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Neige de culture : technicité en hausse pour impact environnemental en baisse

Qu'elle se développe pour des raisons économiques ou qu'elle s'impose pour des raisons climatiques, la nivoculture – c'est-à-dire la production de neige artificielle – s'est généralisée dans toutes les stations de montagne. Décryptage.

Gouvernance  |    |  David Ascher Actu-Environnement.com
   
Neige de culture : technicité en hausse pour impact environnemental en baisse
   

Depuis plusieurs années les chutes de neige se font plus rares et le climat plus capricieux, alternant période de froid intense et de redoux. Bruno Muffat, responsable QSE de la Société d'Exploitation des Remontées Mécaniques d'Avoriaz (SERMA), remarque qu'« en 20 ans, on est passé d'un enneigement cumulé de 12 mètres en moyenne sur toute une saison à seulement 7 mètres ».

Une tendance incompatible avec l'attente des vacanciers pour un tapis neigeux abondant et une bonne qualité de service, par exemple en ce qui concerne les liaisons entre stations. Constituées traditionnellement de pistes à basse altitude ces pistes nécessitent en effet un enneigement permanent sur toute la saison. D'autant que le développement économique des stations passe par des domaines skiables plus vastes et répartis sur plusieurs vallées.

L'âge de raison ?

La nivoculture n'a pas bonne presse. Et pour cause. Pendant des années, les techniques balbutiantes ont été employées induisant - outre le nécessaire usage d'eau – d'importantes consommations électriques et même l'utilisation d'additif !

 
Exit les additifs ? Officiellement, les stations n'utilisent plus de SnoMax, cet additif d'origine américaine dont le principe actif repose sur une enzyme qui oriente les molécules d'eau et favorise leur cristallisation jusqu'à 4° C ! Produite naturellement au sein de la bactérie naturelle Pseudomonas syringae, l'épandage de cette protéine dans l'environnement a toutefois rapidement soulevé des questions d'impacts sanitaires et environnementaux.
Domaines Skiables de France, la chambre professionnelle des opérateurs de domaines skiables, a imposé à l'ensemble des opérateurs de ne plus utiliser ces additifs.
 
Désormais, motivées par des raisons économiques ou écologiques, les stations se sont engagées dans des démarches plus responsables et des investissements financiers importants pour accroître l'efficacité de leurs installations. La filière s'est ainsi considérablement professionnalisée à l'instar de la SERMA triplement certifiée QSE. Objectif : produire mieux, moins cher, diminuer les impacts et… le faire savoir.

Consommation d'eau

Si c'est souvent le premier grief établi à l'encontre de la nivo-culture, ce n'est pas forcément le plus justifié. Jean-Claude Morand, directeur adjoint du service des pistes de la SERMA se plaît ainsi à rappeler que l'eau est restituée au milieu. « Si 20 % de l'eau s'évapore, les 80 % restants retournent dans le milieu ». Il faut 1 m3 d'eau pour produire 2 m3 de neige artificielle. En une saison, pour une station comme Avoriaz dont environ 25 % du domaine skiable est couvert par 120 enneigeurs fixes (aussi appelés canon à neige) et une vingtaine d'enneigeurs mobiles, la production s'échelonne entre 160 et 300.000 m3 pour environ 80 à 150.000 m3 d'eau. En comparaison, une piscine olympique affiche un volume de 3.000 m3.

Pour autant, la station bien connue pour son festival du film fantastique, travaille à réduire ses pompages et accroître l'utilisation de l'eau de ruissellement. Alors que le ratio pompage / captage du ruissellement s'élève aujourd'hui à 50 %, la société d'exploitation du domaine projette de construire une retenue collinaire à plus haute altitude. Outre une meilleure gestion de l'eau, un bassin gravitaire permet également d'abaisser la consommation d'énergie en supprimant l'utilisation de pompes par ailleurs.

Maîtriser la consommation d'énergie

L'énergie constitue en effet le point le plus délicat de l'impact économique et environnemental de la production de neige de culture. À Avoriaz par exemple, sur une saison entre 450 et 500.000 kWh sont consommés pour la production de neige. L'électricité compte ainsi pour environ 30 % du prix de revient d'un m3 de neige. Et quand on sait qu'1 m3 coûte entre 80 centimes et 1 euro selon les conditions climatiques et le soin apporté à la gestion du manteau neigeux, on comprend qu'il est vital pour une société d'exploitation de réduire sa consommation énergétique.

L'époque où chaque nuit les canons à neige étaient systématiquement mis en fonctionnement est révolue, ou presque… Désormais, sur une saison, une usine de production tourne l'équivalent de 2 semaines. Le plus souvent en amont de la saison. L'objectif est double. D'une part, la consommation d'énergie n'est pas simultanée avec celle des remontées mécaniques. D'autre part, la neige de culture déposée en amont des chutes de neige naturelle a vocation à consolider la couche neigeuse pour toute la saison. Très humide, la neige de culture préparée dès novembre - quand les températures le permettent - fait office de sous-couche froide sur laquelle la neige naturelle tiendra plus longtemps. Les grains de neige artificielle présentent en effet une meilleure tenue dans le temps que les flocons naturels. La raison : ronds, ils présentent des propriétés mécaniques supérieures à la structure dendritique typique des flocons atmosphériques.

Gestion assistée par ordinateur

Parallèlement à l'évolution rapide des capacités mécaniques des enneigeurs, les outils informatiques de télégestion et de surveillance se sont perfectionnés. Aux côtés d'une surveillance humaine sur site toujours requise, la gestion du parc de canons est désormais assistée par ordinateur pour optimiser la production et abaisser les coûts en fonction des conditions climatiques par exemple. Pour aller plus loin, des appareils automatiques de mesure de l'épaisseur de la couche de neige sont désormais déployés à l'instar de la phase de test engagée sur le domaine skiable géré par la SERMA.

Alors la neige de culture serait-elle toute "blanche" ? Malgré les efforts "d'éco-efficacité", la nivo-culture conserve une part d'impact difficilement mesurable sur l'environnement. Par exemple les effets sur le milieu et la biodiversité, de la construction de retenue collinaire et de l'épandage d'un tapis de neige artificielle persistant tout au long de la saison, restent difficiles à évaluer. Pour autant la filière illustre bien la concomitance des objectifs économiques et écologiques : produire propre revient également à produire mieux et moins cher.

Réactions4 réactions à cet article

 

Il est facile de dire que la consommation d'eau n'est pas un problème puisqu'elle est juste transformée en neige. Globalement c'est vrai, mais il ne faut pas oublier que souvent l'eau est restituée sur un bassin versant différent de celui où elle a été puisée. Dans ce cas qui garanti que les nappes phréatiques ne seront pas touchées de sécheresse ?

chocard | 22 février 2011 à 22h45
 
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"produire propre revient également à produire mieux et moins cher."

Pardon ?

Ivan | 23 février 2011 à 15h32
 
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@ Ivan

Bonjour,

Cela signifie que produire dans un meilleur respect de l'environnement permet également de tirer des bénéfices au niveau financier.

Cordialement

David Ascher

David Ascher | 23 février 2011 à 21h31
 
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"D'autant que le développement économique des stations passe par des domaines skiables plus vastes et répartis sur plusieurs vallées."

Mais quand arrêtera t-on de dire de telles betisses !!!! Il est temps de revoir le modèle économique des stations, en diversifiant l'offre plutôt que de jouer à M. PLUS de BALSEN !!!

Phil'Ô | 24 février 2011 à 11h49
 
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