) et Gemapi : vers une approche intégrée de l'eau dans la planification ». Ce dernier revient notamment la gestion des eaux de pluie et le zonage pluviales. Un second guide national entièrement consacré à la question est destiné à aider et accompagner les acteurs dans l'élaboration et la mise en oeuvre de ce zonage.
 

Pour mener sa démarche le syndicat s'est appuyé sur un premier outil : le schéma directeur de gestion des eaux pluviales. « Nous disposons de la compétence assainissement, nous n'avons pas d'obligation d'accepter les eaux pluviales dans nos réseaux. Mais pour être complétement couvert juridiquement, nous avons établi un schéma directeur de gestion des eaux pluviales qui permet d'établir les règles qui seront ensuite intégrées dans les plans locaux d'urbanisme (PLU), explique Pascal Petit. Ainsi pour tous les projets nouveaux, nous demandons à ce que les eaux soient gérées par infiltration, évaporation, toiture terrasse, etc ».

Le syndicat accepte toutefois d'infléchir sa position pour des cas particuliers, par exemple des sols argileux, ou l'infiltration est limitée. « Moyennant des bassins ou des ouvrages qui permettent de restituer un petit débit à l'aval, nous pouvons accepter des rejets d'eau pluviales à la fin, indique Pascal Petit. Toutefois les pluies inférieures à 10 mm devront dans tous les cas être infiltrées sur la parcelle ».

L'ensemble de ces prescriptions figurent dans le règlement des PLU des 43 communes. « Cela ne suffit toutefois pas : seulement 1 % du territoire se renouvelle par an », note Pascal Petit.

Un objectif de dé-raccordement de 35 hectares en 10 ans

Depuis mars 2019, date de la délibération validant son schéma directeur assainissement, le syndicat s'est donc fixé un objectif de dé-raccorder 35 hectares en 10 ans sur son territoire. « Chacune des 43 communes de notre territoire s'est engagée à désimperméabiliser des surfaces établies en fonction de leurs tailles : 200 m2 par an pour les petites communes et 5 000 m2 pour les plus grosses », complète Pascal Petit.

Sur les 35 hectares, la majorité concerne le domaine public et 9 hectares visent le domaine privé : celui des collectivités avec par exemple des structures comme des gymnases mais également les espaces occupés par les grandes surfaces ou les entreprises. « Nous essayons également de convaincre les particuliers, qu'ils s'engagent de leur propre chef, sans obligation réglementaire à rendre la ville plus perméable », précise Pascal Petit.

L'agence de l'eau Loire Bretagne appuie cette approche et propose une aide à hauteur de 50 % pour les travaux. « Nous portons les dossiers de demande d'aides : nous validons le dimensionnement, nous apportons un appui technique », pointe le directeur technique de Roannaise de l'Eau. Le syndicat profite également de sa compétence eau potable et assainissement pour intervenir lors du renouvellement des réseaux. « Au lieu de remblayer avec des matériaux compactés, nous créons une tranchée drainante au-dessus du tuyau », illustre-t-il.

Dans le même temps, le syndicat a également engagé à travers son schéma directeur assainissement un second volet plus classique pour répondre aux problèmes de déversement par temps de pluie : le développement du stockage dans les réseaux existants ainsi que des réseaux de collecte séparatifs.

Animer la démarche pour faciliter l'adhésion

« Depuis les 10 ans que nous travaillons sur ce sujet, nous avons déconnecté près de 17 hectares, parmi les 4 000 hectares imperméabilisés que nous gérons - c'est une goutte d'eau - mais l'objectif est d'enclencher une démarche de long terme, assure Pascal Petit. Aujourd'hui nous parvenons à un rythme de 2-3 hectares annuels sur le territoire ».

Jusqu'à présent, au palmarès des techniques qui regroupent le plus de surfaces déconnectées figurent les noues infiltrantes (53 209 m2 ), les tranchées infiltrantes (20 142 m2 ), les puits d'infiltration (19 659 m2 ) ou encore les massifs infiltrants (8 659 m2 ). Dans le même temps, près de 37% des sites recourent à une combinaison de plusieurs techniques (61 895 m2 ).

Pour insuffler cette nouvelle approche, le premier levier reste toutefois l'implication des élus. « Si les élus ne sont pas porteurs, cela ne peut pas marcher, estime Pascal Petit. Il faut également apporter un accompagnement technique. Nous disposons de deux animateurs de gestion des eaux pluviales qui sont les interlocuteurs pour les communes, les particuliers, etc. Nous nous appuyons également sur des cercles de partages de connaissance hors territoire : des associations comme Adopta ou le Graie ».

Le syndicat compte aussi sur l'émulation collective et organise avec les collectivités des réunions de suivi de leur désimperméabilisation. Des rendez-vous avec les aménageurs, les bureaux d'études, les architectes sont également prévus pour notamment montrer les exemples à suivre. « Pour vaincre des résistances, nous avons également financé certains projets emblématiques. Par exemple une première tranchée drainante au-dessus du renouvellement d'une canalisation d'eau potable, ajoute Pascal Petit. Et lever les craintes comme le risque de colmatage d'un enrobé poreux : celui-ci est tellement poreux que même s'il était colmaté à 90% sa perméabilité resterait importante, ou encore les risques de pollutions avec les noues sur les parkings : les hydrocarbures sont biodégradés naturellement dans les premiers cm de terre… ».

Pour la suite, le syndicat réfléchit également à des actions ciblées pour créer une dynamique chez les particuliers. « Nous avons déjà mis en place un petit logo "ville perméable moi aussi je participe", désormais nous pourrions envisager des actions un peu plus novatrices comme l'organisation d'un concours », projette Pascal Petit.

Réactions1 réaction à cet article

 

Ben ou j'habite le comportement des petits propriétaires est ennuyeux, une bonne partie des pluviales passe par les égoûts et la centrale de renvoi en cas de grosse chute d'eau se met en panne, c'est pourtant facile d'enquêter, suffit de provoquer une grosse fumée et voir d'ou elle sort, cette fichue centrale a déjà été remplacée par une neuve pour la même raison, de l'argent perdu pour rien.
Cerise sur le gâteau maintenant c'est véolia qui s'en occupe, le ver est dans le fruit.

pemmore | 25 novembre 2020 à 10h03
 
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