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Dans les îles, donner la priorité aux énergies renouvelables n'est pas une si bonne idée

La Commission de régulation de l'énergie estime qu'un prix carbone élevé pourrait être plus pertinent que de donner la priorité aux renouvelables dans les îles non interconnectées. Elle redoute des distorsions tarifaires.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Dans les îles, donner la priorité aux énergies renouvelables n'est pas une si bonne idée

La loi relative à la transition énergétique a prévu de donner, dans les zones non interconnectées (ZNI), la priorité d'appel aux énergies renouvelables, "sous réserve des contraintes techniques du réseau ainsi que des obligations de sûreté, de sécurité et de qualité du service public de l'électricité, notamment du seuil de déconnexion". Le texte précise que "l'appel de ces installations est fonction de l'ordre de préséance économique".

Des tarifs plus bas en heure de pointe qu'en heure creuse ?

La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a publié, le 24 mars, un avis sur le projet de décret définissant la liste et les caractéristiques des installations bénéficiant de la priorité d'appel dans les ZNI. Elle avait déjà souligné, dans son précédent avis sur le projet d'ordonnance sur l'électricité renouvelable, qu'un tel dispositif permettait d'atteindre les objectifs fixés en termes de développement des ENR mais risquait d'augmenter les charges de service public de l'énergie et d'entraîner une "distorsion du signal tarifaire, lequel a pourtant pour objet la maîtrise de la consommation à la pointe, enjeu structurant dans les ZNI". Elle recommande donc à nouveau la réalisation d'une étude d'impact de ce dispositif et la recherche de solutions alternatives pour augmenter la part des ENR (prix carbone élevé…).

Jusque-là, priorité est donnée aux installations bénéficiant du tarif d'achat et ensuite, en fonction des coûts variables des moyens de production. Le nouveau dispositif "aura pour effet d'augmenter le volume de production des installations EnR non bénéficiaires de l'obligation d'achat dont les coûts variables de production sont plus élevés que ceux des moyens de production fossile ou de l'électricité importée". Ce pourrait être le cas avec la conversion des installations bagasse-charbon en bagasse-biomasse en Martinique et Guadeloupe, le projet de turbine à combustion au bioéthanol à la Réunion, et tous les projets à partir de biomasse appelés à se développer… "Si les tarifs de vente d'électricité dans les ZNI sont péréqués en niveau, leur structure repose sur les coûts marginaux de production du parc de chaque zone, à savoir les coûts variables du dernier moyen appelé. Ainsi, la modification de l'ordre d'appel pourrait conduire à ce que les prix des heures de pointe soient inférieurs aux prix des heures de faible consommation, alors que les moyens les plus chers continueraient pourtant d'être appelés pendant ces heures", redoute la CRE.

Des conditions à aménager

Elle salue cependant les précisions du projet de décret "qui, moyennant quelques aménagements, devraient permettre aux gestionnaires de réseaux d'appeler les installations renouvelables en priorité dans le respect des différences techniques entre différents types d'installations et des valeurs particulières qu'elles peuvent représenter pour le système".

Le projet de décret prévoit que ces installations devront utiliser une source d'énergie renouvelable et ne pas disposer d'un système de stockage de l'électricité ou d'un réservoir hydraulique. Sur ce dernier point, la CRE souhaiterait que la priorité d'appel soit appliquée aux installations disposant d'un stockage de l'énergie produite ou d'un réservoir hydraulique "aux périodes où la valeur d'usage de l'énergie stockée est inférieure ou égale au coût marginal de production du parc, afin de permettre l'optimisation de leur usage".

Sur les installations disposant d'une turbine à combustion, le projet de décret indique que "son appel permet d'éviter ou de limiter l'appel d'une autre installation utilisant cette même technologie et alimentée par des combustibles fossiles".

Enfin, pour les installations qui ne remplissent ces conditions que de façon intermittente, la priorité d'appel ne s'appliquera que "pendant les périodes où ces conditions sont remplies". Une précision saluée par la CRE. Cependant, elle souhaite que ce point soit encore plus détaillé, par l'ajout d'un seuil de renouvelable de 75% : "Certaines installations non renouvelables peuvent être moins émettrices de CO2 que des installations combinant combustible carboné et source renouvelable, a fortiori si la part de cette dernière est faible".

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