Robots
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

« Un appui scientifique est nécessaire pour hiérarchiser les enjeux environnementaux des énergies marines »

Face aux incertitudes et aux questions légitimes du public sur les potentiels impacts environnementaux, les acteurs des énergies marines renouvelables s'organisent pour hiérarchiser les enjeux. Détails avec Maëlle Nexer, coordinatrice du projet Come3t.

Interview  |  Energie  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
   
« Un appui scientifique est nécessaire pour hiérarchiser les enjeux environnementaux des énergies marines »
Maelle Nexer
Coordinatrice du projet Come3t chez France Énergies Marines, Comité d'expertise pour les enjeux environnementaux des EMR
   

Actu-Environnement : la filière des énergies marines renouvelables a créé un comité d'expertise pour les enjeux environnementaux des EMR. À quoi sert-il ?

Maëlle Nexer : Le comité d'expertise pour les enjeux environnementaux des énergies marines renouvelables, baptisé Come3t, a été créé en mai 2018 par France Énergies Marines afin de centraliser toute l'expertise scientifique et technique nécessaire au développement des énergies marines renouvelables (EMR) en France. Cette idée est née d'une demande des acteurs de la filière qui ont constaté qu'il y avait un besoin d'améliorer leurs connaissances sur les impacts environnementaux potentiels des installations. Les interrogations soulevées par le grand public et les élus locaux nécessitaient également des réponses. Un appui scientifique était donc nécessaire pour hiérarchiser les enjeux. Il a semblé judicieux de centraliser cette connaissance scientifique et de la mettre à disposition de tous via Come3t.

AE : Quelle est la gouvernance de ce comité ?

M. N. : Come3t s'organise autour de trois entités : un comité de pilotage (Copil), un comité d'experts et France Énergies Marines qui coordonne ces deux comités. Le Copil comprenait douze membres lors de la phase de test. Il a été élargi au printemps et regroupe maintenant plus d'acteurs de la mer représentant des développeurs de parc, le gestionnaire de réseau RTE (Réseau de transport d'électricité), les pêcheurs, l'Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn), les régions, les acteurs académiques (universités, laboratoires et bureaux d'études), mais aussi la Direction générale de l'énergie et du climat du ministère de la Transition écologique, l'Office français de la biodiversité (OFB) ou encore l'Ademe. Ces dix-neuf membres se réunissent pour soulever, faire connaître et échanger sur les problématiques environnementales rencontrées par la filière des énergies marines.

Le Copil, avec ces nouveaux membres, s'est réuni pour la première fois en avril 2020 et a choisi les quatre questions qui seront adressées aux experts au cours des six prochains mois :
- Peut-on évaluer un rapport entre les gains et les pertes des effets DCP, récif et réserve induits par les parcs éoliens et leur raccordement pour l'écosystème marin ?
- Quelles sont les réactions des populations de mammifères marins à la présence des parcs éoliens en mer pendant la durée de fonctionnement d'un parc éolien en mer ?
- Pour étudier l'effet du bruit émis par les parcs éoliens en construction et l'exploitation sur les écosystèmes marins, est-il pertinent de travailler sur quelques espèces ou taxons modèles ?
- Est-ce que l'installation et l'exploitation d'un parc éolien posé et son raccordement peuvent avoir un effet sur l'évolution du trait de côte ?
Un appel à candidature pour constituer les différents comités d'experts sera lancé prochainement.

AE : Quelles problématiques environnementales le Come3t a-t-il pu identifier ?

M. N. : Lors de la phase test, nous avons mis au point une méthodologie visant à hiérarchiser les enjeux environnementaux. Pour chaque problématique identifiée par le Copil, France Énergies Marines sélectionne un comité d'experts scientifiques compétents sur le sujet et indépendants, via un appel à candidatures. Ce comité d'experts approfondit les questions et les classe ensuite en fonction de l'enjeu environnemental associé, selon trois catégories : pas d'enjeu environnemental identifié ; enjeu environnemental identifié, mais niveau des connaissances suffisant pour y répondre ; enjeu environnemental potentiel et niveau des connaissances insuffisants, nécessitant le lancement de nouvelles études. Des synthèses argumentant scientifiquement ce classement sont rédigées pour chacune des questions posées. Elles sont étayées par des références scientifiques.

 
C'est cette connexion forte entre les préoccupations des différentes parties prenantes qui fait l'originalité de la démarche.  
 
C'est le cas par exemple d'un sujet sur lequel nous avons testé la méthodologie de travail : les parcs éoliens posés peuvent‐ils générer des vagues dangereuses ? Le comité d'experts a conclu que ce n'était pas un enjeu environnemental pour la filière et a écarté cette question.

Si, au contraire, les experts identifient un sujet pour lequel il y a un enjeu mais peu de connaissances, ils établissent un plan d'action de R&D qui peut aboutir sur des projets de recherche. C'est le cas par exemple de la question suivante : la colonisation des parcs EMR facilite‐t‐elle l'introduction et la propagation d'espèces non indigènes ? Les scientifiques ont conclu que l'enjeu n'est pas majeur mais que nous manquons de connaissances. Les experts préconisent donc d'établir des protocoles de suivi de ces espèces.

AE : Ce type de comité est-il une exception française ?

M. N. : Des initiatives similaires par certains aspects existent à l'étranger : l'Ocean Energy Systems (OES) Environnemental au niveau international, l'Offshore Renewables Joint Industry Programme (ORJIP) au Royaume-Uni ou le Scottish Marine Energy Research (ScotMER) en Écosse. Dans le cas de Come3t, les questions traitées sont élaborées à partir des enjeux identifiés par la filière et sur la base des interrogations du public concernant l'intégration de ces énergies nouvelles dans le contexte français. C'est cette connexion forte entre les préoccupations des différentes parties prenantes qui fait l'originalité de la démarche. Le comité des pêches, par exemple, a déjà apporté plusieurs questions très pertinentes. Il y a une forte volonté de ce côté. C'est une organisation totalement inédite sur ce point qui répond aux attentes des citoyens. Car, en France, on se pose peut-être plus de questions que dans les pays bordant la Mer du Nord.

AE : Si le Come3t intègre les questions du public. Comment restitue-t-il ses travaux ?

M. N. : Come3t a vocation à communiquer vers le grand public. Les résultats des travaux sont diffusés sous forme de bulletins accessibles librement et seront vulgarisés, par exemple, sous forme de vidéo. Les débats publics organisés sur les façades maritimes où vont être installés les parcs éoliens offshore sont aussi l'occasion de présenter les nouvelles connaissances. Dans le cadre du débat public ouvert à propos d'un futur appel d'offres de l'État pour la construction d'un nouveau parc éolien d'une puissance de1 GW au large des côtes normandes, l'université Le Havre Normandie et France Énergies Marines se sont associées pour proposer, le 12 mars 2020, une journée consacrée à la vulgarisation scientifique auprès des publics scolaires et apporter l'éclairage d'enseignants-chercheurs et de chercheurs auprès du grand public lors d'une conférence-débat centrée sur la question de la production d'énergie éolienne en mer. Les résultats de Come3t ont été présentés. L'idée a été favorablement accueillie par le public mais ce n'était pas suffisant. Les travaux que nous allons lancer dans les dix-huit prochains mois viendront étoffer ces informations.

Réactions1 réaction à cet article

 

La question se pose de la pollution du socle de l'éolienne, poussière ou pollution des coquillages ou autres, gène des poissons etc.
Bien sur connaissant trop le milieu je ne peux qu'imaginer la perte de zones de chalut au bénéfice de caseyeurs et de lignards. Donc des actions de mauvaise foi.
Et tout ce qui peut gèner le chalutage est un progrès.

pemmore | 10 juin 2020 à 19h48
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Florence Roussel

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager