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L'industrie automobile en phase avec l'objectif européen de 100 % de véhicules zéro émission en 2035

Après le vote serré des eurodéputés en Commission environnement, la semaine dernière, la proposition de la Commission européenne de 100 % de véhicules neufs zéro émission en 2035 est soutenue par la majeure partie des industriels.

Transport  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
L'industrie automobile en phase avec l'objectif européen de 100 % de véhicules zéro émission en 2035

Ces derniers jours, la Commission environnement (ENVI) du Parlement européen débat du pléthorique projet de règlement Fit-for-55 composé de sept volets, parmi lesquels la réforme du marché carbone, le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'Union européenne et le règlement sur les émissions de CO2 des véhicules légers neufs. Le 11 mai, les membres de la commission ont ainsi adopté, de justesse, par 46 voix pour, 40 contre et deux abstentions, sa position sur une proposition phare portée par la Commission européenne : mettre fin à la vente des véhicules à moteur thermique neufs d'ici à 2035. Les constructeurs automobiles devront réduire les émissions moyennes de leur flotte de 20 % en 2025, par rapport à 2021, de 55 % en 2030 et de 100 % en 2035.

Un vote a rejeté l'inclusion des carburants synthétiques dans le dispositif, au grand dam du Clepa, l'association de l'industrie de la sous-traitance automobile en Europe. Pour la secrétaire générale de ce consortium, Sigrid de Vries, « l'objectif de 100 % mesuré au tuyau d'échappement revient de facto à l'interdiction du moteur à combustion interne, et induit l'abandon d'années d'innovation européenne dans une technologie qui peut être climatiquement neutre ». A contrario, la fédération Transports & Environnement voit dans les e-fuels (carburants de synthèse à faible teneur en carbone) une échappatoire, un moyen de prolonger la durée de vie du moteur à combustion interne.

L'industrie automobile est au pied du mur, ce qui ne va pas sans réticences. La bataille politique qui s'est jouée au sein de la Commission ENVI a pu refléter les enjeux auxquels sont confrontés les industriels, dont certains cherchent à gagner du temps. L'amendement visant à rehausser l'objectif contraignant de ventes de voitures zéro émission de 55 à 70 % en 2030 n'est pas passé, à une voix près. La fixation d'une étape intermédiaire en 2027 a été également rejetée. « Mais d'autres améliorations ont été votées, comme la volonté de créer un fonds de transition juste pour les salariés du secteur ou un régime moins favorable pour les SUV et une accélération du retrofitting des voitures thermiques », s'est félicité l'eurodéputé Pascal Canfin, président de la Commission ENVI et membre du groupe Renew.

Soutenir la cadence de la transition

Des ONG telles que le Réseau action climat Europe et la fédération européenne Transports & Environnement, qui regroupe une cinquantaine d'associations, regrettent cette temporisation. Pour Neil Makaroff, du Réseau action climat, « une incitation à court terme permettrait d'accélérer la mise sur le marché de véhicules électriques moins chers et de constituer une offre de véhicules d'occasion sur un marché plus rapidement mature. Ainsi, les courbes de prix des véhicules neufs (thermiques et électriques, ndlr) pourraient se croiser dès 2026 ». Quant à Alex Keynes, spécialiste des véhicules propres au sein de Transports & Environnement, il pointe que « le boom des véhicules électriques s'essoufflera au cours des dix prochaines années, à moins que les législateurs n'interviennent avec un objectif intermédiaire en 2027 et un objectif plus ambitieux en 2030 ».

 
Tous les constructeurs automobiles ont des plans d'investissement qui les mènent à des trajectoires supérieures à la proposition de la Commission  
Pascal Canfin, eurodéputé, président de la commission ENVI
 
Les eurodéputés espagnols de la Commission ENVI se sont dissociés de la majorité et du rapporteur néerlandais du groupe majoritaire Renew, car l'industrie automobile d'Espagne, représentée par la marque SEAT, est en retard, selon les observateurs. « Stellantis est en retard aussi, c'est Renault qui avait le plus d'avance, note Neil Makaroff, et pourtant Stellantis a rejoint l'objectif de 2030 et 2035, sans doute pour lancer des signaux en direction des investisseurs et des actionnaires. Jusqu'à récemment, PSA investissait encore fortement dans les véhicules diesel. »

Reste qu'il faut que l'outil industriel suive. Les pénuries de matériaux et les difficultés d'approvisionnement dans le contexte de la guerre en Ukraine sont conjoncturelles, selon Alex Keynes. « La question relève en réalité de la volonté politique de maintenir le rythme de cette transition », estime-t-il. Face à cette mutation déjà engagée, l'industrie automobile semble divisée. Une partie de la filière dénonce la future norme Euro 7, qui va renchérir le coût des moteurs thermiques. Luca De Meo, directeur général de Renault, déclarait au Financial Times en début de semaine que le secteur risquait de perdre « 50 000 à 70 000 emplois ». Les principales victimes seront les forges, fonderies et activités mécaniques.

Une industrie déjà en marche

Pourtant, l'eurodéputé Pascal Canfin estimait lors d'une conférence de presse, le 9 mai, que la position du groupe conservateur (PPE), qui refuse l'échéance de 2035 pour la fin du moteur thermique, ne relève que « de pures raisons idéologiques ». Le président de la Commission ENVI observe que « tous les constructeurs automobiles ont des plans d'investissement qui les mènent à des trajectoires supérieures à la proposition de la Commission ». Le groupe Stellantis (Fiat-PSA) s'oriente vers 100 % de véhicules électriques en 2030, Wolkswagen en 2030-2032, Renault vers 75 % en 2030, et Jaguar et Volvo sont déjà très avancés. « La proposition de la Commission ENVI rejoint donc les chiffres des industriels », selon M. Canfin.

Quelques jours plus tard, le 17 mai, dans un courrier conjoint signé avec 26 autres entreprises, une large coalition intersectorielle comprenant Ford Europe et Volvo Cars lance un appel à l'UE pour garantir que toutes les nouvelles voitures et camionnettes en Europe seront à zéro émission à partir de 2035 et pour établir des objectifs d'infrastructures de recharge obligatoires. Alors que quinze marques automobiles se sont volontairement engagées à ne vendre que des voitures électriques en Europe au cours de la prochaine décennie, les signataires affirment qu'il appartient aux décideurs européens de refléter cette détermination par une réglementation ferme des véhicules afin de conforter la conversion de l'industrie, mais aussi pour ses fournisseurs d'infrastructures et clients.

Pour ces industriels, fixer une telle échéance catalysera la transformation systémique de l'industrie automobile européenne et en fera un chef de file mondial dans un secteur clé pour un avenir net zéro. Parmi eux figurent également Iberdrola et Vattenfall, et les entreprises qui exploitent de grandes flottes de véhicules, comme Zurich et Sanofi. Beaucoup s'inquiètent du manque d'approvisionnement en véhicules électriques pour décarboner leurs propres flottes.

Le Parlement européen et les gouvernements des Vingt-Sept décideront de leur position sur l'objectif de véhicules zéro émission pour 2035 lors de la plénière du Parlement européen, les 7 et 8 juin prochains. Après négociations en Conseil européen, le paquet Fit-for-55 devrait être adopté à l'automne.

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