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« L'impact de la taxonomie verte dépendra de ce que les acteurs financiers décideront d'en faire »

La Commission européenne a publié, en juillet dernier, la stratégie sur la finance durable de l'UE. Lara Cuvelier et Paul Schreiber, de l'ONG Reclaim Finance, dénoncent le poids des lobbies sur l'ambition de cette feuille de route.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com
   
« L'impact de la taxonomie verte dépendra de ce que les acteurs financiers décideront d'en faire »
Lara Cuvelier et Paul Schreiber
ONG Reclaim Finance
   

Actu-Environnement : Quels sont les griefs de l'ONG Reclaim Finance à l'égard de la stratégie sur la finance durable présentée par la Commission européenne ?

Lara Cuvelier : Le 27 août dernier, la Commission européenne a publié son rapport sur l'intégration des critères environnementaux et sociétaux (ESG) dans les règles de supervision des banques. Un rapport commandé au gérant d'actifs financiers américain BlackRock afin de la conseiller. Or, les conditions d'attribution de cette étude à BlackRock posent question. Par suite d'une plainte du réseau d'ONG Change Finance, dont Reclaim Finance fait partie, la médiatrice de l'UE a d'ailleurs critiqué la manière dont la Commission a évalué les risques de conflits d'intérêts. En effet, BlackRock, en tant que le plus important gestionnaire d'actifs au monde est l'actionnaire majoritaire d'un nombre conséquent de grandes banques qui financent les énergies fossiles. Et BlackRock lui-même est un des plus gros investisseurs dans les énergies fossiles et le deuxième au monde dans le charbon.

Ce rapport aurait dû être rendu public dès sa remise à la Commission européenne. Or, l'institution a refusé de divulguer cette étude, datée de mai 2021, avant de publier, en juillet, sa propre stratégie (le plan d'action de l'UE sur la finance durable, ndlr). Ce manque de transparence a fini par pousser Change Finance à saisir de nouveau la médiatrice de l'UE. Et, comme attendu, l'étude que BlackRock a écrite semble avoir exercé une influence sur la stratégie défaillante de la Commission en matière de finance durable. Il y a de nombreuses similarités entre l'approche et les mesures mises en avant. BlackRock a un intérêt direct dans la survie de l'industrie des énergies fossiles et a de multiples liens avec le secteur, ce qui pourrait expliquer sa réticence à recommander des règles climatiques ambitieuses qui affecteraient ses résultats.

AE : Quelles recommandations de ce rapport ont été reprises dans la stratégie de l'UE ?

Paul Schreiber : Le rapport de BlackRock porte notamment sur un meilleur accès aux données et sur la transparence, mais il met de côté les mesures rapides et nécessaires pour résoudre la crise climatique, comme reflété dans la nouvelle stratégie finance durable de l'UE. Si le reporting extra-financiers (ESG) des banques et les normes volontaires sur les obligations vertes (green bonds) sont mis à l'honneur, les mesures contraignantes sont reportées à plus tard et soumises à des expertises additionnelles aux résultats incertains et qui ne seront pas conduites avant 2023 ou 2024. Aussi, la stratégie européenne aborde l'intégration par les banques des risques climatiques dans leurs stratégies et leurs portefeuilles de crédits, mais elle ne prévoit pas de mesures obligatoires qui atténueraient ces risques. De la même manière, les superviseurs financiers nationaux sont poussés à agir contre le greenwashing, mais cet appel n'est pas relayé par des leviers d'action concrets ; il dépendra donc largement de leur bonne volonté.

AE :  La Commission veut obliger les banques et les entreprises à renseigner leurs activités et leurs investissements alignés sur les critères de la taxonomie verte. Cette mesure va-t-elle réduire les financements aux énergies fossiles ?

P. S. : La taxonomie durable contraint uniquement les acteurs à être plus transparents. Son impact réel dépendra en grande partie de ce que les acteurs financiers décideront d'en faire. Surtout, les propositions de la Commission européenne – qu'il s'agisse de favoriser les prêts et hypothèques verts, de créer de nouveaux labels et standards ou d'assouplir les exigences en matière de capital pour les activités vertes – ne contribuent pas à réduire le soutien aux activités à forte intensité carbone. Le seul élément de la stratégie sur la finance durable qui aborde directement la question des activités polluantes est le prochain rapport de la Commission concernant une taxonomie des activités polluantes. Mais celle-ci apparait déjà compromise si le gaz fossile est inclus dans la taxonomie durable européenne. Nous surveillons donc de près les actes délégués, prévus d'ici à la fin de l'année, qui pourraient acter l'inclusion du gaz et du nucléaire à la taxonomie verte, après une offensive de lobbying de ces secteurs. Or, l'inclusion de ces énergies signerait « l'arrêt de mort » de la taxonomie durable de l'UE.

AE : Quels sont les leviers pour favoriser les investissements verts ?

P. S. : De nombreux leviers sont disponibles. On pourrait notamment établir des standards communs exigeants définissant les critères minimaux pour l'ESG afin d'orienter les investissements dans des projets et entreprises qui ne seraient pas néfastes pour le climat. On pourrait aussi ajuster les obligations prudentielles pour s'assurer que les acteurs financiers qui continuent de financer l'expansion pétrogazière et qui ne s'alignent pas sur nos objectifs climatiques en assument pleinement les risques. Malheureusement, la stratégie confirme l'incapacité de l'UE à mettre en place un cadre de finance durable solide et exigeant.

Réactions5 réactions à cet article

 

ONG Reclaim Finance est aussi un lobby comme tous ceux qui revendiquent un choix politique, rien d'infamant et que de très logique en démocratie. Bien sûr tous les lobby n'ont pas les mêmes moyens et il importe d'exercer des contre pouvoirs face aux plus puissants. Si je comprends bien les objectifs de Reclaim Finance il s'agit de combattre la dérive du climat en favorisant les investissements dans les énergies durables. Mais chacun ne mets pas les mêmes critères pour décréter une énergie "durable" ou non. Sur les fossiles (charbon, gaz, lignite qui produisent des GES) tout le monde semblent d'accord mais quand on parle du nucléaire (qui ne produit pas de GES) il y a divergence car d'autres critères sont évoqués (déchets radioactifs, coûts, réserves d'uranium..). La CE devra donc mettre carte sur table en énonçant clairement les priorités, les avantages et les inconvénients de chaque énergie pour ne pas emmener l'Europe vers une pénurie qui serait socialement ingérable. Reclaim finance n'apporte que peut d'éclairage sur la complexité du problème avant tout physique avant d'être financier.

GEGE42 | 06 octobre 2021 à 12h30
 
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GEGE42 : Pas d'accord car quand l'UE cesse tout investissement dans les fossiles, il faut bien voir qu'elle interdit carrément à ses organismes financiers d'équiper les pays dont les populations n'ont pas accès à l'énergie, notamment en Afrique. Ces pays vont se tourner vers la Chine pour investir dans la construction de centrales à gaz (et sans doute aussi au charbon) qui sont aujourd'hui indispensables : les populations ont besoin d'énergie, tout simplement.
Et l'UE accélère son attrition, sous des prétentions de "vertu".
Quelle calamité que ce "Green Deal" et cette "Taxonomie". L'enfer (ici, le suicide industriel, agricole, économique et financier de l'UE) est pavé de bonnes intentions. Nous allons mourir guéris...

Albatros | 06 octobre 2021 à 15h26
 
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Albatros, je ne comprends pas les contradictions avec mes propos. Mais peu importe, vos remarques sont de bon sens, en effet les pays pauvres auront besoin massivement d'énergie et particulièrement d'électricité, vecteur d'énergie incontournable, et il est probable qu'ils se tournent vers les solutions que leur offrent bon nombre de pays producteur d'énergie fossile ou en recherche d’expansion géopolitique. Mais on ne peut pas se soustraire aux conséquences du dérèglement climatique et aux limites physiques de la planète sinon les conséquences seront au moins aussi graves que votre prédiction. Alors selon moi il faut trouver le meilleur compromis pour fournir l'énergie nécessaire à minima à l'humanité, et donc développer les EnR là où la météo est favorable, le nucléaire là où la sûrteé est garantie par un état stable et fort, l'hydraulique là où c'est encore possible, les bio énergie sans concurrence avec l'agriculture nourricière.....Voilà un programme politique responsable à défendre par l'UE.

GEGE42 | 06 octobre 2021 à 16h49
 
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Albatros, je ne comprends pas les contradictions avec mes propos. Mais peu importe, vos remarques sont de bon sens, en effet les pays pauvres auront besoin massivement d'énergie et particulièrement d'électricité, vecteur d'énergie incontournable, et il est probable qu'ils se tournent vers les solutions que leur offrent bon nombre de pays producteur d'énergie fossile ou en recherche d’expansion géopolitique. Mais on ne peut pas se soustraire aux conséquences du dérèglement climatique et aux limites physiques de la planète sinon les conséquences seront au moins aussi graves que votre prédiction. Alors selon moi il faut trouver le meilleur compromis pour fournir l'énergie nécessaire à minima à l'humanité, et donc développer les EnR là où la météo est favorable, le nucléaire là où la sûrteé est garantie par un état stable et fort, l'hydraulique là où c'est encore possible, les bio énergie sans concurrence avec l'agriculture nourricière.....Voilà un programme politique responsable à défendre par l'UE.

GEGE42 | 06 octobre 2021 à 18h02
 
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M^me s'il est dit que l'énergie produite par les centrales nucléaires est bas carbone, il ne faut pas oublier le reste qui pollue tout le vivant sans compter la pollution produite dans les pays où l'uranium est extrait. La biodiversité n'est pas pour demain avec le nucléaire et souhaitons qu'il n'y ait pas d'accident car de l'avis m^me des autorités nucléaires , un accident n'est pas impossible.On ne peut pas estimer un tel accident.
https://www.edf.fr/sites/default/files/contrib/groupe-edf/producteur-industriel/carte-des-implantations/centrale-flamanville/rapport_enviro_2019.pdf

FS | 08 octobre 2021 à 20h11
 
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