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Sortie du glyphosate : les usages désormais interdits et… les autres

Suite à l'évaluation des alternatives existantes à l'utilisation du glyphosate, l'Anses interdit désormais certains usages dans le cadre des autorisations de mise sur le marché, avec des conséquences sur le terrain en demi-teinte.

Agroécologie  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
Sortie du glyphosate : les usages désormais interdits et… les autres

Après plusieurs mois de travaux, l'Anses a enfin fait le tri dans les usages du glyphosate pour identifier ceux qui n'ont pas d'« alternative non chimique possible à court terme ». Réciprocité positive, elle a aussi listé les usages qui en avaient et qui seront désormais systématiquement interdits. « Ces restrictions sont désormais prises en compte par l'Agence pour délivrer les autorisations de mise sur le marché (AMM) des produits à base de glyphosate », prévient-elle en tant que responsable de la délivrance de ces AMM.

L'évaluation a porté sur quatre principaux domaines d'utilisation : la viticulturel'arboriculture fruitièreles grandes cultures et la forêt. Résultats en viticulture : interdiction d'utiliser du glyphosate entre les rangs de vigne. L'alternative est le maintien de l'herbe ou le désherbage mécanique sauf dans les situations où le désherbage mécanique n'est pas réalisable (vignes en forte pente ou en terrasses, sols caillouteux, vigne-mères de porte-greffes). Les autres usages, comme le désherbage des rangs, restent autorisés mais avec une restriction de la dose annuelle maximale autorisée à 450 g de glyphosate par hectare. Les applications sont limitées à 20 % de la surface de la parcelle, cela représente une réduction de 80 % par rapport à la dose maximale actuellement autorisée, selon l'Anses.

Même approche pour l'arboriculture fruitière : interdiction entre les rangs d'arbres fruitiers sauf dans les situations où le désherbage mécanique n'est pas réalisable (récolte mécanique des fruits au sol ou productions de type buissonnant). Et pour tous les autres usages, restriction de la dose annuelle maximale autorisée à 900 g de glyphosate par hectare, sur 40 % de la surface de la parcelle max. « Soit une réduction de 60 % par rapport à la dose maximale actuellement autorisée », calcule l'Anses.

Pour les grandes cultures céréalières, le glyphosate est essentiellement utilisé entre les cultures pour éviter les mauvaises herbes ou les repousses. L'Anses estime que cet usage peut être remplacé par le labour. Le glyphosate est donc désormais interdit lorsque la parcelle a été labourée entre deux cultures, sauf en cas de luttes obligatoires réglementées. Pour les autres usages encore autorisés, la dose annuelle maximale autorisée descend à 1 080 g par an et par hectare, soit une réduction de 60 % par rapport à la dose maximale actuellement autorisée.

Enfin, pour la forêt, le glyphosate ne pourra plus être utilisé pour la dévitalisation des souches mais il sera autorisé pour l'entretien en période d'installation du peuplement. L'autorisation est maintenue pour les pépinières forestières et les vergers à graines.

Quelle portée pour ces interdictions ?

Selon l'Anses, l'application de ces nouvelles restrictions va de fait restreindre les AMM. Elle a d'ores et déjà annoncé fin septembre aux détenteurs d'AMM le renouvellement de trois produits et deux nouvelles autorisations de mise sur le marché avec ces nouvelles conditions. Quatre décisions de retrait ou de refus de mise sur le marché ont également été notifiées. « Pour les produits qui bénéficient d'un renouvellement de leur AMM, les restrictions d'usage seront mises en application dans un délai de six mois. Cette limitation des conditions d'emploi et des doses par hectare contribuera à réduire dès 2021 les quantités de glyphosate utilisées en France », explique l'agence. Mais difficile d'évaluer concrètement si le volume de glyphosate utilisé en France va baisser. Dans tous les cas, on semble loin de l'objectif d'interdiction fixé par le Gouvernement pour 2021.

Car dans cet exercice très cadré, l'Anses s'est focalisée sur les alternatives déjà utilisées couramment. Si l'interdiction va les généraliser, la portée réelle sera limitée. L'agence n'a ainsi pas retenu les alternatives qui nécessiteraient « une modification substantielle des pratiques, qui aurait un fort impact sur l'activité agricole ». Ce cadrage très restreint est lié au contexte réglementaire dans lequel il intervient. La saisine de l'Anses s'est faite sur la base du règlement européen relatif à la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, qui stipule qu'une AMM ne peut être retirée par un État membre que s'il existe une ou plusieurs méthodes alternatives, chimiques ou non chimiques, de prévention ou de lutte pour la même utilisation et si elles sont d'usage courant. Sur le plan réglementaire, l'Anses ne pouvait pas aller loin.

 
Certaines alternatives, bien que considérées non courantes aujourd'hui, pourraient le devenir demain, avec quelques aides PAC ciblées  
Générations futures
 
Mais pour l'association Générations futures, le rapport est décevant sur d'autres plans car les interdictions choisies ne sont le reflet de ce qui se fait déjà : « le rapport recommande de réduire la quantité annuelle maximale par ha de glyphosate à 1080 g de substance active par ha (par rapport à un maximum de 2080 g/ha actuellement). Là encore la réduction avancée est en trompe l'œil car le rapport précise par ailleurs que « la dose moyenne de glyphosate appliquée par parcelle est de 824 g/ha » actuellement. Plafonner à 1080 g/ha ne va donc pas changer grand-chose… ».

L'association regrette par ailleurs que le rapport ne souligne pas que certaines alternatives sont appropriables à court terme si un plan d'aide à l'investissement pour les producteurs est mis en place rapidement. « Ces alternatives ont été sélectionnées en observant les pratiques d'une agriculture aujourd'hui très dépendante au glyphosate sans chercher à retenir celles qui, bien que considérées non courantes aujourd'hui, pourraient le devenir demain, avec quelques aides PAC ciblées pour la réduction des pesticides par exemple », explique l'association. Elle voit dans ce rapport « une sorte de statu quo » qui n'encourage pas la montée en puissance d'alternatives.

Les céréaliers dénoncent l'incohérence des mesures

En réaction à ces restrictions, l'Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) dénoncent des mesures incohérentes avec les enjeux climatiques. « Pour se passer de glyphosate, la solution proposée est sans surprise : le retour au labour des terres, avec les conséquences économiques et environnementales que cela génère, explique Eric Thirouin, président de l'AGPB. A l'heure, où il est demandé aux agriculteurs de réduire leur empreinte carbone, l'Anses leur recommande de relancer le labour, clairement défavorable au stockage du carbone dans les sols et de remettre un nombre conséquent de tracteurs dans les champs. »

Réactions1 réaction à cet article

 

Qu'il est difficile de sortir d'une addiction lourde à une drogue dure.

Pégase | 10 octobre 2020 à 21h04
 
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