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L'innovation pour accélérer la transition vers une économie décarbonée

Innover pour baisser le coût des énergies bas carbone et les diffuser. Tel est le défi de la Mission Innovation lancée lors de la COP 21, portée par 20 pays. Figure la France, second pays européen en nombre d'inventions dans les technologies vertes. 10 décembre 2015

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Environnement & Technique N°354 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°354
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Les ministres de l'Energie des Etats-Unis, de l'Inde, de la Chine ou encore du Japon, réunis le 8 décembre à la COP 21, aux côtés de leur homologue française Ségolène Royal et du directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) Fatih Birol, ont réaffirmé leur engagement à financer les technologies innovantes bas-carbone et accroître leur diffusion dans les pays en développement.

Aux côtés des ministres de l'Energie et de l'Environnement de quinze autres pays (Allemagne, Arabie Saoudite, Australie, Brésil, Canada, Chili, Corée du Sud, Emirats Arabes Unis, Indonésie, Royaume-Uni, etc.), ils entendent doubler d'ici 2020 leur budget R&D alloué à la recherche publique pour accélérer l'innovation dans les énergies propres, dans le cadre de l'initiative "Mission Innovation" lancée le 30 novembre dès l'ouverture de la COP. Ils devraient donc investir près de 20 milliards de dollars (19 milliards d'euros) d'ici à 2020.

Ces 20 pays partenaires représentent ensemble 75% des émissions de CO2 mondiales du secteur de l'énergie et environ 80% de la recherche mondiale de l'énergie propre.

Partenariat public-privé : moteur de l'innovation

Pour concrétiser leur financement, ces Etats misent sur une coopération avec le secteur privé, au travers de la "Breakthrough Energy Coalition", lancée par le fondateur américain de Microsoft, Bill Gates, pesant plusieurs milliards de dollars. Cette Coalition regroupe 28 investisseurs dont ceux du secteur de la high-tech, originaires de dix pays à l'instar de Facebook, Amazon, Iliad et Virgin. Figurent également le géant chinois de l'e-commerce Alibaba et le conglomérat indien Tata. Ces investisseurs privés accompagneront le développement de ces technologies par un apport de capitaux privés dans les pays qui ont rejoint l'initiative "Mission Innovation". Cinq secteurs seront privilégiés : l'électricité, les transports, l'industrie, l'agriculture et l'efficacité des systèmes énergétiques.

"Mission Innovation" contribue à l'Agenda des solutions de la COP 21 pour une économie décarbonée, dans le cadre du Plan d'actions Lima-Paris (LPAA). Le 8 décembre, les ministres des pays participants ont souligné "les bénéfices" des partenariats public-privé pour stimuler l'innovation. "Nous devons joindre nos forces entre l'investissement public et l'investissement privé. Le principal changement dans la dynamique des COP, c'est l'investissement fort des entreprises. Le secteur privé est impliqué pour développer de nouveaux leviers de croissance verte", a déclaré Ségolène Royal.

Les pays et les entreprises "travaillent ensemble pour faire venir sur le marché des technologies « censées »", a ajouté Ajay Mathur, responsable du bureau d'études sur l'efficacité énergétique du gouvernement indien. Et de citer comme exemples : le passage à l'éclairage Led (lampe à diode électroluminescente) et le besoin de technologies de stockage "accessibles qui permettent d'augmenter la production des énergies renouvelables". Or, "il existe une période de cinq à sept ans avant d'être prêts à commercialiser certaines technologies. La Mission Innovation doit permettre de se donner un objectif de développement du solaire photovoltaïque" ou encore "des biocarburants de troisième génération", a poursuivi M. Mathur.

Baisser encore les coûts

Ces recherches doivent servir à "faire baisser le prix" des énergies bas carbone, a souligné Ernest Moniz, secrétaire américain à l'Energie. Le développement de ces technologies "sera lié à la baisse de leurs coûts". "Depuis [la Conférence sur le climat de] Copenhague en 2009, nous avons assisté à une baisse de 30 à 90% des coûts de l'éolien terrestre, du solaire et des Led. Il faut continuer à réduire ces coûts, en particulier dans le stockage de l'électricité", a-t-il indiqué. Le coût du stockage "n'a pas assez baissé pour pénétrer le secteur automobile".

Le directeur de l'AIE, Fatih Birol, estime également nécessaire la baisse des coûts pour diffuser les technologies propres et "plus efficaces". Il a rappelé que le secteur énergétique est actuellement responsable de plus des deux tiers des émissions mondiales de CO2. Les contributions nationales des 180 Etats (INDC) parviennent aujourd'hui à "une hausse de 2,7°C des températures moyennes mondiales qui dépasse les objectifs de 2°C", a-t-il prévenu. "Il faut donc des mesures supplémentaires. Accélérer l'innovation technologique est au cœur de la lutte contre le changement climatique, de la réduction de la pollution locale et de la sécurité de l'approvisionnement énergétique", a-t-il indiqué. Le chef de l'AIE a de nouveau plaidé pour l'élimination progressive des subventions des pays aux combustibles fossiles. Il a aussi jugé difficile de fixer un prix carbone pour lutter contre le réchauffement.

De son côté, Liu Zhenya, président du conseil d'administration de la State Grid Corporation of China, gestionnaire de réseaux, a souligné le "besoin d'interconnexions entre les réseaux et d'innovation dans le transport d'électricité haute tension".

Europe : l'innovation française en pointe

Concernant la France, Ségolène Royal a précisé que le programme d'investissements d'avenir (PIA) débloquera 400 millions d'euros par an d'ici 2020 en faveur des innovations bas carbone. Elle a appelé à flécher ces investissements vers les énergies renouvelables et leur stockage, l'efficacité énergétique, les véhicules électriques de masse ou encore le "biomimétisme, sujet majeur d'innovation".

"La prochaine révolution écologique se fera sur le stockage de l'énergie", estime la ministre. Elle soutient également le projet français de micro-satellite "MicroCarb", développé par le Centre national d'études spatiales (Cnes) visant à cartographier et mesurer la répartition des émissions de CO2 à l'échelle planétaire. Son lancement est prévu en 2020. La France s'est engagée dans ce projet à hauteur de 25 M€ en première phase, dans le cadre du PIA.

Selon une étude de l'Office européen des brevets (OEB) et du Programme des nations unies pour l'environnement (Pnue) publiée le 8 décembre, en marge de la COP, la France est le deuxième pays européen en termes de nombre d'inventions dans les technologies visant à atténuer le changement climatique, après l'Allemagne. "Les entreprises françaises sont à la pointe dans les innovations dédiées au captage et au stockage du carbone dans le monde avec en tête du classement Air Liquide (numéro 1), Alstom (numéro 3) et IFP Energie nouvelles (numéro 5), qui déposent le plus de brevets dans ce domaine", précise l'étude. Les technologies durables représentent aujourd'hui 6% des inventions dans le monde, contre 2% en 1995.

Un cinquième de ces innovations sont réalisées en Europe, selon cette étude. Carlos Moedas, Commissaire européen à la recherche, à l'innovation et à la science, a annoncé le 8 décembre à la COP 21 qu'au moins 35% des 77 milliards d'euros du budget du programme de recherche et d'innovation de l'UE "Horizon 2020" seront dédiés aux actions en faveur du climat, en particulier dans les technologies à faibles émissions carbone.

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