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Actu-Environnement

“Des lobbies très puissants s'opposent à la réduction de la part des agrocarburants de première génération”

Alors que le Parlement européen se prononce mercredi sur le rapport de Corinne Lepage (ALDE, CAP21) visant à limiter le taux d'incorporation d'agrocarburants de première génération, l'eurodéputée revient pour Actu-environnement sur le compromis qui se dessine après six mois de débats tendus.

Interview  |  Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°329 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°329
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“Des lobbies très puissants s'opposent à la réduction de la part des agrocarburants de première génération”
Corinne Lepage
Députée européenne, Docteur en Droit
   

Actu-environnement : Vous portez un projet de rapport proposant de limiter le taux d'incorporation des agrocarburants de première génération, produits à partir de cultures alimentaires et énergétiques. Quel est votre sentiment sur la position du Parlement européen à la veille du vote en plénière sur votre proposition ?

Corinne Lepage : Globalement, l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), le groupe Socialistes et démocrates (S&D) et Les Verts soutiennent ma proposition plus ou moins fortement. Les Verts, par exemple, la soutiennent du bout des doigts compte tenu du compromis qu'ils jugent acceptable sans être extraordinaire.

C'est surtout le Parti populaire européen (PPE) qui est vent debout contre ce projet de réforme. Aujourd'hui, le PPE souhaite relever la limitation de l'incorporation d'agrocarburants de 5 à 6,5, voire 7 ou 8%. Quant à la prise en compte des émissions liées au changement d'affectation des sols indirect (Casi, ou Iluc selon l'acronyme anglais), le PPE ne veut pas en entendre parler. La droite européenne admet que le changement d'affectation des sols pose problème, mais refuse sa prise en compte au motif que ce serait de la "mauvaise science", les études ne seraient pas encore suffisamment concluantes pour agir ! Le PPE critique notamment l'étude de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (Ifpri, selon l'acronyme anglais) qui sert de base aux propositions de la Commission.

AE : Quels sont les points clés du compromis proposé ?

CL : Aujourd'hui, la Commission propose de plafonner à 5% l'incorporation des agrocarburants de première génération et de mettre un terme en 2020 aux quelque 6 à 7 milliards d'euros de subventions annuelles.

Mon objectif est de donner une direction claire à la politique européenne en matière d'agrocarburants. Il s'agit de combiner un seuil pour la part des produits agricoles alimentaires utilisés pour produire des agrocarburants, de ne pas mettre en danger les acteurs économiques concernés et d'encourager les investissements en faveur des agrocarbuants de deuxième génération produits à partir de la biomasse non alimentaire (lignocellulose) et de troisième génération (algues, power to gaz...).

S'agissant du plafonnement de l'incorporation des agrocarburants, le compromis adopté par la commission Environnement du Parlement européen fixe le taux à 5,5% et celui adopté par la commission Industrie à 6%.

Quant à atteindre 10% d'énergies renouvelables dans les transports en 2020, l'objectif reste réalisable. Aux 6% d'agrocarburants de première génération, s'ajouteraient 1,5% d'électricité d'origine renouvelable dans les transports (véhicules et rails) et 2,5% d'agrocarburants de seconde génération. Sans compter qu'aujourd'hui le recours aux huiles usagées et aux graisses animales représente environ 0,5% de l'énergie consommée pour les transports sans être pris en compte comme des agrocarburants.

AE : Et en matière de prise en compte du changement d'affectation des sols indirect ?

CL : Mon objectif est d'inscrire dans la législation européenne une obligation de le prendre en compte à partir d'une date donnée. Pour l'instant, le compromis passé avec le PPE visait à l'inclure dans la directive qualité des carburants en 2020 et de ne pas l'inclure dans la directive sur les renouvelables.

Cependant, le PPE semble aujourd'hui rejeter ce compromis au motif que cela graverait dans le marbre des règles de prise en compte du Casi qui détruiraient des emplois et l'industrie des agorcarburants. C'est totalement faux puisque ma proposition prévoit une revue de méthodologie en 2016 avant l'application en 2020. Ils sont très clairement de mauvaise foi.

AE : Voyez-vous là l'intervention de lobbies ?

CL : Evidement, des lobbies très puissants sont à l'oeuvre. Que les agriculteurs défendent leurs intérêts et qu'ils soient entendus par certains eurodéputés, je peux le comprendre. Mais sur ce dossier, le lobby le plus actif est celui des producteurs d'huile de palme. Ils ont fait une campagne tous azimuts avec, entre autres, un voyage en Malaisie pour plaider la cause de leur produit auprès des parlementaire . Evidemment, les parlementaires qui ont participé à ce voyage n'ont pas vu la réalité des petits exploitants agricoles malaisiens expulsés de leurs terres par la politique de terre brûlée dont bénéficient les plantations industrielles.

Réactions6 réactions à cet article

 

Madame Lepage a tout à fait raison !

Les industriels concernés ne dévoilent toujours pas les résultats des études concernant les émissions de polluants par les moteurs utilisant les agrocarburants.
A part l'éthanol et l"hydrogène, les agrocarburants comme l"huile de palme peuvent être assimilés au gaz oil en ce qui concerne les émissions de particules ou de NOx .
Quand ces résultats seront ils publiés ?

gesc67 | 11 septembre 2013 à 11h49
 
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On le savait dès le départ que c'était un projet incohérent, donc non éco-défendable.

Mais les cours agricoles planétaires fixés par quelques représentants de gros trusts à Chicago sont aussi incohérents

Si on veut continuer qu'on cultive ces sources d’énergie dites renouvelables à la place de pâtures.

Car lorsqu'on prend la peine de s'informer au sait que viande et lait sont nuisibles à la santé

Jean-Marie | 12 septembre 2013 à 07h20
 
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Pour une fois je suis d'accord avec les conclusions de la député européenne. Dans le titre il est toutefois question de Cap21, attention aux conflits d'intéret. Je note qu'elle n'est pas présentée non plus comme avocate, ce qui est plus clair.

VD69 | 12 septembre 2013 à 08h35
 
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Il ne faut plus se battre pour l'environnement, mais se battre contre les puissants lobbies. Bien identifier ses adversaires c'est déjà une victoire.
Continuez.

ericsolh | 12 septembre 2013 à 09h53
 
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Une remarque suite au message de Jean-Marie...
Vous avez raison de parler d'éco-cohérence mais il faut aller jusqu'au bout.

Vous dites "Si on veut continuer qu'on cultive ces sources d’énergie dites renouvelables à la place de pâtures." Mais vous devez savoir que les prairies (naturelles) sont les derniers hot spot de biodiversité dans la SAU et que l'Europe et la France cherchent (sans y arriver) à protéger car elles sont en régression continue au profit du maïs notamment. Si vous voulez être écologiquement cohérent à l'échelle du territoire, il faut protéger et replanter des prairies naturelles.

Vous dites aussi "Car lorsqu'on prend la peine de s'informer au sait que viande et lait sont nuisibles à la santé". C'est en partie faux... C'est l'excès de viande et le lait de vache non transformé qui sont potentiellement mauvais ! Un ration très modérée de viande issue d'élevages extensifs locaux vous apporte les protéines indispensables avec un poids carbone faible contrairement au quinoa qui a fait 5000km pour arriver chez vous.

Et l'élevage laitier est la seule façon de maintenir des prés, des milieux ouverts, des paysages dans certaines zones (montagne, moyenne montagne...). Encore un fois, consommons moins de laitages mais provenant d'une agriculture extensive locale.

Et pour moi, entre maintenir la biodiversité dans nos campagnes et faire des agrocarburants pour que nos 4x4 soient plus verts, le choix devrait être vite fait !

jujuniep | 12 septembre 2013 à 16h25
 
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Il est vrai que la notion de CASI n'a absolument rien de scientifique, c'est de la "wiki-science", discipline en plein essor développée par les calculateurs de bilans carbone, profiteurs du greenwashing institutionnel!
Quid du lobby de ces consultants "verts" qui ont tout intérêt à développer des usines à gaz avec un vernis scientifique et à parer de "vertus" leurs activités plutôt lucratives ?

Albatros | 12 septembre 2013 à 16h47
 
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