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“Nagoya : on attendait cet accord depuis 10 ans même s'il soulève encore des questions”

De retour du Japon où vient de se dérouler la 10e conférence des Parties signataires de la Convention sur la Diversité Biologique, Claude-Anne Gauthier, Directrice adjointe de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, résume pour Actu-environnement les décisions adoptées.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
   
“Nagoya : on attendait cet accord depuis 10 ans même s'il soulève encore des questions”
Claude-Anne Gauthier
Directrice adjointe de la FRB
   

Actu-environnement.com : La 10e conférence des Parties signataires de la Convention sur la Diversité Biologique a pris fin après deux semaines de négociations. Comment se sont déroulées les discussions ?

Claude-Anne Gauthier : Comme bien souvent, des négociations qui durent 15 jours commencent doucement et petit à petit les choses se précisent. Les travaux s'organisent en groupes de travail où chaque état est représenté. Ces groupes avancent chacun sur un sujet. Par exemple, plusieurs groupes de travail chargés de suivre toutes les discussions sur le protocole Accès aux ressources et Partage des Avantages (APA) ont été constitués pour cette COP 10. En fonction des niveaux d'accord et surtout de désaccord entre les Etats, des sous-groupes de travail sont mis en place pour avancer sur les sujets, de façon à ce que les documents présentés au début de la conférence puissent évoluer et être retravaillés avec de nouvelles propositions jusqu'au consensus.

AE : Quels sont les travaux qui ont particulièrement bien avancé lors de cette COP 10 ?

CAG : Pour la plupart des textes, les choses ont avancé relativement vite, notamment sur la création de la Plate-forme intergouvernementale science-politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Si l'IPBES est un mécanisme indépendant de la Convention sur la diversité biologique (CDB), les pays ont débattu de sa création à l'occasion de la COP 10 et ont encouragé vivement l'Assemblée Générale des Nations Unies à prendre une décision sur la suite du processus d'ici la fin de cette année. C'est donc encourageant et nous espérons tenir courant 2011 la première réunion plénière qui décidera de la structure, du mode de financement, des groupes de travail, etc. Au niveau français, la communauté scientifique s'organise pour apporter des éléments concrets pour les prochaines réunions de travail de la plate-forme.

AE : Quid des gros enjeux de la conférence à l'instar du protocole APA ?

CAG : Le protocole APA, le plan stratégique et le mécanisme de financement ont été validés le dernier jour, voire les dernières minutes. Des discussions assez ardues sur la procédure ont opposé l'Union européenne qui souhaitait que la négociation des trois textes se fasse simultanément à d'autres Etats qui souhaitaient qu'on les balaye successivement. Finalement, le protocole APA a été accepté, ce qui a entraîné l'adoption des deux autres textes. Cela démontre la détermination des Etats à aboutir. Les délégations ne voulaient pas d'un syndrome de Copenhague.

Le protocole APA est un bon texte car il fixe un cadre que nous n'avions pas jusqu'à maintenant et sur lequel nous allons pouvoir nous appuyer au niveau national. Les pays sont désormais invités à le signer et à le traduire dans leur droit national. Le texte du protocole est plutôt dense mais il y a encore des choses à préciser. Un comité intergouvernemental a été créé pour le mettre en route, il va falloir s'entendre sur la façon dont chaque Etat va interpréter ce texte. Par exemple, le protocole inclut dans son champ d'application les ressources génétiques, les savoirs et connaissances associés mais également les dérivés, c’est-à-dire les composés biochimiques qui existent à l'état naturel et qui résultent de l'expression génétique. Le protocole définit ces dérivés mais il va falloir préciser comment les traiter. En revanche le protocole ne s'appliquera pas aux éléments pathogènes : il a été décidé de les rattacher à d'autres protocoles internationaux notamment ceux de l'OMS. Les chercheurs doivent avoir accès à ces éléments dans des délais raisonnables surtout en situation d'urgence. L'ensemble du paysage des ressources génétiques a donc été balayé pour éviter une confusion entre les conventions. Bien sûr des questions restent posées mais on attendait cet accord depuis 10 ans, et nous avons désormais deux ans pour travailler sur le contenu et sur la façon dont on va l'appliquer au niveau national, etc.

AE : Concernant le plan stratégique de la CDB et le mécanisme de financement, que doit-on retenir ?

CAG : Le plan stratégique de la CDB pour les années à venir adopté à la COP 10 comprend vingt objectifs ayant tous pour but de limiter l'érosion de la biodiversité. Des progrès sont à noter sur le pourcentage d'aires protégées à développer qu'elles soient marines ou terrestres. On tend également vers une augmentation de la restauration de zones dégradées. Un point particulier concerne les pressions qui s'exercent sur les récifs coralliens. Pour tendre vers ces objectifs, il va falloir des financements. Les pays ont réussi à se mettre d'accord sur une stratégie de mobilisation de nouveaux financements qui devraient aboutir d'ici à 2012. Cette stratégie est donc un véritable chantier qui va encore nécessiter de nombreuses réunions de travail. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de financements complémentaires intermédiaires. À l'heure actuelle ce sont les Etats qui font fonctionner la Convention. Plusieurs pays ont annoncé qu'ils allaient augmenter leur participation.

AE : A vos yeux le résultat de cette COP 10 est donc plutôt positif.

CAG : En effet, cette conférence est à mon avis une réussite. À l'occasion de cette COP 10, les liens entre biodiversité et bien-être humain ont été remis en haut de l'agenda politique, ce qui me semble essentiel. C'est le retour à l'esprit de Rio, que l'on avait un peu perdu au fil du temps. Désormais, on peut espérer qu'en 2012 à l'occasion de la COP 11 organisée en Inde à New Delhi, on mesurera des avancées en matière de biodiversité pour faire en sorte que Rio +20 ne soit pas un rendez-vous manqué.

AE : Cela augure-t-il des négociations sur la lutte contre les changements climatiques plus constructives ?

CAG : Je ne sais ce que donneront les négociations climatiques lors de la prochaine réunion de Cancùn. En revanche, à l'occasion de cette COP10 les parties signataires se sont engagées à faire en sorte que les trois conventions de Rio (climat, biodiversité et désertification) communiquent mieux entre elles. Les enjeux de la biodiversité doivent trouver leur place, percoler correctement dans l'ensemble des conventions. Pour la biodiversité aussi, Cancùn sera une étape importante.

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