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Pourquoi l'Ineris étudie l'accidentologie de l'exploitation des hydrocarbures en mer

L'Ineris publie un rapport de synthèse de l'accidentologie de l'exploration-production des hydrocarbures en mer. Il doit nourrir la refonte en cours de la réglementation et aider le ministère de l'Ecologie à instruire de nouvelles demandes de permis.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°349 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°349
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L'Institut national de l'environnement et des risques (Ineris) a publié fin mai, à la demande du ministère de l'Ecologie, deux rapports sur la sécurité des activités d'exploration et de production des hydrocarbures liquides ou gazeux. L'un deux est consacré aux enseignements de l'accidentologie de l'exploitation en mer. Ce qui peut paraître étonnant de prime abord puisque la France ne compte aucun forage offshore en exploitation. Mais ce qui l'est moins lorsque l'on sait que le Gouvernement est loin d'avoir renoncé à toute ambition en la matière.

Six demandes de permis en Guyane

"Les ressources potentielles du plateau continental français font en effet l'objet d'attention depuis le début des années 2000 : au large de la Guyane, autour des Iles Eparses dans le canal du Mozambique, au large de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon", rappelle l'Ineris.

Les titulaires du permis "Guyane Maritime" ont procédé à cinq forages d'exploration tandis que six nouvelles demandes de permis de recherche sont en cours d'instruction dans cette zone.

Une autre raison explique ces besoins de connaissance : le Gouvernement doit assurer avant le 19 juillet 2015 la transposition de la directive européenne de 2013 relative à la sécurité des opérations pétrolières et gazières en mer. Pour cela, le ministère de l'Ecologie procède actuellement à la révision du titre "Forages" du règlement général des industries extractives (RGIE) ainsi que des décrets du 6 mai 1971 relatifs à l'exploration du plateau continental et à l'exploitation de ses ressources naturelles.

Risques deux fois plus élevés en mer

 
Une base de données recensant 262 accidents Le travail de l'Ineris est fondé sur la synthèse d'une vingtaine de bases de données étrangères. Ce qui a permis à l'Institut de constituer sa propre base de données recensant 262 accidents répartis sur la période 1969-2015. Le contenu de cette base pourrait être versé à moyen terme dans la base Aria gérée par le ministère de l'Ecologie. Cette base, dédiée au retour d'expérience sur les accidents technologiques, pourrait en effet s'ouvrir aux accidents liés à l'exploration-production des hydrocarbures, mais aussi à la géothermie et aux stockages souterrains.
 
Que nous apprennent les travaux de l'Ineris ? Fondés sur une revue internationale des bases de données existantes (voir encadré), ils nous éclairent à la fois sur la sécurité des travailleurs et sur les risques d'accidents majeurs. En ce qui concerne la première, il ressort que les risques sont deux fois plus élevés en mer qu'à terre. "La phase la plus accidentogène est le forage qui occasionne 50% d'accidents de plus que les opérations de production", explique l'auteur des rapports, Franz Lahaie. Cette compilation fait également ressortir un taux d'accident du travail plus élevé en Europe, qui s'expliquerait par les conditions plus difficiles de la mer du Nord, et plus élevé chez les personnels sous-traitants que chez les salariés. Elle pointe également de fortes disparités entre les exploitants.

En ce qui concerne les accidents majeurs, l'Ineris met en lumière une nette amélioration de la sécurité depuis les années 90. "75% des accidents majeurs sont en effet survenus avant 1990", relève l'Institut. Les deux accidents les plus graves en termes de victimes datent en effet de 1980 (Alexander L Kielland) et 1988 (Piper Alpha), tous deux en mer du Nord.

Les éruptions de puits, qui ne représentent que 8% des accidents, sont ceux qui présentent les potentiels de dommages les plus sévères sur l'environnement, relève le rapport. Le risque est très variable selon la profondeur (X 6 à plus de 4.500 m de profondeur), les incertitudes sur la géologie (X 2 pour les forages d'exploration) et selon la nature des fluides (X 2 pour les puits à gaz). En phase de production, le risque d'éruption est beaucoup plus faible, sauf pendant les phases de maintenance ou de réparation lourde (workover).

L'accident le plus important en ce qui concerne les rejets accidentels en mer est celui du puits Macondo après l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon en 2010. Il a donné lieu au déversement de 716 milliers de mètres cubes de pétrole dans le golfe du Mexique. "Les rejets très importants sont liés à la durée des accidents", souligne M. Lahaie, qui précise qu'il existe maintenant des dispositifs de coiffage des puits (capping device) acheminables en moins de 10 jours, permettant ainsi de limiter les volumes de rejets accidentels.

La poursuite de ces travaux de synthèse des retours d'expérience étrangers doit maintenant conduire l'Ineris à élaborer un guide technique. Réalisé pour le compte du ministère de l'Ecologie, ce guide sera destiné à aider les industriels à réaliser les études de dangers (EDD) des futures installations d'exploration-production d'hydrocarbures.

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