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Perturbateurs endocriniens : l'Inserm quantifie pour la première fois l'effet cocktail

L'Inserm a mis au point un modèle mathématique capable d'évaluer les effets de plusieurs molécules en mélange. L'institut a étudié onze perturbateurs endocriniens et mis en évidence des effets 10 à 1.000 fois plus élevés que pour la molécule seule.

Risques  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com

Les effets d'une molécule chimique sont-ils exacerbés lorsqu'elle est en mélange ? La communauté scientifique le suppose depuis de nombreuses années. C'est ce qu'elle appelle "l'effet cocktail". Mais combien de fois la molécule est-elle plus puissante en mélange que lorsqu'elle est seule ? C'est à cette question, non résolue, que l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a cherché à répondre. Les premiers éléments ont été publiés dans la revue Environmental Health Perspectives. Ils sont le résultat des travaux menés par les chercheurs de l'Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset) avec l'appui de collègues du CHU de Rennes, du Pr Andréas Kortenkamp et du Dr M Scholze de l'Université de Brunel à Londres.

Mise au point de modèles mathématiques

Les chercheurs démontrent pour la première fois chez l'Homme que l'exposition simultanée à des molécules potentiellement perturbatrices endocriniennes exacerbe les effets observés avec les molécules indépendamment les unes des autres. Des preuves de l'existence de cet effet cocktail avaient été apportées chez différentes espèces animales et sur des cultures de cellules mais jamais sur l'Homme. C'est chose faite.

Pour cela, les auteurs de l'étude ont développé des modèles de prédiction mathématique de ces effets combinés à partir des profils toxicologiques individuels des molécules. Ils ont ainsi criblé 27 molécules, comportant 7 médicaments, 14 molécules chimiques d'usage industriel (pesticides…) et 6 molécules dites socio-culturelles (alcool, caféine…). Onze molécules ont été identifiées comme perturbatrices endocriniennes, plus particulièrement comme anti-androgènes (anti-testostérone), dont certaines pour la toute première fois chez l'Homme. Ces 11 molécules ont ensuite été passées au crible des modèles mathématiques. En parallèle, quatre mélanges ont été testés sur le testicule fœtal humain.

Les résultats expérimentaux corroborent les prédictions mathématiques. "Ceci démontre d'une part, que le modèle établi par les auteurs de l'article est capable de mettre en évidence, pour la première fois sur un organe humain, des effets cocktails et, d'autre part, que les effets combinés observés sont mathématiquement prédictibles", souligne l'Inserm dans un communiqué.

Des effets 10 à 1.000 fois supérieurs en mélange

Grâce à ces modèles, les chercheurs ont pu démontrer qu'en mélange ces molécules peuvent avoir des effets 10 à 1.000 fois supérieurs que si elles sont seules. "Il existe une fenêtre de sensibilité bien précise au cours du 1er trimestre de développement du fœtus pendant laquelle l'exposition simultanée à des doses faibles de plusieurs perturbateurs endocriniens, laisse entrevoir un risque pour le futur appareil génital et reproducteur de l'enfant", précise Bernard Jégou, directeur de l'Irset, chercheur Inserm, directeur de la recherche de l'Ecole des Hautes études en santé publique et coordinateur de cette étude. "Il apparaît désormais clair, que continuer à focaliser les recherches sur ces produits chimiques « individuels » est de nature à sous-estimer le risque lié à leurs expositions simultanées, particulièrement chez les femmes enceintes", explique l'Inserm dans un communiqué.

Cette étude met en évidence l'urgence de poursuivre les recherches sur les mélanges de molécules, de caractériser ces mélanges auxquels les individus sont exposés et de les tester sur des modèles. L'autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa) est en train d'élaborer des méthodes d'évaluation des risques liés à l'exposition combinée à de multiples produits chimiques ("projet MixTox"). Elle propose de classifier ces substances en groupes d'évaluation cumulée (CAGs), en se basant sur des propriétés toxicologiques similaires. Elle a également recensé les approches d'évaluation de l'impact de l'exposition à des mélanges chimiques de différents pays et institutions (Norvège, Etats-Unis, Royaume Uni, OMS et Commission européenne) et défini les priorités futures pour une harmonisation des terminologies et des méthodologies. Ces nouvelles méthodologies sont en cours d'approbation.

Réactions2 réactions à cet article

 

Publication très intéressante; merci de donner les références bibliographiques pour y accéder!

DVC | 15 septembre 2017 à 10h03
 
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Bonjour,

Le lien vers l'étude en question est dans l'article mais je vous le remets ci-dessous :
https://ehp.niehs.nih.gov/ehp1014/

Florence Roussel Florence Roussel
20 septembre 2017 à 11h29
 
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