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Indice de réparabilité : les distributeurs avancent sur un référentiel pour évaluer les produits

Le groupe de travail sur le réparabilité des équipements électriques et électroniques a commencé ses travaux. Deux distributeurs ont présenté leur propre indice. Un consensus doit maintenant être trouvé.

Décryptage  |  Déchets  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Indice de réparabilité : les distributeurs avancent sur un référentiel pour évaluer les produits
Environnement & Technique N°383 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°383
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La Feuille de route pour l'économie circulaire (Frec) prévoit l'affichage obligatoire d'une "information simple" sur la réparabilité des produits électroménagers et du matériel de bricolage. Cet affichage devrait s'inspirer de l'étiquette énergie. Un groupe de travail réunissant les parties prenantes a été lancé pour élaborer cet indice qui doit entrer en vigueur en janvier 2020. La Frec prévoit qu'il s'appuie sur un "référentiel développé par l'Ademe en concertation avec les parties prenantes". Le ministère de la Transition écologique souhaite que les travaux aboutissent d'ici la fin de l'année, pour le tester en magasin en 2019.

Deux indices proposés par des distributeurs

Pour l'instant, deux distributeurs ont pris les devants. Spareka, spécialiste de la vente de pièces détachées, propose un indice élaboré à partir de trois éléments : la disponibilité des documents (notices, vues éclatées, etc.), la disponibilité des pièces détachées et la réparabilité à proprement parler (simplicité, durée et besoin en outillage, notamment). Ce dernier critère est au cœur de la note finale puisqu'il pèse pour 65% de celle-ci. Cet indice a été testé sur six machines à laver, sur la base des pannes les plus fréquentes et des pièces détachées les plus changées. Il devrait bientôt l'être sur un appareil de jardin. Il peut aussi se décliner pour les petits appareils électroménagers, comme les cafetières, même si "la réparation est très difficile à cause de leur prix bas", explique Floriane Richiardi, responsable communication de Spareka.

Le second indice est celui proposé par la Fnac Darty et appliqué aux ordinateurs portables. L'entreprise reprend les trois critères de Spareka et y ajoute la réinstallation des logiciels. Contrairement à l'indice de Spareka, les quatre critères contribuent à part égale à la note finale. Ce second référentiel semble avoir les faveurs de Brune Poirson qui a choisi le Labo Fnac pour communiquer sur la réparabilté des produits. De même, Halte à l'obsolescence programmée (Hop) est "assez satisfaite" car il est fiable, vérifiable et les travaux sont ouverts aux ONG. D'ailleurs, "Hop a fait bouger les lignes en faisant ajouter la prise en compte des logiciels", fait valoir Laetitia Vasseur, déléguée générale de l'association.

Faire consensus ou orienter les débats ?

A ce stade, Spareka a reçu un "retour positif", estime Floriane Richiardi, responsable de la communication de l'entreprise. Quant au groupe Fnac Darty, il "travaille de façon très transparente et très proche de l'Ademe, du ministère et des associations", explique Régis Koenig, son directeur de la "politique services". Il insiste sur le fait que l'indice a été "co-construit" avec les parties prenantes. Pour autant, ces deux indices présentent le point de vue des distributeurs d'équipements et de pièces détachées. Leurs intérêts ne sont pas forcément compatibles avec ceux de l'ensemble des acteurs. "Le groupe de travail doit être plus consensuel que la Fnac", confirme Régis Koening, rappelant que son entreprise ne doit rendre de comptes qu'à ses clients. Or, l'indice s'appliquera aux fabricants. Ces derniers participent aux travaux, mais, pour l'instant, ils n'ont pas officiellement proposé leur méthode.

D'ailleurs, les travaux de Spareka font l'objet de critiques : les lave-linges les mieux notés sont les plus simples à réparer. Ce critère paraît évident, mais il laisse au second plan le coût des pièces détachées. Certes, une des machines à laver évaluée par Spareka est pénalisée par des pièces détachées très chères (note de 0 sur 8), mais elle se classe tout de même troisième parmi les six appareils testés parce que les réparations sont simples. En accordant de l'importance à ce second critère, au détriment d'autres, Spareka ne cherche-t-il pas à "orienter le débat vers les intérêts des vendeurs de pièces détachées ?", s'interroge Laetitia Vasseur. L'association Hop reproche aussi à l'entreprise d'avoir travaillé seule et de rendre des résultats ambigus et obscures.

La durabilité des produits laissée de côté

Une autre question devra être tranchée : qui attribuera les notes et qui les vérifiera. La DGCCRF pourrait réaliser des contrôles, mais pour l'instant Bercy "regarde de loin" les travaux du groupe de discussion (auquel il participe), rapporte Floriane Richiardi. Sur ce sujet, Fnac Darty a une position claire : l'entreprise mise sur la transparence et une forme d'autoévaluation par les consommateurs. Elle souhaite que les notes et le détail des calculs soient publics pour que les consommateurs et les associations puissent mettre à l'index d'éventuels mauvais élèves. La note globale pourrait être affichée en magasin et le détail publié sur Internet. Le public doit par exemple savoir et vérifier que telle réparation peut être réalisée en quatre étapes. Hop est favorable à cette approche : "les moyens de contrôle de l'Etat sont trop faibles", justifie Laetitia Vasseur.

Reste un dernier point. Le groupe de travail étudie la "réparabilité" des équipements, et pas la "durabilité", comme annoncé en février dernier. Laetitia Vasseur y voit un "aveu de faiblesse" et déplore que le groupe de travail laisse de côté la robustesse des appareils et l'occurrence des pannes. Pourtant, "on est certain qu'il y a des cas d'obsolescence programmée", explique Floriane Richiardi. Ceux-ci seraient surtout liés à la recherche de prix bas dans un secteur très compétitif, explique la responsable de Spareka qui y voit le résultat de "choix contreproductifs" impactant la qualité des matériaux ou aboutissant à un design inadapté. Régis Koenig concède que le résultat des premiers travaux "n'est pas tout à fait au niveau des attentes des associations". Fnac Darty "aimerait aller plus loin, en incluant la prise en compte de la robustesse". Mais il est difficile d'obtenir rapidement des données fiables sur les pannes les plus fréquentes, celles-ci intervenant après la mise sur le marché des produits, parfois même alors que les produits ne sont plus commercialisés. Pour autant, explique l'association Hop, certains produits sont réemployés et ont une seconde vie. Pour ce secteur, la notion de robustesse est importante.

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