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Le Groenland, à la croisée d'enjeux climatiques et de convoitises économiques

Territoire de 57.000 habitants rattaché au Danemark, le Groenland est une île de l’Arctique d’une surface équivalente à quatre fois la France. Sa vaste calotte regorge de matières premières stratégiques pour l’avenir de la croissance mondiale.

Biodiversité  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
   
Le Groenland, à la croisée d'enjeux climatiques et de convoitises économiques
   

Paradoxe à l'image de l'époque actuelle, cette vaste contrée septentrionale de l'Arctique, le Groenland, est écartelé entre des enjeux contradictoires : contribuer à préserver la fragile calotte glaciaire, dont la fonte au cours des prochains siècles pourrait contribuer à la hausse de 7 mètres du niveau des mers ; ou livrer ses fjords blancs et ses eaux territoriales aux manœuvres des compagnies d'extraction de minerais rares et de pétrole. Au large, les opérations de forage ont commencé en 2010. La compagnie pétrolière écossaise Cairn Energy a implanté une plate-forme géante à l'ouest du Groenland, Leiv Eirikson.

Depuis six semaines, Greenpeace mène campagne contre cette société de forage écossaise. Deux opérations ont vu deux activistes enfermés dans une tente de survie suspendue à la plateforme bloquer le forage pendant quatre jours, puis 18 autres militants passer à l'abordage du Leiv Eirikson. Greenpeace réclame à Cairn de dévoiler son plan d'urgence détaillant toutes les mesures qu'elle déploierait en cas de marée noire, mais la compagnie s'y refuse. L'ONG a déposé une plainte auprès du Parlement du Groenland pour ne pas avoir eu accès à ce plan. Jusqu'à présent, le bureau des Mines et du pétrole du Groenland n'a rendu publics que deux documents sur les 17 auxquels Greenpeace aurait dû légalement avoir accès.

"De nombreux groupes pétroliers sont sur les rangs pour exploiter les réserves de cette région et chercher un pétrole toujours plus profond et risqué. Ils misent sur la fonte des glaces et un accès plus facile à certaines zones. Or cette fonte des glaces est elle-même favorisée par les changements climatiques, que le pétrole qui serait extrait en Arctique ne ferait qu'accélérer. C'est de la pure folie !", s'exclame Anne Valette, chargée de campagne climat/énergie pour Greenpeace France.

À quoi rétorque Palle Christiansen, ministre groenlandais de l'éducation, de la recherche et de la coopération nordique, lors d'une conférence de presse à Paris le 9 juin : "Ce n'est pas à Greenpeace de dire au Groenland ce qu'il doit faire pour sa sécurité ! Le Groenland est un des lieux les plus propres de la planète. Notre législation environnementale est une des plus exigeantes du monde". Mais pour combien de temps ?

La Chine, prédateur stratégique

Sous statut d'autonomie renforcée depuis 2009 au sein du Royaume du Danemark, le Groenland a deux principaux partenaires extérieurs : les Etats-Unis, qui disposent d'une base aérienne à Thulé, et l'Union européenne, qui alimente à hauteur de 25 millions d'euros des programmes d'éducation pour former les élites groenlandaises en vue de l'indépendance du pays. En cas d'indépendance, l'enjeu géopolitique sera majeur pour cette île qui regorge de matières premières et attire un autre partenaire : la Chine, qui se positionne dans la région du fait de l'ouverture programmée des routes polaires.

D'après les premières prospections, le Groenland pourrait répondre à 25% de la demande mondiale en terres rares, selon le ministre Palle Christiansen, qui considère "dangereux que la Chine contrôle toute cette industrie", mais demeure ouvert à toute proposition, y compris chinoise. Les Chinois sont en cours de prospection sur le territoire groenlandais. "Or bleu avec de l'eau en abondance, or noir avec le pétrole, or vert grâce aux terres rares, or tout court et uranium, le Groenland possède tout ce qui attire la Chine", analyse Damien Degeorges, doctorant en sciences politiques et spécialiste des enjeux du Groenland. "Dans l'éventualité d'un Groenland indépendant, d'un point de vue de sécurité énergétique et de sécurité tout court, il est crucial que l'économie reste stable. Si le Groenland veut faire évoluer sa politique, il a tout intérêt à rester maître de son destin".

Modèle norvégien

Le Groenland possède des matières stratégiques qui en font un laboratoire des enjeux de demain. Depuis 2010, le Groenland assure la gestion de ses ressources énergétiques et a pour ambition de s'affirmer comme le "pays vert", son nom forgé par les Vikings depuis 982, à la vue des prairies vertes qui subsistaient au fond des fjords du sud-ouest, et malgré la blancheur prédominante. Hydroélectricité en abondance, terres rares utiles pour les éoliennes et les batteries électriques : le Groenland entend contribuer à la croissance verte du monde. Nuk, la capitale, pourrait devenir la première ville du monde neutre en CO2. Aujourd'hui, l'uranium contenu dans ses montagnes est placé sous sa souveraineté. La loi groenlandaise interdit l'extraction de matières radioactives. "Nous envisageons de changer cette loi dans la perspective de pouvoir extraire de l'uranium dans le futur pour contribuer à long terme à l'industrie nucléaire, qui n'émet pas de CO2. Mais la nature est si fragile, et nous voulons porter attention aux habitants qui vivent près de ces sites miniers", expose Palle Christiansen.

Le Groenland a un besoin important de réduire le déficit de ses finances publiques. Pour le gouvernement socio-libéral dont est issu Palle Christiansen, la manne de l'or noir doit servir au développement durable du pays. Sur le modèle norvégien, le gouvernement entend instaurer une fondation, la Fondation pour les ressources, placée sous la responsabilité du ministère des finances. Cette Fondation est chargée de réinvestir la manne pétrolière et le futur produit de la vente de terres rares dans les services sociaux et les programmes d'éducation. De même, le gouvernement entend renforcer le régime de la responsabilité environnementale et exiger des entreprise telles que Cairn Energy qu'elles abondent un fonds d'indemnisation en cas de marée noire ou de pollution liée aux forages. "Nous voulons que le monde sache que nous sommes plus que des icebergs : nous sommes une société civilisée", explique M. Christiansen, exprimant le désir de ses concitoyens d'atteindre le même niveau de vie que celui du reste de l'Occident.

Réactions2 réactions à cet article

 

Que c'est région reste naturelle, il y a bien d'autres moyens énergétiques que le pétrole ou l'uraniumque l'on peut remplacer

Henri | 19 juin 2011 à 11h08
 
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hélas, aucune raison d'être optimiste pour le Groenland, ses habitants et plus généralement les terres arctiques face à la convoitise des grandes nations dites civilisées.

serge | 19 juin 2011 à 11h36
 
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