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Valoriser les résidus organiques pour produire des insectes : une filière aux multiples promesses

La valorisation des résidus organiques pourrait connaître une nouvelle évolution avec l'alimentation d'insectes destinés à l'alimentation. Tous les feux sont au vert pour cette nouvelle filière nous explique Emmanuel Adler, président du Réseau interprofessionnel des sous-produits organiques.

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Environnement & Technique N°372 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°372
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Que faire des résidus organiques, tout particulièrement visés par la loi de Transition Energétique ? Après la méthanisation et le compostage, se dessine une nouvelle filière au potentiel prometteur : la production d'insectes pour la chaîne alimentaire. Une voie qui fût le cœur d'une conférence internationale organisée le 29 juin 2017 sur le campus VetAgro Sup à Lyon par le RISPO, Réseau interprofessionnel des sous-produits organiques. Le thème a mobilisé de nombreux acteurs convaincus de l'intérêt de la filière sur ce lieu symbolique, car Lyon a vu naître la première Ecole Vétérinaire au Monde en 1761 à l'initiative de Claude Bourgelat, et ce sont les autorités en charge de la santé publique animale, donc les vétérinaires, qui déterminent les conditions d'emploi des insectes dans la chaine alimentaire.

Un cadre réglementaire en évolution

Comme l'a rappelé Brigitte Heidemann du ministère de l'Agriculture, depuis le 1er juillet 2017, l'Union européenne autorise la consommation par les poissons d'élevage de farines produites à base de sept espèces d'insectes. Sont ainsi concernés la mouche soldat noire (Hermetia illucens), la mouche domestique (Musca domestica), et cinq types de ténébrion et grillons. Optimistes, producteurs d'insectes comme collecteurs de déchets attendent la prochaine ouverture du marché des aliments à base d'insectes pour les porcs, et surtout les volailles.

Mais divers obstacles freinent encore à ce jour l'essor de cette activité innovante, principalement de nature réglementaire, avec en premier lieu la question des intrants autorisés pour nourrir les insectes. Adoptés dans l'objectif de préserver la santé publique vétérinaire animale et humaine, les règlements européens n°1069/2009 et 142/2011 relatifs aux sous-produits animaux (SPAn), non ou plus destinés à la consommation humaine, fixent des règles très strictes sur la gestion des SPAn. Les sous-produits animaux sont ainsi collectés, traités et utilisés ou détruits conformément à des règles communautaires harmonisées, depuis leur génération en élevage ou en industrie agro-alimentaire (IAA), jusqu'à leur utilisation ou élimination. Enfin, bien que consommés par près de 2 milliards d'êtres humains, les insectes sont à ce jour interdits en alimentation humaine en application du règlement n°258/97.

Les multiples enjeux de la production d'insectes

L'Homme entretien une histoire complexe avec les insectes selon l'expert de la FAO, Paul Vantomme. Si nombreux sont ceux qui, insectophobes, ont en mémoire les plaies d'Egypte où pullulent moustiques, mouches et sauterelles, la domestication des abeilles est attestée en Egypte dés le XXIVe s. av. J.C., la fabrication d'une verminière pour produire des asticots pour les volailles étant décrite par Olivier de Serres dès 1660. Illustration de cette proximité, le colorant rouge du célèbre apéritif Campari est le jus de cochenilles de Lanzarote, qui se retrouve aussi dans le rouge à lèvre et le milk-shake framboise.

Les chercheurs toutefois ne délaissent pas ce secteur. Samir Mezdour d'AgroParistech participe par exemple au programme Desirable financé par l'Agence nationale de la recherche (ANR) sur la conception d'une bioraffinerie d'insectes pour contribuer à des systèmes agroalimentaires plus durables. A l'ISARA, Ecole d'ingénieurs en agriculture, environnement et agroalimentaire, Dominique Vallod s'intéresse tout particulièrement à l'enjeu de l'aquaculture, qui consomme la farine de poissons issus de la pêche minotière laquelle représente 27% des captures de la pêche maritime. Activité en progrès, les poissons d'élevage pèsent pour plus de 50% des produits aquatiques consommés par les êtres humains, contre 10% dans les années 1970.

Signe patent de cet engouement, les start-ups s'activent à l'instar de NEXTALIM qui démarre une usine de 15 kt/an à Poitiers, MUTATEC à Châteaurenard, ENTOMO-FARM à Blanquefort, INNOVA-FEED à Evry, YNSECT et sa cinquantaine de salariés à Dole qui obtenu en 2017 une somme de 35M€, et MICRONUTRIS à Toulouse. Des différences de stratégies sont ainsi mises à jour, en termes du choix d'insecte, mais aussi du substrat employé pour les nourrir, ou de destination finale du produit (feed, food, pharmacologie…). Ces pionniers de l'élevage animal de demain sont promis à un bel avenir car les insectes, au-delà de leur caractère nuisible, présentent de nombreuses qualités.

Les insectes, matière première alimentaire

Si l'on recense près de 2.000 espèces différentes comestibles consommées par l'homme dans le monde, régime naturel de nombreux poissons et oiseaux, le taux de conversion des insectes, qui exprime la quantité de nourriture requise pour produire une augmentation de poids de 1 kg, est 4 fois supérieure à celle des bovins. Les protéines, acides gras et nutriments (cuivre, phosphore, sélénium…) d'insectes sont de haute qualité, pour le bétail comme pour l'homme, et permettent de produire des compléments alimentaires très intéressants, avec une très bonne teneur en fibres et un risque allergénique réduit.

Illustration pour la pisciculture avec Guillaume Gras d'Innovafeed, qui démontre avec des essais menés sur élevage de truites que le taux de digestibilité de mouche soldat noire est compris entre 87 et 93%, avec une valeur comparable voire supérieure à certaines farines de poisson.

Un bilan environnemental intéressant

Sur le plan environnemental, l'élevage d'insectes, qui exige une consommation d'eau très réduite avec de faibles émissions de gaz à effet de serre, constitue une filière de valorisation des résidus organiques performante, bien plus compacte et efficace que le compostage, la méthanisation ou encore l'incinération. Ultra-performantes, les larves se multiplient ainsi sur des résidus organiques à vitesse grand V, avec un poids multiplié par 5.000 en trois semaines. Au niveau écologique, les insectes permettent de limiter la surpêche, mais aussi la déforestation exigée pour produire toujours plus de protéines de soja brésilien. Quant au devenir des fientes d'insectes, frass en anglais, la fertilisation organique des sols, par plan d'épandage ou dans le cadre d'une démarche produit, offre des perspectives prometteuses, en particulier en agriculture biologique. Très encadrés par les Pouvoirs Publics, les insectes sont en effet considérés comme des animaux d'élevage en application du point 6(a) de l'article 3 du règlement (CE) n°1069/2009, et des autorisations spécifiques sont exigées pour leur production en France (agrément sanitaire préalable, exigences en matière d'hygiène et de traçabilité, autocontrôles...) comme pour la gestion de leurs déjections.

La dimension économique de l'élevage d'insectes

Sachant qu'entre 1967 et 2010, la consommation de protéines animales a augmenté de 87% dans le monde, les insectes constituent une ressource opportune pour le marché très concurrentiel du feed. Si aujourd'hui seule la valorisation en pisciculture est autorisée, les volailles devraient à terme être concernées, comme l'a précisé Bernard Devoucoux, président de la commission bio du Synalaf, Syndicat des Labels Avicoles de France. Signe du dynamisme de ce marché en devenir, les acteurs se développent à l'international, à l'instar du Néerlandais Protix qui a levé 45M€, du Belge Millibeter, de Hermetia en Allemagne, ou de Bioflytech en Espagne, l'Irlandais Exafly ayant tout récemment touché 1 M€. Actuellement, le secteur du pet food, aliment pour les animaux de compagnie est très porteur, avec une niche constituée par des propriétaires végétariens qui préfèrent les protéines d'insectes à la viande d'élevage.

D'autres débouchés sont à l'étude, comme la production de combustibles (graisses fondues), la fabrication de biocarburants et même la production de médicaments et cosmétiques. Plusieurs modèles économiques se dessinent, avec de grandes unités de l'ordre de 20kt/an, mais également des fermes de taille réduite, ce qui devrait permettre de mailler le territoire en fonction des gisements. Enfin, privilège que ne présentent pas les énergies renouvelable comme la méthanisation, le secteur des insectes relève du marché non régulé des matières premières alimentaires, et donc ne dépend pas de subvention dans la durée.

Avec les prochaines évolutions réglementaires annoncées, d'abord en alimentation animale mais probablement aussi en alimentation humaine, sous forme d'insectes entiers grillés assaisonnés pour l'apéro, de farines ou d'huiles incorporées dans nos aliments, cette ressource, quasi inépuisable, fera de l'activité d'entomoculteur un maillon de l'économie circulaire. Le rendez-vous est d'ailleurs pris pour la seconde édition de la Conférence Internationale du RISPO sur cette filière au printemps 2018 sur le campus VetAgro Sup à Lyon.

Avis d'expert proposé par Emmanuel Adler, Spécialiste de la gestion des eaux & déchets, Président du Réseau Interprofessionnel des Sous-Produits Organiques (RISPO)

Réactions2 réactions à cet article

 

Les actes de la conférence internationale sur le thème "production d'insectes pour la chaîne alimentaire à partir de résidus organiques" du 29 juin 2017 à VetAgro Sup à Lyon par le RISPO sont accessibles via le lien http://rispo.org/index.php/Publications/61

RISPO | 18 juillet 2017 à 09h54
 
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Bonjour
Les vaches folles ont été contaminées par de la farine provenant de déchets.

Lyseconcept | 17 août 2017 à 11h51
 
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