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Un plan d'actions global pour rénover le réseau d'eau en Guadeloupe

La Guadeloupe connaît depuis plusieurs années une crise de l'alimentation en eau potable. Une mission interministérielle préconise la mise en œuvre d'un plan massif et global, le plan Eau Guadeloupe 2022, qui s'appuie sur les initiatives déjà engagées.

Eau  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

Le 19 juillet dernier, le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD), l'Inspection générale de l'administration (IGA) et l'Inspection générale des finances (IGF), chargés d'aider à résoudre le problème d'alimentation en eau potable de la Guadeloupe, ont publié leurs préconisations. Les auteurs de cette mission interministérielle ont présenté les résultats de leur audit lancé en février 2018.

Pour distribuer 25 millions de m3 d'eau potable aux 400.000 habitants de Guadeloupe et aux 500.000 touristes qui séjournent en moyenne 15 jours, plus de 60 millions de m3 d'eau potable sont produits. Cette production n'assure pas pour autant la desserte permanente de tous les usagers. Cette situation paradoxale de pénurie s'explique par un déséquilibre entre la capacité des installations de production d'eau potable et la demande en eau des réseaux. Ce sont les pertes d'eau des réseaux qui rendent la ressource insuffisante pour couvrir les besoins. Le réseau n'a été ni entretenu, ni renouvelé depuis des années, avec des pertes sur réseau de l'ordre de 60%. Et "beaucoup d'équipements [sont] obsolètes, en particulier de régulation et de traitement", soulignent les auteurs de la mission. Le service public de l'eau potable en Guadeloupe est "en situation de crise sévère, avec la multiplication des tours d'eau et coupures", ajoutent-ils.

Vers l'abandon des tours d'eau

Dans son rapport, la mission plaide pour la mise en place d'un plan d'action global "ambitieux", "indispensable" et "urgent" sur le territoire. Le plan "pour l'eau en Guadeloupe 2022" (PEG22) proposé n'est pas "un énième plan" pour sortir le département d'outre-mer de cette crise de l'eau, indiquent les auteurs. Ce plan reprend pour l'essentiel les initiatives déjà engagées. Il s'appuie sur les plans d'actions antérieurs. Le plan préfectoral de sécurisation de l'alimentation en eau potable (PSAEP) pour la période 2014-2016, avait été lancé pour réaliser les travaux les plus urgents sur le réseau. Le plan d'actions "Eau DOM", initié en 2016 par les ministères de l'Environnement et des Outre-mer, vise également à restaurer les capacités techniques et financières des services d'eau, en accompagnant sur une durée de dix ans les collectivités. En janvier 2018, les collectivités ont aussi annoncé un nouveau plan d'urgence de 71 millions d'euros en 2018 et 2019 pour avancer sur la remise en état des réseaux. Les collectivités veulent mettre fin aux tours d'eau. La mission interministérielle préconise également l'abandon "au plus tôt" de cette pratique et prône la fixation d'un objectif de réduction des coupures.

La pertinence des coupures en tour d'eau "n'est pas avérée" sur la réduction de la consommation d'eau finale, pointe la mission. "Des tours d'eau n'ont d'effet que s'ils sont « violents » (au moins un jour sur deux) et de courte durée (quelques semaines). Au-delà, la population s'adapte et la consommation rejoint, voire dépasse la consommation en fonctionnement normal (création de réserves qui couvrent les besoins, mais avec des problèmes de qualité, et des surconsommations, les quantités d'eau surstockées étant rejetées)", expliquent les auteurs.

Ils proposent de privilégier des solutions de substitution pour les secteurs de distribution hydrauliquement les plus défavorisés. Ces derniers pourraient être approvisionnés par des unités mobiles. Les équipements ne seraient destinés à fonctionner que pendant la durée nécessaire au rétablissement du fonctionnement normal des réseaux, qui pourra être variable selon les secteurs. La communication et les aides publiques pour l'achat d'économiseurs d'eau doivent également être renforcées. Les collectivités de Guadeloupe subventionnent déjà ces économiseurs et les récupérateurs d'eau de pluie.

Débloquer un minimum de 50 M€ par an pour réduire la crise

Les plans de sécurisation de l'eau sont "prometteurs" mais "les sommes en jeu ne seront pas suffisantes", prévient la mission. Les auteurs estiment qu'il faudrait investir un minimum de 50 millions d'euros par an pour achever la modernisation du réseau d'eau. Ces investissements pourront provenir des financements de l'Etat et de ses opérateurs (Agence Française de Biodiversité, Agence française de développement, Caisse des dépôts), du département, de la région et de l'office de l'eau, dans le cadre des contrats de progrès signés par les collectivités gestionnaires de l'eau. Ces contrats sont prévus par le plan Eau DOM.

Le plan Eau Guadeloupe 2022 "a été construit pour que les résultats soient rapides et visibles, avec une remise en eau dans les 12 mois des premières unités de distribution", ajoute la mission. Le rétablissement d'un service public d'eau potable "satisfaisant en Guadeloupe prendra quelques années, vraisemblablement un minimum de cinq années". C'est la durée prévue pour les contrats de progrès du plan Eau DOM. "Durant toute cette période, l'accompagnement des autorités organisatrices par l'Etat, la région, le département et leurs opérateurs devra être renforcé", martèlent les auteurs. Ces derniers proposent par ailleurs de nommer, côté Etat, un directeur de projet en charge de la mise en œuvre du plan 2022. Ce haut fonctionnaire coordonnerait le suivi de l'action de toutes les parties prenantes.

Réactions1 réaction à cet article

 

71 millions + 50 millions par an sur 5 ans ne font pas 600 millions pour rénover le réseau actuel et répondre aux besoins futurs très importants si un nouveau souffle de développement économique se profile.
Cette mission interministérielle, dans un registre plus responsable, aurait dû aussi prendre en compte les problèmes de production énergétique et la mobilité, qui polluent atrocement le territoire.

CLAUDIUS97 | 28 août 2018 à 12h17
 
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