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Quelles spécificités pour la gestion des risques dans le secteur de la production d'électricité ?

Laurent Wantz directeur de l'ingénierie chez FM Global, spécialiste de l'assurance des risques industriels, revient pour Actu-environnement sur le secteur de la production d'électricité et les enjeux qui émergent en matière de management des risques.

Avis d'expert  |  Risques  |    |  Actu-Environnement.com

La gestion des risques est aujourd'hui plus complexe que jamais. Modèles en flux tendu, cadres règlementaires contraignants, optimisation de l'outil de production et internationalisation des chaînes d'approvisionnement sont devenus la norme dans de nombreux secteurs industriels et peuvent représenter un risque majeur en termes de continuité des activités.

Lorsqu'une entreprise ne peut plus produire en raison d'un sinistre, c'est sa réputation qui est en jeu. Comment se protéger ? En prenant des mesures qui éviteront de se retrouver dans une situation aussi préoccupante. L'approche proactive de la gestion des risques repose sur un principe fondamental : mieux vaut prévenir un sinistre qu'essayer de s'en relever.

Au cours des dix dernières années, le secteur de la production d'électricité est entré dans une phase d'incertitude et d'instabilité : vieillissement des équipements entraînant l'augmentation des coûts de maintenance et de remplacement ; inquiétudes grandissantes quant à l'épuisement des sources d'énergie fossiles ; augmentation du taux d'utilisation des équipements pour remplir les objectifs d'efficacité.

Déréglementation et volatilité des prix

La déréglementation est un sujet de préoccupation croissante pour de nombreux risk managers du secteur de la production d'énergie. L'ouverture à la concurrence des marchés de l'énergie a généré de nouvelles problématiques de gestion des risques du fait d'une pression accrue sur les prix. En conséquence, les producteurs d'électricité ont modifié le mode d'exploitation de certaines centrales. Un fonctionnement cyclique, basé par exemple sur les pics de demande, pourrait être jugé plus rentable à court terme qu'une exploitation en régime continu. Or, dans certains cas, cette stratégie peut se traduire par des régimes de fonctionnement extrêmement agressifs pour les équipements et déclencher un processus de détérioration appelé "fatigue", qui se produit lorsqu'un composant est soumis de façon répétée à une charge cyclique et qui se caractérise par l'apparition de défaillances à des niveaux de contrainte beaucoup moins élevés que lors d'une exploitation en régime constant.

Maintenance et vieillissement des équipements

D'après des recherches récentes menées par FM Global, 70% des sinistres de ce secteur sont dus à des bris de machine. Ce constat s'explique notamment par le fait que la majorité des équipements de production a un cycle de vie de 30 à 35 ans et que, dans les pays développés, une grande partie de ces équipements approchent de leur date de déclassement. L'un des défis que doivent relever les producteurs d'électricité consiste donc à prolonger la durée de vie de leurs centrales, tout en maintenant de hauts niveaux de sécurité des biens et des personnes.

L'intensification de leurs activités a contraint les exploitants à optimiser la maintenance en privilégiant une méthodologie prédictive à la maintenance préventive. Bien qu'économiquement séduisante, cette solution requiert une expertise technique approfondie et une planification rigoureuse. La maintenance prédictive peut être synonyme d'économies et d'efficacité des installations, mais uniquement si les bonnes pratiques en matière de continuité d'activité et de risk management sont profondément ancrées dans la conduite des opérations.

A technologies émergentes, risques émergents

Depuis la mise en place de la taxe carbone et des systèmes de trading des quotas d'émissions, les producteurs d'électricité sont de plus en plus fortement incités à diversifier leurs équipements de production et à réduire leur dépendance à l'égard des combustibles fossiles polluants. Ce changement d'orientation s'est accompagné de nouveaux risques liés aux nouvelles technologies qu'ils ont dû adopter pour suivre l'évolution du secteur. Les parcs éoliens, parcs solaires, installations géothermiques et autres technologies renouvelables présentent tous des risques spécifiques en termes de fiabilité, de fonctionnement et de coûts de maintenance.

Prenons le cas du secteur de la valorisation énergétique des déchets, dont l'essor mondial repose sur deux facteurs : la saturation des décharges existantes et la difficulté d'en créer de nouvelles. Les acteurs de ce marché doivent eux aussi faire face à des risques spécifiques : par exemple, si des aérosols ou des récipients sous pression contenant un gaz inflammable du type butane ou propane passaient les mailles du tri, ils pourraient provoquer une explosion dans la fosse de combustion.

Le facteur humain

La sinistralité des assurés de FM Global révèle que les comportements humains sont une importante cause de sinistre dans le secteur de la production d'électricité. Erreurs commises par des opérateurs, formation et procédures inadaptées, mauvaise gestion du changement : autant de facteurs qui pourraient neutraliser l'action des dispositifs de protection des équipements et aggraver les dommages résultant d'un sinistre, voire être à l'origine d'un incident majeur. L'environnement économique dans lequel évoluent désormais les entreprises pourrait contraindre un grand nombre d'entre elles à réduire leurs effectifs pour faire des économies, ce qui aurait non seulement pour conséquence d'accroître la charge de travail des opérateurs, mais aussi d'amplifier le recours à des sous-traitants qui n'ont parfois pas le même niveau d'engagement en matière de prévention des sinistres.

Résoudre ces problématiques : une nécessité absolue

En ces temps d'incertitude et d'évolution du marché de l'énergie, les acteurs du secteur de l'énergie doivent intégrer la prévention des sinistres à leur stratégie d'entreprise, en privilégiant une approche à long terme qui leur permettra de protéger leurs biens et de garantir la continuité de leurs activités. Voici les principales recommandations pour bâtir un business résilient :

1. Souscrire un programme d'assurance sur mesure

Pour se protéger contre une interruption d'activité, un exploitant de centrale électrique devrait commencer par vérifier si son programme d'assurance est adapté aux spécificités de son modèle économique. Dans ce secteur, le processus de génération de revenus est particulièrement complexe, c'est pourquoi une garantie "Gross Profit" standard s'avère généralement trop générique. Dans ces conditions, l'exploitant pourrait ne pas être suffisamment indemnisé en cas de sinistre.

Un programme d'assurance sur mesure permet en revanche de prendre en compte les besoins spécifiques à cette industrie tels que la vente d'électricité directement sur le réseau national à des tarifs "spot", les crédits perçus pour l'exploitation d'énergies vertes ou la valorisation des déchets, les pénalités liées à des arrêts imprévus ou encore les contrats d'achat fermes de combustibles ("take or pay") et les pénalités pour arrêt imprévu.

2. Intégrer la prévention aux opérations quotidiennes

De nombreuses mesures simples peuvent être prises pour améliorer la gestion des risques sur un site et limiter les dommages en cas d'interruption de l'activité :

- Plans d'intervention d'urgence adéquats en cas de situation à risque

- Formation des opérateurs afin qu'ils sachent identifier les situations à risque et mettre en œuvre les procédures adéquates

- Procédures strictes de gestion des sous-traitants et de maîtrise des sources d'ignition

- Conformité des programmes de maintenance des équipements aux instructions des fabricants

- Stock de pièces de rechange pour les équipements et composants stratégiques

- Systèmes de protection incendie actifs et passifs dans les zones abritant des circuits de lubrification.

3. Investir dans des solutions techniques adaptées pour prévenir les sinistres

Comme indiqué plus haut, la majorité des sinistres touchant des sites de production d'électricité sont dus à des pannes mécaniques ou électriques. Pour comprendre les risques associés aux équipements, la prévention des sinistres doit être fondée sur des études scientifiques rigoureuses. Cela peut prendre la forme de travaux de recherches axés sur les problématiques spécifiques au secteur de l'énergie (tests en grandeur réelle d'explosion de poussière de charbon, validation d'huiles difficilement inflammables pour alimenter les circuits de lubrification, amélioration de la fiabilité des turbines, et des systèmes de coupure des installations en cas d'urgence).

4. Maintenir une veille permanente des meilleures pratiques de l'industrie

Dans un secteur aussi complexe que la production d'électricité, la collaboration avec l'assureur est indispensable. Ainsi, FM Global met tout en œuvre pour que ses standards et recommandations soient intégrés au cahier des charges des nouveaux projets de centrales électriques. Notre objectif étant que toute nouvelle installation mise en service puisse bénéficier des dernières innovations en termes de prévention des sinistres, et ce même si elle n'appartient pas à l'un de nos assurés.

La collaboration directe avec les fabricants de matériel est également un facteur majeur pour développer des systèmes standardisés de protection des turbines afin que la protection des biens soit intégrée dès la phase de conception des équipements.

Avis d'expert proposé par Laurent Wantz, FM Global

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