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Incendie du Parc national de La Réunion : un rapport interministériel pointe les lacunes des outils de lutte

Un rapport interministériel sur l'incendie du Parc national de La Réunion (octobre 2011) préconise de confier au préfet la refonte du plan départemental incendie. Il dénonce aussi le manque de moyens et la "rusticité" des services de secours.

Risques  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Lundi 27 août 2012, le ministère de l'Agriculture a publié le rapport de la mission d'appui à la suite des incendies de forêt sur l'île de La Réunion. Le document de 82 pages, achevé en mars 2012, a été rédigé conjointement par le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) du ministère de l'Agriculture, leConseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) du ministère de l'Ecologie, et l'Inspection générale du ministère de l'Outre-mer. Il est accompagné d'un rapport complémentaire d'une quinzaine de pages intitulé Reconstitution de la forêt des Hauts de l'ouest et valorisation des bois brûlés suite à l'incendie du Maïdo en 2011 dans l'île de la Réunion. Ce second document, datant de janvier 2012, a été rédigé par le CGAAER.

Ces deux rapports reviennent sur les incendies "très probablement volontaires" qui, à l'automne 2011, ont ravagé 2.800 hectares dans le massif forestier du Maïdo sur l'île de La Réunion, au cœur du Parc national et des sites inscrits au patrimoine mondial par l'Unesco. Le principal rapport fait des propositions pour prévenir et gérer d'éventuels incendies ainsi que pour réhabiliter les sites concernés. Il aborde tout particulièrement les modalités de la gestion locale des sinistres. Le rapport complémentaire s'intéresse plus spécifiquement aux aspects techniques et stratégiques relatifs à la valorisation des bois brûlés et la reconstitution des peuplements forestiers.

Confier le dossier au préfet

Concernant les dispositifs de prévention et de lutte contre les incendies, la mission porte un regard critique sur les moyens dont dispose l'île. Elle préconise en particulier une refonte du plan départemental de protection de la forêt contre les incendies (PDPFCI) qui serait confiée à "un service proche du préfet", quitte à modifier la réglementation en vigueur. Idéalement, le rôle des communes se limiterait à l'élaboration de plans communaux de sauvegarde (PCS) intégrant le risque d'incendie.

"La mission suggère une évolution de la partie réglementaire du code forestier pour donner au préfet la possibilité d'approuver un tel plan sans pour autant inscrire la Réunion dans la liste [des] départements soumis à un risque élevé d'incendies de forêt." La mission se montre en effet "réservée sur le bénéfice pratique" d'un tel classement qui n'aurait qu'"une portée symbolique".

Les prescriptions du nouveau PDPFCI devraient "[être] portées à la connaissance des collectivités engagées dans des démarches de planification (Scot, PLU,…), prises en compte dans les plans de prévention des risques d'incendie de forêt (PPRIF) éventuels, et rendues compatibles avec la charte du Parc". Cependant, "l'élaboration de PPRIF ne semble pas nécessaire", souligne le rapport, précisant que cela "ne devrait être imposé qu'en cas d'échec de la démarche proposée ci-dessus".

Le Parc national devra lui aussi évoluer. "Si pendant la crise les services locaux et les établissements publics se sont très bien coordonnés sous l'autorité du préfet, quelques conflits marginaux mais repris par les médias locaux sont apparus", rappelle le rapport qui préconise de répondre aux "difficultés [provenant] de l'insertion du Parc national dans un territoire essentiellement constitué par des forêts départementalo-domaniales gérées par l'Office national des forêts (ONF)". Il s'agit donc de revoir la charte du Parc, la convention liant l'ONF au Parc et "d'éclaircir les points de droit concernant, dans les situations de crise et d'urgence, les prérogatives du conseil d'administration du Parc ou de son directeur et celles du préfet". De plus, il est "hautement souhaitable" que les collectivités concernées adhèrent à la charte, en particulier en prévision du rapport sur l'état de conservation du site classé par l'Unesco qui doit être présenté par les autorités françaises en février 2013.

Doter l'île des moyens de lutte appropriés

Par ailleurs, "la mission a constaté que le dispositif de détection des feux naissants et d'alerte des moyens de lutte (…) sont perfectibles", indique le rapport, soulignant qu'"il est surprenant que l'alerte n'ait pu être donnée plus rapidement" et évoquant "la rusticité du centre opérationnel du service d'incendie et de secours (Codis)". Il préconise donc de "réactiver" les tours de guet et de recourir à la surveillance aérienne et à des patrouilles motorisées lors des périodes les plus risquées. Le tout devrait être coordonné "par un Codis modernisé et disposant des moyens de communication adaptés".

Plus généralement, "la mission a relevé que le Parc de véhicules du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) n'était pas suffisant pour faire face efficacement à un incendie de cette ampleur (camions citernes-feux de forêt et camions citernes à grande capacité) et que leur armement devait être adapté aux spécificités du terrain (capacité à établir des grandes longueurs de tuyaux)".

En matière de moyens aériens, le rapport recommande d'étudier "la disponibilité des moyens aériens et leur adaptation aux conditions particulières du relief", soulignant à plusieurs reprises le manque de moyens aériens dédiés durant la période sensible.De même, la mission juge "indispensable" la création d'une station pélicandrome, c'est-à-dire une zone d'approvisionnement en eau et produit retardant.

Le document propose aussi de recruter un troisième agent au pôle risques de la direction régionale de l'ONF, de poursuivre les efforts de formation du SDIS, de créer une cellule permanente de recherche des circonstances et des causes de l'incendie (RCCI) et de former les personnels de lutte contre l'incendie à l'écologie de leur territoire, à ses enjeux et aux précautions à prendre. Dans la même logique,le rapport souligne "l'insuffisance des données nécessaires pour qualifier le risque journalier" et suggère que Météo-France, le SDIS, l'ONF et le Parc s'associent pour créer une échelle de danger adaptée aux spécificités locales.

Une opération de réhabilitation n'est pas nécessaire

Quant à la biodiversité, "la principale mesure recommandée est de mettre en place un dispositif d'observation et de suivi de la régénération des milieux et en particulier des espèces patrimoniales et des habitats impactés pendant au moins cinq années". Un comité scientifique de suivi pourrait être constitué autour du conseil scientifique du Parc en associant le conservatoire botanique national de Mascarin, l'ONF et divers experts.

En revanche, "il n'y a pas lieu d'entreprendre d'action spécifique pour réhabiliter les paysages : au vu des zones brûlées dans les années passées, les dynamiques naturelles lui sont apparues suffisamment efficaces pour restaurer ceux-ci relativement rapidement". Il faut néanmoins être attentif à la "divagation persistante de bovins dans le massif", car ils exercent une "sélection négative" pour la biodiversité, notamment après l'incendie. Reste que "la mission a conscience qu'une action de police ne pourra être pleinement efficace sur cette question que si la chambre d'agriculture accepte de s'y investir pleinement". Le rapport appelle donc à "une réflexion (…) sur les pratiques d'élevage et la place du pâturage en partie basse du massif".

Enfin, les bois brûlés, notamment les tamarins et les cryptomerias, "doivent être valorisés, prioritairement dans la filière des bois d'œuvre (ébénisterie et construction) ou comme bois-énergie". La mission appelle donc à soutenir la filière d'ébénisterie du tamarin et la filière bois-énergie en cours de création.

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