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“ Ondes électromagnétiques : les niveaux d'exposition sont stables en France depuis 2014 ”

La campagne de mesures de l'exposition aux ondes électromagnétiques de l'Agence nationale des fréquences montrent des résultats stables depuis 2014. Celles-ci sont réalisées à la demande de particuliers, collectivités, associations ou sociétés. Précisions de Gilles Brégant, directeur de l'ANFR.

Interview  |  Risques  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
   
“ Ondes électromagnétiques : les niveaux d'exposition sont stables en France depuis 2014 ”
Gilles Brégant
Directeur général de l'Agence nationale des fréquences (ANFR)
   

Actu-environnement : Dans le cadre du dispositif national de surveillance de l'exposition du public aux ondes, vous avez réalisé des mesures dans 2.993 lieux. A quel niveau se situe l'exposition ?

Gilles Bregant : Les valeurs limites d'exposition du public aux champs électromagnétiques sont respectées pour toutes les mesures. Le champ médian est assez bas, de 0,38 volt/m, au niveau de la sensibilité des sondes. Les niveaux retrouvés sont très loin des seuils fixés dans le décret de mai 2002 que nous ne devons pas dépasser : 90% des mesures que nous avons effectuées sont inférieures à 1,4 volt par mètre. Dans la zone de la FM, nous sommes au maximum à 28 V/m, dans la zone de la téléphonie mobile, nous allons de 36 à 61 V/m. Au final, les niveaux d'exposition mesurés sont globalement comparables à ceux constatés depuis 2014.

AE : Disposez-vous de données sur une évaluation de l'exposition cumulée ?

GB : A ce stade, nous ne réalisons pas d'exposition cumulée de la population : nous reflétons simplement les niveaux de champ que nous avons constatés à des endroits où les personnes ont été suffisamment préoccupées pour demander une mesure. L'agence fait le tiers payant aux particuliers, ou aux collectivités qui font une demande et la mesure est réalisée par un laboratoire accrédité. Les résultats sont ensuite publiés sur le site cartoradio.fr.

Pour connaître l'exposition cumulée de la population, il faudrait mettre en œuvre un autre type de mesure : équiper des volontaires d'exposimètres pour suivre en fonction de leurs déplacements dans la journée à combien de V/m ils sont exposés par unité de temps. Cela dépend de leurs métiers, de leurs trajets, de la présence d'un téléphone portable dans une poche, etc.

AE : Les mesures que vous avez réalisées montrent que la téléphonie mobile est dans près de 60% des cas, le principal contributeur. Quels sont les facteurs qui expliquent cette exposition ?

GB : Le premier élément d'explication est le nombre d'antennes relais en action sur le territoire. Nous avons ainsi recensé au 1er octobre 37.209 sites autorisés par l'ANFR pour le déploiement des réseaux mobiles, dont 32.815 en service pour la téléphonie mobile très haut débit (4G) tous opérateurs confondus. Statistiquement, les personnes sont plus proches d'une antenne relais que d'une antenne FM, TV, de réseaux privés (collectivités, entreprises), ou utilisée par exemple par les pompiers, taxis, ou la gendarmerie. Or, c'est souvent la proximité qui fait l'exposition puisque l'exposition décroit comme le carré de la distance.

Cette prévalence des antennes relais se retrouve également car souvent c'est leur installation qui suscite la demande de la mesure : quand une antenne relais se construit pas très loin de chez eux, les habitants s'interrogent sur les niveaux de champs qui sont retrouvés dans leur salon, devant chez eux ou sur la place la plus proche.

AE : Certains rapports préconisent d'augmenter le nombre d'antennes relais pour réduire l'exposition tout en conservant la même couverture ? Qu'en est-il ?

GB : L'exposition est un tout. Par exemple pour la téléphonie mobile, la résultante découle de l'exposition de l'antenne relais et de l'appareil : plus l'antenne relais est loin et moins elle expose, mais plus le téléphone devra émettre de manière puissante pour être entendu par l'antenne. Ce dernier n'est pas très puissant mais comme il se retrouve souvent dans un sac ou une poche, il est très proche des personnes. La réduction de l'exposition peut en effet passer par l'installation d'antennes plus proches des appareils.

Actuellement, nous réalisons des tests pour la 5G en mettant des antennes relais dans le mobilier urbains : les abris de bus, les panneaux d'affichage, les réverbères. Plus proche de l'antenne, le téléphone va être moins sollicité et donc va moins émettre. Si nous prenons une analogie avec la lumière, cela fonctionnera davantage comme un réverbère que comme un phare. Un phare avec ses lampes très puissantes couvre en effet une large surface tandis que le réverbère, moins puissant, nécessite plus de points pour éclairer.

AE : Quelle différence d'exposition avez-vous constaté entre les publics en milieu urbain et ceux en milieu rural ?

GB : L'exposition moyenne la plus élevée se retrouve plutôt dans les milieux urbains. Pour permettre à tous de disposer d'un service malgré le nombre de bâtiments, nous avons besoin de plus d'antennes. Statistiquement, la population urbaine est donc plus proche d'une antenne relais qu'en milieu rural. Une ville comme Paris présente un niveau de champ moyen de l'ordre de 1 volt/m, ce qui est faible par rapport aux limites. La plupart des villes européennes affichent des niveaux comparables.

Dans la campagne, en moyenne les niveaux sont plus faibles : comme il y a moins d'antennes, les habitants disposent de plus de chances de se trouver loin de l'antenne.

AE : Qu'en est-il de la définition des points atypiques demandée suite à la publication de la loi Abeille?

GB : Le dispositif prévu par la loi Abeille n'est pas totalement opérationnel aujourd'hui. Nous devons encore avancer avec les différents partenaires que sont les associations, les collectivités, les opérateurs, les pouvoirs publics : pour l'instant, nous n'avons pas figé le niveau des points atypiques.

Nous sommes toutefois attentifs à la valeur de 6 volt/m qui est la limite dans notre mode de mesure entre deux niveaux : pour une mesure "cas A", inférieure à 6 volt/m, nous ne recherchons pas de précisions sur les sources qui créent le champ. A l'inverse pour une mesure supérieure à 6 volt/m, nous disposons du détail de la contribution pour mieux comprendre ce qu'il se passe ("cas B").

AE : Combien de mesures ont atteint ce seuil lors de votre campagne ?

GB : Ces cas restent rares : sur près de 3.000 mesures en 2016, nous avons trouvé seulement 20 cas où le niveau de champ global dépassait 6 V/m. Ces derniers se composent de 11 cas en extérieur et 9 en intérieur... Ce qui est logique car les murs absorbent une partie de l'énergie et réduisent l'exposition. Ces situations peuvent être liées à une évolution du bâti : par exemple la construction d'un immeuble de cinq étages en face d'un logement de trois niveaux qui dispose d'une antenne. Au final, le bâtiment intercepte la couverture et nous nous retrouvons avec des niveaux de champ plus élevés. Dans ces cas-là, nous discutons avec les opérateurs et les collectivités pour essayer de trouver une solution pour mieux répartir la puissance : par exemple déplacer l'antenne, réorienter ses faisceaux, réviser l'équilibre entre l'antenne et ses voisines, etc.

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