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Qualité des cours d'eau : la Guyane doit composer avec l'exploitation aurifère

L'atteinte du bon état de certains cours d'eau en Guyane est menacée par l'activité aurifère. La révision de différents schémas et du Code minier constitue un enjeu pour encadrer différemment l'exploitation et améliorer la qualité des eaux.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Qualité des cours d'eau : la Guyane doit composer avec l'exploitation aurifère

Si le poids de l'activité minière sur les ressources et l'environnement guyanais est connu, les chiffres interpellent tout de même : un cinquième des cours d'eau de ce département d'outre-mer risque de ne pas atteindre le bon état demandé par la directive-cadre sur l'eau (DCE), principalement à cause de cette activité, selon l'état des lieux du bassin. Cette photographie des masses d'eau est l'une des étapes de l'élaboration du projet de schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage). Un document clef qui définit les orientations pour la protection de la qualité de l'eau et pour éviter toutes dégradations, conformément aux exigences de la DCE. Une gageure pour la Guyane.

Couvert à environ 95 % par la forêt amazonienne, le territoire guyanais bénéficie pourtant d'une situation encourageante : 76 % de ses cours d'eau sont en très bon ou en bon état écologique et 82 % en bon état chimique, selon l'état des lieux réalisé, en 2019, par l'Office de l'eau. La dégradation semble pourtant inexorable en raison de la poursuite des activités minières. Un processus qui a d'ores et déjà commencé, puisque la part de masses d'eau en très bon état écologique est passée de 73,6 %, en 2013, à 67,3 %, en 2019. « Ce constat peut s'expliquer, d'une part, par l'accroissement constant de la pression liée à l'activité aurifère (légale ou illégale) sur le territoire de la Guyane et, d'autre part, par une importante amélioration des connaissances du milieu et des pressions », précise le projet de Sdage.

90 % de la déforestation liés à l'orpaillage

Qu'ils soient légaux ou illégaux, les sites d'orpaillage se trouvent dans les mêmes secteurs, exerçant des pressions imbriquées, difficiles à attribuer. L'exploitation aurifère serait ainsi responsable de 90 % de la déforestation en Guyane, soit 30 000 hectares, selon un ouvrage de l'Office français de la biodiversité. Avec des conséquences importantes pour les ressources en eau : l'accroissement du ruissellement sur les sols mis à nu augmente la quantité de matières en suspension et de particules dans les cours d'eau.

Certains impacts sont moins directs. Si la filière clandestine utilise encore massivement le mercure pour amalgamer l'or, ce n'est plus le cas des activités légales. Mais celles-ci participent indirectement à cette pollution « par le relargage du mercure contenu dans la végétation [du fait de la déforestation], mais aussi par l'augmentation du lessivage de sols riches en mercure », selon l'OFB.

L'exploitation minière est, en effet, encadrée par des dispositions particulières, allégées par rapport à celles du Code minier métropolitain. Même s'il existe une obligation de remise en état des sites, des biais perturbent son application.

 
Ce serait déjà un grand chantier d'arriver à une stabilisation de la dégradation des masses d'eau  
Garance Lecocq, Guyane Nature Environnement
 
« Les autorisations d'exploiter pour des petites exploitations dans le lit des cours d'eau – titre le plus souvent octroyé en Guyane –, ne sont le plus souvent soumises qu'au dépôt d'une notice d'impact, regrette Garance Lecocq, coordinatrice de l'association Guyane Nature Environnement (GNE). Les informations contenues dans ces documents ne permettent pas de bien appréhender le milieu initial, les exploitants ne disposent pas de référence précise pour réhabiliter le cours d'eau. Par exemple, la sinuosité d'origine n'est pas bien respectée et le cours d'eau est redessiné de manière trop rectiligne. L'eau va prendre beaucoup de vitesse et, quand elle va rencontrer un obstacle, elle va l'éroder et provoquer une pollution aux matières en suspension. »

Des contournements des règles sont également constatés. Avec une autorisation d'exploiter, les sociétés minières disposent de quatre ans pour exploiter au maximum trois sites. Certains exploitants vont alors créer plusieurs entreprises pour disposer d'un plus grand nombre d'autorisations. Ce qui leur permet de ne mobiliser potentiellement qu'une équipe, le même matériel tournant sur un plus grand nombre de sites. Cette accélération des chantiers peut entraîner des dérives, notamment au moment de la restauration des sites. « Les exploitants sont supposés réhabiliter au fur et à mesure le site, ils se déplacent de l'aval vers l'amont du cours d'eau, les boues engendrées par le chantier devant être mises à décanter dans des parcs à résidus, explique Garance Lecocq. Pour réhabiliter, les exploitants doivent attendre leur séchage, pour éviter qu'elles ne repartent dans le cours d'eau. Mais pour que l'opération soit plus rapide, il est déjà arrivé que certains ouvrent leurs parcs à résidus… Des flots d'eau très turbides, très chargés en matière en suspension, arrivent alors dans la crique, impactant les organismes aquatiques. »

Sans oublier les conditions climatiques de la Guyane, qui ne jouent pas en faveur d'une réduction des pollutions. Avec des précipitations annuelles allant jusqu'à 4 000 mm, les fortes pluies vont provoquer la percolation de la matière en suspension vers le milieu.

Vers un développement de l'exploitation d'or primaire ?

Et la tendance à l'industrialisation de l'activité minière risque d'aggraver la situation. Si, actuellement, les opérateurs miniers se concentrent essentiellement sur l'exploitation des gisements secondaires (l'or transporté par les cours d'eau), ils pourraient à l'avenir davantage se tourner vers les minéralisations aurifères des roches. « C'est bien sûr l'or primaire qui représente l'essentiel de l'avenir aurifère de la Guyane », souligne d'ailleurs le schéma départemental d'orientation minière (Sdom), déclinaison guyanaise du Code minier en cours de révision.

Même si cette approche nécessite des technologies plus complexes et des travaux de grande profondeur, c'est bien ce qui se prépare. « Nous avons vu apparaître sur les sites illégaux des exploitations d'or primaire. Les clandestins creusent des galeries pour récupérer l'or directement dans la roche, note Garance Lecocq. Sur la filière légale, nous pouvons noter l'autorisation, à partir de 2015, pour la société Auplata d'une usine de cyanuration, donc de traitement du minerai, pour traiter et récupérer plus d'or à l'aide de cyanure. »

Le traitement par cyanuration s'utilise à la fois pour les minerais primaires et secondaires. Mais sa capacité à traiter de grandes quantités le rend particulièrement indiqué pour l'exploitation des minéralisations aurifères des roches.

France Nature Environnement et Guyane Nature Environnement ont attaqué et obtenu la suspension de son autorisation. L'exploitant a fait appel de cette décision. En décembre dernier, un arrêté préfectoral a laissé à l'entreprise deux possibilités pour régulariser sa situation administrative : déposer un nouveau dossier de demande d'autorisation ou cesser ses activités. Celle-ci a indiqué dans un communiqué qu'elle optera pour la première option.

La révision du Code minier en cours

Alors comment concilier qualité des cours d'eau et activités minières ? La réforme du Code minier pourrait apporter de premiers éléments. Notamment concernant le schéma départemental d'orientation minière (Sdom) qui, jusqu'à présent, devait être pris en compte par le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage). L'interprétation de ce texte amène certains à considérer que le Sdom est supérieur au Sdage. Cette confusion devrait être clarifiée dans un projet d'ordonnance actuellement en consultation. Le texte propose, en effet, que les orientations générales du Sdom soient « compatibles » avec les orientations fondamentales du Sdage.

Certaines autres dispositions méritent d'être relevées, comme l'extension des garanties financières des projets d'exploitation minière. D'autres, en revanche, pourraient laisser libre cours à des dérives. Comme le fait que l'autorisation d'exploitation puisse être de forme libre. Ou encore l'abrogation de la limite de trois autorisations d'exploiter sur quatre ans pour une même société. Ce qui laisse craindre un développement de sites plus étendus et plus destructeurs le long des cours d'eau.

Autre mesure controversée : le remplacement des orpailleurs illégaux par des opérateurs réguliers sur certains emplacements. Un rapport parlementaire sur l'orpaillage illégal de juillet 2021 a ainsi pointé que cette disposition ne pouvait s'appliquer qu'au cas par cas et pouvait se révéler contreproductive.

Certains acteurs espèrent également que la réforme intègrera les préconisations issues du guide de l'Office français de la biodiversité ou du projet sur la réhabilitation hydromorphologique des sites orpaillés de Guyane (Rhysog). Lancé en 2019, ce dernier doit se terminer cette année avec la réalisation d'un guide des bonnes pratiques pour la réhabilitation.

D'autres ressources minières en perspective

« Ce serait déjà un grand chantier d'arriver à une stabilisation de la dégradation des masses d'eau et, malheureusement, tant qu'il n'existera pas un encadrement plus précis et exigeant de la filière minière légale, ce sera compliqué, estime Garance Lecocq. Au niveau de la filière illégale, c'est une question complexe de politique pénale et criminelle. Il faudrait que des moyens plus efficaces soient alloués à la lutte contre l'orpaillage illégal et pas uniquement sur le volet répressif, mais aussi sur l'insertion et l'éducation à l'environnement. »

Avec la révision du Code minier, du Sdom, du Sdage et le futur classement des cours d'eau, la période est à la transition… Reste à voir si la direction prise sera suffisamment ambitieuse pour la protection de la ressource en eau guyanaise. Le tout dans un contexte où d'autres ressources minières, potentiellement stratégiques, pourraient aiguiser les appétits. « Le territoire de la Guyane, comme d'ailleurs l'ensemble du plateau guyanais, recèle probablement d'autres potentiels miniers concernant l'étain, le niobium, le tantale (Nord-Ouest du département), le nickel (Sud-Ouest), le molybdène (centre) et même l'uranium (centre) », indique ainsi le Sdom.

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