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« Climat et biodiversité doivent désormais être abordés ensemble »

Pour la première fois, le Giec et l'IPBES ont mené un travail commun sur les liens entre changement climatique et effondrement de la biodiversité. Anne Larigauderie explique ces liens et les solutions communes à mettre en œuvre.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
   
« Climat et biodiversité doivent désormais être abordés ensemble »
Anne Larigauderie
Secrétaire exécutive - Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES)
   

Actu-Environnement : Ce travail commun entre les deux plateformes scientifiques est-il une première ?

Anne Larigauderie : Oui, tout à fait. C'est l'une des raisons pour lesquelles ce rapport revêt une importance particulière. C'est la première collaboration entre les deux organismes qui se sont chargés de fournir des expertises scientifiques, d'un côté sur le changement climatique, de l'autre sur la biodiversité. C'est important du point de vue du processus mais aussi du fond, sur les conclusions.

AE : Quels sont les principaux enseignements qui ressortent de ce travail commun ?

AL : Quatre choses. La première, c'est que le changement climatique et la perte de biodiversité sont les deux grandes crises environnementales qui compromettent sérieusement l'avenir de l'humanité. Ensuite, que ces défis environnementaux sont inextricablement liés l'un à l'autre. La troisième, c'est qu'il existe des solutions qui bénéficient à la fois à l'atténuation du changement climatique et à la réduction des atteintes à la biodiversité. La quatrième, et la plus importante, c'est que les politiques précédentes et actuelles ont largement abordé ces défis de manière indépendante. Ce qui peut conduire à des problèmes, en particulier liés à l'impact de certaines politiques d'atténuation du changement climatique sur la biodiversité. Désormais, ces deux grands défis doivent être abordés ensemble, non seulement au niveau scientifique mais aussi au niveau politique.

AE : Avez-vous des exemples d'actions d'adaptation au changement climatique néfastes pour la biodiversité ?

AL : Les scénarios prévus par le Giec pour rester à 1,5 °C ou 2 °C, en particulier ceux qui ne sont pas accompagnés de réduction importante des émissions, prévoient de déployer à très grande échelle des cultures pour la production de bioénergies. On parle de surfaces d'environ 500 millions d'hectares, une surface plus grande que l'Inde. Ce déploiement conduirait à une compétition entre bioénergies et biodiversité car, à cette échelle, on mettrait en culture des zones qui sont actuellement des aires protégées. On a là une concurrence très importante entre lutte contre le changement climatique et protection de la biodiversité, mais aussi vis-à-vis de la sécurité alimentaire.

AE : Quelles sont les solutions bénéfiques aux deux problématiques ?

AL : Il existe des manières de faire qui peuvent bénéficier à la fois au climat et à la biodiversité. Ces solutions n'ont pas pour l'instant été vraiment prises en compte par les négociateurs qui ont une préoccupation strictement climat. Dans le contexte de la convention sur le changement climatique, on parle très peu de biodiversité. En fait, ces deux problématiques ne font qu'une : un problème environnemental d'importance avec différentes facettes complexes. Le Giec et l'IPBES montrent la voie à travers ce premier atelier de travail. On espère qu'elle mènera un jour à une évaluation en commun.

AE : Faut-il faire évoluer la gouvernance ? Est-ce justifié d'avoir deux conventions internationales distinctes ?

AL : Si c'était à refaire, ce serait plus judicieux de ne pas les séparer. Mais la modification de cette gouvernance est très compliquée avec le processus des Nations unies. Je ne suis pas certaine qu'on ait le luxe de se lancer dans de grandes réformes institutionnelles. Une fusion des deux grandes conventions prendrait des années. Au vu des urgences climatiques et biodiversité, il est plus judicieux d'apporter une composante climat dans la convention biodiversité. Mais c'est surtout l'inverse qu'il est important de mettre en œuvre : construire une grande composante nature au sein de la convention climat.

AE : Des avancées sont-elles attendues des deux Cop climat et biodiversité qui doivent se tenir cette année ?

AL : La Cop 15 biodiversité est très importante car elle va négocier un nouvel accord-cadre sur la biodiversité pour 2030 avec un sentiment d'urgence accru. Dans ce contexte, on a des ambitions importantes. L'une d'elle est de protéger 30 % de la surface totale terrestre et marine. Ce sera aussi important pour protéger le climat. Cela fait partie des solutions fondées sur la nature. Il est mieux que la nature nous apporte elle-même une partie de la solution. Les écosystèmes naturels absorbent environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre, en particulier les forêts. Si on augmente la surface de ces écosystèmes, si on les gère de meilleure manière et si on les restaure, on protége la biodiversité et toutes les contributions qui en découlent (filtration de l'eau, pollinisation, etc.), mais on préserve aussi le climat.

AE : Et pour la Cop 26 sur le climat ?

AL : La présidence britannique de la Cop 26 a pris des engagements. Parmi les quatre grands objectifs de la conférence figurent la réduction de la déforestation ainsi que la protection et la restauration des écosystèmes. Le G7, qui s'est réuni cette semaine, a également parlé de l'importance de la biodiversité.

AE : Au final, comment peut-on résoudre cette double crise majeure ?

AL : L'idée fondamentale qui demeure, c'est qu'il faut toujours penser aux causes sous-jacentes. Ces causes sont nos modes de consommation. Même si on convertit des zones importantes en forêt, la nature ne va pas résoudre à elle-seule tous les problèmes du changement climatique. La priorité essentielle demeure la réduction des émissions. Il faut éliminer les subventions néfastes qui encouragent les combustibles fossiles, notamment pour l'agriculture, et l'utilisation des engrais. Il faut modifier nos préférences alimentaires avec une alimentation moins basée sur la viande et ne pas utiliser de produits à base d'huile de palme. Le fait que les virus s'échappent de la nature est aussi lié à ces problèmes de transformation des écosystèmes. En modifiant nos modes de consommation, on peut résoudre les problèmes de biodiversité, de changement climatique, de santé et d'émergence des zoonoses. Beaucoup de choses peuvent aussi être faites au niveau individuel.

Réactions8 réactions à cet article

 

Il n'y a pas de biodiversité sans eau et il n'y pas de climat sans eau !
ce n'est pas la biodiversité qui sauvera le climat mais c'est en sauvant le climat qu'on sauvera la biodiversité !
On nous a fait croire que le dérèglement climatique avait provoqué les sécheresses en perturbant le cycle de l'eau et c'est exactement l'inverse ! NOUS avons perturbé le cycle de l'eau et donc déréglé le climat sur les continents par la déforestation !
la régulation thermique de l'atmosphère est automatique tant que les surfaces exposées au soleil sont couvertes d'eau ou de végétation, autrement dit : c'est la sécheresse des sols qui provoquent le dérèglement climatique et non pas le dérèglement climatique qui provoque les sécheresses, le climat se dérègle quand les continents ne transpirent plus !
Plus la densité végétale est importante moins il y a de concurrence sur l'eau puisque c'est la végétation qui alimente le cycle, comme dans les forêts équatoriales, qu'on appelle aussi l'enfer vert, ou il pleut tous les jours !

Les surfaces végétales baissent l’albédo des sols, évacuent la chaleur (chaleur latente), absorbent du CO2, libèrent de l’oxygène, nourrissent et protègent toute la biodiversité sur les continents … En stigmatisant la consommation d’eau des plantes (et donc de l’agriculture) on détruit la vie sur terre !
https://www.mediaterre.org/actu,20210526073739,1.html

laurent | 11 juin 2021 à 09h52
 
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Je suis d'accord sur le constat. Ce qui me gêne c'est que vous n'appliquiez pas votre bon précepte "L'idée fondamentale qui demeure, c'est qu'il faut toujours penser aux causes sous-jacentes." Sans élevage et sans engrais de synthèse?... c'est possible mais à condition d'avoir des durées de jachères extrêmement longues, donc de multiplier par 3 ou 4 la surface consacrée à l'agriculture. On va la trouver où cette surface? A moins que vous ayez prévu de laisse mourir de faim la moitié de l'humanité... C'est une des solutions classiques proposées par la "nature"...

abeilles | 11 juin 2021 à 09h57
 
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@ abeilles : la solution existe et fonctionne très bien : il faut augmenter la densité végétale toute l''année et en priorité l'été !
la végétation a toujours un bilan positif plus on fait de photosynthèse plus on enrichit les sols et plus on augmente les capacités à produire !
idem pour l'eau, plus on évapore d'eau plus on génère de pluie !
il faut copier l'écosystème forestier !
la situation se dégrade en ce moment parce qu'on a inversé causes et conséquences

laurent | 11 juin 2021 à 10h09
 
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enfin un peu de raison dans la prise de conscience de l'effet parfois néfaste de la lutte contre le changement climatique sur la biodiversité.par ex,le déclin des oiseaux est lié à la destruction des territoires bien plus qu'au changement climatique et privilégier les déplacements en mer plutôt que par voie aérienne perturbe la vie des océans.

MNM | 11 juin 2021 à 11h20
 
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Voici un exemple concret de solution à développer : LE PASTORALISME:
le rapport du P.N.U.E.* du 9 mars 2015 vante les bienfaits du pastoralisme pour la nature :
« le pastoralisme - la production extensive de bétail dans les pâturages - offre d'énormes avantages à l'humanité et devrait être considéré comme un élément majeur de la transition mondiale vers une économie verte »/…./
constate que : « le pastoralisme durable dans les écosystèmes de grands pâturages libres / …/ préserve la fertilité des terres et le carbone présent dans sol, et contribue à la régulation de l'eau et à la conservation de la biodiversité..."

A NOTER : depuis le retour des grands prédateurs dans les zones de pâturage, après avoir bien résister dans le sud est de la France, le pastoralisme est en chute libre.
"Nous avons complètement revu notre système de production. Maintenant les brebis sont gardées en permanence avec 9 chiens de protection et regroupées dans des parcs la nuit alors qu’avant elles étaient en parcours libre. Cela a impacté l’état corporel des animaux. Même comme cela en subissant des attaques, nous avons l’impression d’être toujours coupables : de ne pas protéger assez bien nos brebis, d’envoyer nos chiens au casse-pipe, de passer pour des emmerdeurs auprès des gens qui viennent se promener tranquillement. La plupart de nos collègues abandonnent et cela se voit déjà sur le paysage qui se referme et sur la biodiversité qui nous entoure».

ouragan | 11 juin 2021 à 16h41
 
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Notre monde marche plutôt à l'envers, le monde manque forêts ou équivalent (une voie de chemin de fer c'est 10 m de large sur 1000 km), on en a réellement beaucoup, penser aussi aux jardins particuliers parfois des fors vierges.
Mais rien que chez-nous, la ou il y a beaucoup de forêts, on 1200/1400h de soleil par an, dans le sud-est c'est plus du double, et la aucune forêt, quand il y en une, elle prend feu et comme sont de toute façon des résineux chétifs, c'est pas grave.

pemmore | 11 juin 2021 à 18h01
 
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Le pastoralisme est effectivement une solution intéressante tant il a sa place dans un système de polyculture-élevage extensif (je dis bien extensif) favorable à la biodiversité sauvage.
Je n'écris pas cela pour ouragan, tant tout post de ma part déclenche manifestement chez lui une réaction épidermique hallucinante - et n'escompte plus la moindre ligne convergente en quoique ce soit - mais parce que je pense qu'il s'agit bien d'un élément clef de la solution pour remettre en cause le système tout intensif qui domine l'agriculture actuelle.
En revanche, si j'en crois certains amis agriculteurs exploitants des secteurs jouxtant des domaines forestiers qu'investissent de richissimes notables locaux (notaires, par exemple) ou internationaux (industriels ou financiers), la question de la prolifération planifiée des sangliers à coups agrainage perpétuel reste soigneusement éludée, voire ignorée. Ils font manifestement bien plus de dégâts partout, sur les cultures comme sur le cheptel (le sud de l'Indre / nord de la Haute-Vienne ont par exemple été confrontés il y a quelques années à d'inquiétants actes de prédation sur brebis perpétrés par des sangliers, faits alors attestés par l'ONCFS) sans que cela mobilise le moins du monde ceux qui habituellement s'empressent de crier au loup ou à l'ours...
Entre une espèce gibier qui génère passions cynégétiques et surtout juteux flux financiers et deux espèces protégées qui ne rapportent rien, il y a clairement deux poids deux mesures.

Pégase | 12 juin 2021 à 22h59
 
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Le pastoralisme est une belle activité, mais déjà pas rentable, la viande n'est pas vendue au prix qu'elle devrait, petit à petit les éleveurs disparaissent, et dès que le loup arrivera dans nos forêts, on a vu les premiers à 200 km, ça sera terminé, tous les près sont passés en culture chez-moi, les haies rasées, reste seulement un d'un ha avec des rouge des prés espèce locale.
Je trouve bien ce changement avant l'arrivée de bestioles qui n'auront rien à voler à moins de devenir vegan.

pemmore | 13 juin 2021 à 23h35
 
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