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“En allant sur Mars, on aura probablement des indications sur la chimie des origines de la Terre”

Explorer l'univers pour mieux comprendre la Terre et la vie qui s'y trouve, tel est l'objectif des travaux de Michel Viso, responsable du thème exobiologie au Centre national d’études spatiales (CNES) qui revient pour Actu-environnement sur les dernières connaissances en la matière.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
   
“En allant sur Mars, on aura probablement des indications sur la chimie des origines de la Terre”
Michel Viso
Responsable du thème exobiologie au CNES
   

Actu Environnement : Qu'est-ce que l'exobiologie ?

Michel Viso : L'exobiologie se définit comme la recherche d'une vie en dehors de la Terre, une vie qui peut s'être développée sur des objets célestes du système solaire – des planètes ou des satellites. Depuis 1995, on sait qu'il y a des planètes qui tournent autour d'autres étoiles que la nôtre et on pense qu'on sera capable dans quelques années de détecter la vie sur ces autres planètes, si la vie s'y développe.

Deuxième aspect important de l'exobiologie, c'est la recherche de l'origine de la vie sur Terre et notamment de la contribution de la chimie du cosmos à l'apparition de la vie sur Terre. On a découvert 150 molécules dans des nuages moléculaires très lointains, dont un grand nombre sont organiques, composées d'hydrogène, d'oxygène et de carbone. Et, dans les météorites que l'on recueille sur Terre, on a trouvé une multitude de molécules organiques, dont les molécules de base qui constituent la vie terrestre telle que nous la connaissons.

AE : Y'a-t-il des indices d'une vie extraterrestre ?

MV : La vie, on peut la détecter facilement si on trouve un téléphone portable sur Mars. Pour l'instant, on n'a pas trouvé de téléphone portable, mais des traces minérales et morphologiques. Il y a un débat sur les fossiles. Les fossiles sont des minéraux, et non des os. Ce sont des traces d'une vie passée, dont il n'y a plus évidence. Il a fallu les interpréter, et cela a été très compliqué. S'il y a eu une vie passée sur Mars, on risque d'en trouver les traces sous forme de microfossiles, comme on en trouve aussi sur Terre.

Actuellement, les exobiologistes s'intéressent aux formes de vie qui remontent à 3,4 à 3,8 milliards d'années. On trouve sur Terre des traces fossilisées de bactéries, avec des signes morphologiques, des constructions minérales qui se sont faites avec ces bactéries, ce qu'on appelle des stromatolites – qui sont des cailloux construits par des microbes par accumulation progressive. Il y en a en formation en Australie, à Shark Bay. Les roches ne sont pas statiques, en raison de la tectonique des plaques. Et on se sert de ces traces pour savoir ce qu'on va aller chercher sur Mars, ou éventuellement sur d'autres satellites ou planètes rocheuses. Pour chercher la vie.

AE : Les recherches se concentrent-elles sur Mars ?

MV : Mars est vraiment l'objectif de l'exobiologie dans les 10 à 20 ans qui viennent, pour aller chercher des traces de ce que l'on appelle une chimie prébiotique, l'assemblage de molécules qui pourrait mener à la vie. Pourquoi ? Parce que c'est une planète qui est accessible, elle n'est pas très loin, on peut y envoyer des sondes sans qu'elles cuisent à 400°C ou dans de l'acide sulfurique, comme sur Vénus. Sur le plan de la microbiologie, il y a actuellement des preuves qu'il y a eu à un moment donné de grandes quantités d'eau sur Mars. Vu la position de Mars par rapport au Soleil, il n'est pas impossible que se soit développée une chimie des formes de vie.

AE : Ce qui voudrait dire que la vie aurait eu lieu sur Mars et serait révolue depuis des milliards d'années ?

MV : Il y aurait pu y avoir de la vie et la grande question est : est-ce que la vie sur Mars aurait pu venir sur Terre par l'intermédiaire de météorites, et se serait développée sur Terre grâce à des conditions plus favorables. Manifestement, Mars est une planète qui s'est asséchée en surface, on ne sait pas si l'eau est partie dans l'espace ou si elle a été stockée dans les sols sous forme de glace et ensuite recouverte de poussière. Car Mars est en permanence bombardée par des météorites – comme la Terre. A la différence près que la Terre est remise à zéro régulièrement par la tectonique des plaques – tous les 200 millions d'années environ, soit 40 cycles sur 4 milliards d'années.

S'il y a eu le développement d'une vie sur Mars, il a eu lieu dans la période où il y a eu de l'eau sur cette planète. Mais cette période, qui a duré quelques centaines de millions d'années, n'a pas été assez longue pour que se développent des amas cellulaires – un foie, un rein, une peau. On ne peut donc que chercher les traces d'une vie microscopique.

AE : Quels sont les enjeux de ces recherches ?

MV : Ce qui nous intéresse, le premier enjeu et le seul est de savoir si une vie a pu se développer ailleurs que sur Terre, si les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Si la vie que l'on connaît sur Terre est le résultat d'un hasard sur des milliards de combinaisons, il y a peu de chances qu'elle existe ailleurs. Inversement, d'autres théories disent que ce qui s'est produit dans un endroit de l'univers a pu se produire ailleurs.

En allant sur Mars, on aura probablement des indications sur la chimie de la Terre. Car la chimie initiale y a été conservée du fait de l'absence de tectonique des plaques, qui a tout transformé sur la Terre. Sur Mars, des terrains extrêmement anciens subsistent en surface. Il y a énormément de cratères. C'est sur ces terrains qu'on a des chances de trouver des traces de vie et de reconstituer les origines. La Terre, elle, conserve très peu de terrains anciens, c'est-à-dire des terrains qui datent de plus de trois milliards d'années.

Ce que l'on sait de Mars, c'est que la transformation de ses champs magnétiques a fait disparaître l'eau de cette planète. Les champs magnétiques proviennent d'un noyau liquide. Situé au centre de la Terre, il dégage des forces de convection qui font que les rayons solaires viennent frapper aux pôles, et non de plein fouet, ce qui donne des aurores boréales par exemple. La magnétosphère nous protège. Sans ces champs, la vie n'aurait pas pu apparaître sur Terre.

AE : Quelle est la méthode de datation de ces terrains ?

MV : On mesure l'âge des terrains sur Mars par le nombre de cratérisations : on part du principe que plus il y a des trous, plus la planète a reçu de coups, et parce qu'on a une assez bonne idée du flux de météorites qui a traversé le système solaire depuis sa création, on est capable de mesurer un terrain en fonction du nombre de cratères que l'on trouve sur une surface donnée.

Sur Terre, s'il n'y avait pas la tectonique des plaques, il y aurait autant de trous que sur la Lune. Sur notre planète, la vie macroscopique est récente (300 à 500 millions d'années). On sait que, depuis très longtemps, la vie a été présente sous la forme de micro-organismes, car le passage d'une bactérie à une cellule, puis d'une cellule à un ensemble de cellules qui forment un organisme qui ensuite évolue, prend énormément de temps. La vie macroscopique est récente, du point de vue d'un exobiologiste.

AE : Est-on capable de la détecter ?

MV : Si on trouve de la vie dans le système solaire, on peut penser qu'il y en a vraiment partout. La première trace de la vie, c'est l'oxygène moléculaire (O2). Mais il y a des vies souterraines qui n'ont pas besoin d'oxygène. Donc il peut y avoir des vies souterraines dotées d'un métabolisme extrêmement lent, qui laissent peu de traces et dont on n'a pas de marqueurs.

AE : Jusqu'où peut-on aller dans les distances d'exploration ?

MV : Actuellement on est capable de détecter des exoplanètes par des moyens divers et variés dans un petit cube qui mesure entre 300 et 1.000 années-lumière de la Terre, soit à peu près un milliardième du volume de notre galaxie : c'est infinitésimal, par rapport à notre galaxie qui mesure à peu près 100.000 années-lumière de diamètre et 1000 années-lumière d'épaisseur. Dans notre galaxie, il y a entre 200 et 400 milliards d'étoiles. On en a observé … 5.000. Sur ces 5.000 étoiles, on en a détecté entre 200 et 300 qui pourraient avoir des planètes, dites exoplanètes. On est loin d'avoir une vision d'ensemble de l'univers.

Réactions4 réactions à cet article

 

Et alors?, la vraie question reste cependant toujours sans réponse: A quoi sert la vie sur Terre, on peut aller n'importe ou dans l'espace mais tant que cette question n'est pas résolue, on risque de rester sur sa faim.

arthur duchemin | 09 décembre 2010 à 10h15
 
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Génial,

En effet, la question de la vie reste entière, cependant la rigueur du raisonnement et l'approfondissement de la connaissance sont là pour nous faire avancer dans l'immensité de l'espace et dans cette question insoutenable, révoltante, excitante...: Mais pourquoi la vie?

Olivier64 | 09 décembre 2010 à 11h36
 
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pourquoi faudrait-il un but ou une finalité à la vie? parmi les possibles, la vie est apparue; puis dans ses différentes formes d'évolution l'humain qui tout en se posant beaucoup de questions sur les origines et les motifs du vivant fait preuve d'un extraordinaire potentiel pour le détruire...

elmafa | 09 décembre 2010 à 18h25
 
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je pense que la recherche de la vie n'est pas forcement matériel,(minérale, végétale,moléculaire,animale..ect..) sous ses formes diverses, elle peut être sous une forme immatérielle , impalpable, et je pense pour la seconde au niveau de la recherche rien n'est fait (ou si elle est faite elle est bien gardée) ,nous sommes pas au bout de nos surprises...

Henri | 10 décembre 2010 à 13h53
 
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