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Actu-Environnement

« La sensibilité collective doit considérer l'énergie éolienne comme une évidence »

La question de l'impact paysager semble centrale au sein du discours anti-éolien. Pour Odile Marcel, l'acceptabilité de l'éolien passe par la compréhension des enjeux d'aménagement et de mix énergétique.

Interview  |  Energie  |    |  Félix Gouty
Actu-Environnement Le Mensuel N°-429 Cet article a été publié dans le hors-série d'Actu-Environnement Le Mensuel
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« La sensibilité collective doit considérer l'énergie éolienne comme une évidence »
Odile Marcel
Présidente du collectif Paysages de l’après-pétrole
   

Actu-Environnement : Comment le déploiement des énergies renouvelables, en particulier de l'éolien, a-t-il changé le rapport des Français au paysage ?

Odile Marcel : S'intéresser à la question du paysage est une excellente occasion d'examiner l'évolution des modes de vie et des sensibilités. L'être humain transforme et aménage le milieu terrestre depuis le début de l'agriculture, pour assurer sa survie, voire améliorer son niveau de vie. Les cartes de Cassini, parmi les premières à établir une géographie précise de la France dès le XVIIIe siècle, montrent que, jusqu'au milieu du XIXe, le paysage était parsemé d'un très grand nombre de barrages et de moulins à vent ou à eau. Ces derniers étaient alors indispensables pour capter la rareté de l'énergie éolienne ou hydraulique et ainsi, par exemple, faire le pain utile à tous. Puis, à l'ère du pétrole, la France a concentré les lieux d'exploitation des énergies carbonées qui lui étaient nécessaires dans des centrales et des raffineries. Et encore davantage au moment du lancement du programme nucléaire. Progressivement, les Français se sont donc habitués à une énergie extrêmement disponible, bon marché et quasiment invisible. Hormis les lignes électriques à très haute tension, la distribution de l'énergie a été enterrée, en dehors du champ de vision et de la conscience. Comme ces sources d'énergie et le mode de vie qui en découle menacent aujourd'hui les équilibres de notre planète, il est devenu urgent de repenser notre production d'énergie. L'installation de centrales photovoltaïques et de parcs éoliens a souvent été effectuée de façon brutale. Certains en ont été heurtés, car nous avons perdu l'habitude de trouver normale la place à accorder aux moyens de production dans le paysage.

AE : Pourquoi cette question du paysage est-elle devenue si sensible avec l'éolien ?

OM : Sur le papier, bénéficier de nouveaux dispositifs de production d'énergie devrait être perçu comme une bonne nouvelle – ce qui a été le cas initialement avec le nucléaire. Pourtant, avec l'éolien, une part de l'opinion publique ne ressent pas la nature urgente et nécessaire de ce bénéfice et perçoit mal ce changement. C'est exactement l'inverse de ce qui s'est déroulé avec le lancement du parc nucléaire français. Il s'agissait d'un programme industriel, prônant une nou- velle source d'énergie miracle et invisible, issu d'une démarche descendante de l'État, décidée de façon directive au plus haut niveau à l'aide d'une campagne de communication en sa faveur. Le déploiement des énergies renouvelables a été voulu autrement, en le libéralisant et en le laissant donc entre les mains d'opérateurs privés. Cette décision a associé la production d'énergie, accaparant des terrains, à des revenus commerciaux et non à un bénéfice « miracle » pour l'ensemble de la société. L'installation des mâts n'a pas toujours été pensée avec soin et attention. Certains riverains ont donc perçu ces technologies comme injustes, intrusives et non comme pouvant aller dans le sens de leurs propres intérêts et constituer une source de sécurité (énergétique) et de bien-être. De cette situation est née, à mon sens, une énorme incompré- hension et parfois, un traumatisme.

AE : Ce ressenti est-il également transposable à l'éolien en mer ?

OM : A priori oui, car le rapport à la ligne d'horizon relève aussi de la sensibilité humaine, comme le rapport au paysage terrestre. Apercevoir des paquebots industriels, des bateaux à moteur émettant de la fumée noire, a autrefois signifié pour certaines personnes une forme d'horreur industrielle qui s'imposait à nous. Tout le monde s'y est habitué, conscient de la contribution de ces navires à l'évolution de notre mode de vie. Les futurs parcs éoliens offshore suscitent déjà ce sentiment initial de rejet. Si un travail de compréhension des enjeux était effectué dans le sens des bénéfices énergétiques, économiques et climatiques qu'ils peuvent nous apporter, cette perception pourrait changer. Autrement, là encore, il faudra peut-être deux à trois générations pour y parvenir naturellement.

AE : Jouer sur la sensibilité peut-il suffire à améliorer l'acceptabilité de l'éolien ?

OM : D'abord, il faut en effet que la sensibilité collective intègre la nécessité de recourir aux énergies renouvelables, dont l'énergie éolienne, comme une urgence évidente. Il faut amener les citoyens à comprendre que la situation a besoin de changer, vers le mieux et pour éviter le pire. Cela ne suffit cependant pas. Pour être acceptée, cette transition doit être réalisée en intégrant la dimension spatiale sur le terrain.

Depuis 2015, les travaux de notre think tank (en collaboration avec la chaire de recherche « paysage et énergie » de l'École du paysage de Versailles) insistent sur l'importance de prévoir l'aménagement des projets d'énergies renouvelables avec soin et inventivité.

Installer des éoliennes au hasard, en rangs de poireaux, n'aidera jamais à les faire accepter par les riverains. Leur implantation doit être fondée sur une logique spatiale, épouser les contours du paysage local, pour se doter d'un ancrage pertinent et propre à susciter une adhésion, plutôt qu'un rejet. Cette réflexion souligne celle d'un aménagement équilibré, qui ne relève pas toujours de l'éolien. Elle demande de réfléchir à la question du mix énergétique, tel que peuvent en décider les populations avec leurs élus, en les intéressant aux retombées économiques locales.

AE : Pourquoi réfléchir au mix énergétique peut-il participer à l'adhésion de l'éolien ?

OM : Le point de vue de notre collectif est d'aborder la transition en se focalisant sur l'idée du mix énergétique qui prenne en compte le paysage et les ressources locales. Depuis l'automne 2021, les rapports et études de RTE, de l'Agence de la transition écologique (Ademe) et de l'association Négawatt ont tous montré que la transition énergétique sera fondée sur un mix comportant l'éolien dans tous les cas, mais pas uniquement. Comprendre cet enjeu est primordial pour briser le face-à-face parfois passionnel entre l'éolien et, notamment, le nucléaire et rééquilibrer le débat.

En répondant à la question du mix, il est ainsi possible de définir de façon participative, puis d'adopter – et donc d'approuver – la solution la plus pertinente, au cas par cas, qu'elle comporte l'installation d'éoliennes ou non. Il faut ensuite laisser les professionnels de l'aménagement se saisir des choix opérés par les élus et les habitants pour intégrer chaque projet en cohérence avec les identités locales, le patrimoine et le paysage.

Réactions11 réactions à cet article

 

C'est assez dur de faire accepter l'éolien localement, pour la plupart il gêne. Mon voisin agriculteur n'en veut pas sur ses grandes terres, moi non plus d'ailleurs.
La raison est instinctive, et inexplicable logiquement.
Même à 10 km, ça choque. Il faudrait qu'elles soient invisibles. Donc soit elles sont imposées, soit il n'y en a pas !

28plouki | 17 octobre 2022 à 10h23
 
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Le paysage de l'après-pétrole n'est fort heureusement pas le paysage de l'industrie éolienne, loin s'en faut ! Une éolienne industrielle de 150 m de haut (15 fois la hauteur d'un grand arbre) n'est pas une "évidence" comme le dit une philosophe urbaine et comme en témoigne l'important contentieux éolien. Se focaliser sur une des énergies intermittentes qui n'a pas encore apporté la preuve de sa rentabilité sans subvention : NON.
Ouvrir le débat sur de petites éoliennes sur les toits plats en complément de façades solaires sur les grands bâtiments urbains pourquoi pas ? cela répondrait au complément d'énergie du mix énergétique
Comprendre et expliquer que le mix énergétique comprend un panel de solutions pour satisfaire à des besoins énergétiques à moindre impact carbone sur le climat : OUI.

DUC | 17 octobre 2022 à 13h43
 
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Curieusement, les lignes THT qui zèbrent la France entière, les énormes masses de béton et d'acier des centrales nucléaires mais aussi nombre de grosses coopératives agricoles (archétype : l'usine d'Eureden à Saint-Allouestre, en centre Bretagne, bâtiment à l'architecture hideuse archi visible à des kilomètres à la ronde) ne semblent pas (plus ?) choquer. Pourtant, elles constituent autant d'infrastructures qui s'imposent un peu partout dans le paysage. Ni la majorité des français ni même les Architectes des Bâtiments de France, pourtant par ailleurs très chatouilleux, ne semblent s'en émouvoir. Tolérance zéro pour l'éolien, adoubement de tout le reste ? Deux poids, deux mesures ?

Pégase | 17 octobre 2022 à 16h21
 
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Odile Marcel a parfaitement raison de souligner que la réalisation du parc éolien terrestre et marin a été confié par l'État à des opérateurs et investisseurs privés plus soucieux de la rentabilité de leur investissement, "quoi qu'il en coûte" des considérations environnementales, paysagères et sociales que de s'inscrire dans une transition énergétique respectueuse des équilibres territoriaux. De ce point de vue, il est significatif de remarquer que tous les porteurs de projet et propagandistes des ENR qui s'expriment dans les médias, n'expriment aucune réelle préoccupation environnementale, ne signalent jamais que leurs équipements industriels peuvent avoir des impacts environnementaux. La production d'énergie électrique est une affaire bien trop vitale pour le pays pour être laissé à l'initiative d'une multitude d'opérateurs privés. La France a un grand énergéticien électrique public avec EDF. La mise en œuvre du programme ENR aurait dû (devrait) lui être confié. Cela ne garantissait pas ipso facto que le déploiement aurait été vertueux sur le plan environnemental mais cela offrait plus de garanties avec l'État actionnaire. Que dire à un maire qui confie que grâce aux redevances attendues d'un parc de six éoliennes il va pouvoir offrir la cantine gratuite aux élèves ? Rien, on ne va pas lui jeter la pierre mais on peut considérer que l'implantation d'éoliennes n'a pas pour objectif de susciter des effets d'aubaine !

Natura | 17 octobre 2022 à 16h50
 
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Je m'inscris en faux sur l'allégation de "Duc" affirmant que l'énergie éolienne n'est pas rentable. Il y a des sociétés, telle Voltalia, qui vivent d'éolien sans aucune subvention. Il faut visiter le site de la profession https://fee.asso.fr/ pour avoir une autre information que les "on dit".

JMLESU | 17 octobre 2022 à 17h34
 
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Certes les sils à grain se voient de loin, mais ils sont la fierté des habitants, ce qui est intéressant. Ils emploient aussi des locaux. Des trains spéciaux tirant au moins 20 lourds wagons en partent, de gros camions font la navette.
Les éoliennes n'ont pas cette chance, et surtout elles clignotent la nuit, mais il paraît que cela va être modifié. Dans un village proche, les pales qui tournent semblent prêtes à trancher l'église, pourtant elles sont à 1 km. Il y a donc un rejet naturel de ces "monstres". A l'inverse, les moulins à vent sont jolis !

28plouki | 17 octobre 2022 à 17h54
 
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Je ne comprends pas comment une entreprise dans l'éolien peut vivre sans subvention, alors que c'est une activité subventionnée. Ils n'y ont pas droit, ou bien ils n'en demandent pas ? Tant mieux pour eux, et nous mais alors pourquoi des subventions ?

28plouki | 17 octobre 2022 à 17h57
 
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Cela posé, je suis en train de refaire une installation électrique dans ma vieille ferme, qui a vu le début de l'électricité... et ma foi, ces 2 fils, le rouge et le bleu, qui arrivent dans un bâtiment ... et c'est le bonheur.
je crois qu'on a tendance à l'oublier.
On est trop habitué. Et comme dit mon vison, le bonheur ce fut le moteur diesel, pour remplacer les animaux de trait.

28plouki | 17 octobre 2022 à 18h53
 
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Cette histoire de subventions est une tarte à la crème qu'on envoie à la figure de ceux qui promeuvent les énergies renouvelables. Au niveau mondial, les aides publiques consacrées aux énergies renouvelables augmentent rapidement, mais elles restent bien inférieures à celles dont bénéficient les énergies fossiles : 90 milliards d'euros, contre plus de 330 milliards d'euros, comprenant les exonérations et réductions de taxes sur les carburants, notamment pour le secteur aérien et l'industrie (Institut international du développement durable, 2019). Sans parler de ce que le seul Etat français s'apprête à faire pour le nucléaire, avec au minimum 50 Milliards pour construire 6 EPR + 35 pour Cigeo + Cigeo+ qui va être rendu nécessaire par les nouveaux EPR... J'en oublie.
Côté éoliens, il y a, en France un prix garanti de rachat de l'électricité produite par les éoliennes, dispositif qui fonctionne à la hause comme à la baisse. Si bien qu'en 2022-2023, les entreprises productrices d'électricité éolienne vont devoir rendre environ 8Md€ à l'Etat, ce qui aide de manière directe le bouclier tarifaire sur le prix des énergies fossiles mis en place par le gouvernement

JMLESU | 18 octobre 2022 à 09h33
 
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Tout à fait d'accord avec la pertinence de votre contribution, JMLESU. Les secteurs énergétiques qui contribuent activement à mettre la planète à genoux - et l'humanité avec - ont toujours été et continuent d'être gavés de subventions publiques, cela sans commune mesure avec le secteur des énergies renouvelables. Les dès de la transition énergétique continuent donc d'être pipés.
Vous avez également raison de rappeler que désormais, l'éolien rapporte gros à l’État. Mais on oublie de dire qu'il rapporte aussi aux propriétaires terriens, lesquelles détiennent souvent de grosses exploitations agricoles intensives, l'éolien s'étant largement développé en secteurs de grandes cultures.
J'ajouterai également qu'existent aussi, certes à modeste mesure, des parcs éoliens et photovoltaïques portés et détenus par des collectifs de citoyens locaux, preuve de l'acceptabilité de certains parcs. Il y a donc de nombreux cas de figure au sein des porteurs et propriétaires de parcs éoliens. Ce qui est loin d'être le cas des majors pétrolières et gazières. Je m'étonne donc que cela ne pose pas problème aux contempteurs des renouvelables...

Pégase | 18 octobre 2022 à 10h34
 
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Bonjour !
Malheureusement, plus on connaît le lobby éolien, plus on comprend que ce ne sont pas des angelots. Et plus on comprend la thermodynamique, plus on réalise que le remplacement des énergies actuellement utilisées ne se fait pas à coup de YAKAFOKON.
Par rapport au "gavage de subventions", on pourrait le mettre en balance avec la contribution au budget de l'Etat des taxes sur l'énergie. Certains fonctionnaires pensent déjà à reporter ces taxes sur les kWh "verts" une fois les fossiles disparus... à défaut de réduire l'effectif pléthorique de la haute fonction publique en France. Pour information, nous avons un haut fonctionnaire chargé de la terminologie et de la langue française au ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire... Rude boulot !
Et je n'évoque pas la contribution des énergies à l'atteinte des niveaux de vie dans le monde occidental... mais certains ici, du haut de leur suffisance - n'ont que mépris pour les méchants gilets jaunes et autres traîne-savates, ces misérables qui ont besoin de leur sale automobile Diesel pour aller bosser tous les jours sans alternative de "mobilité douce" à leur disposition.

Albatros | 21 octobre 2022 à 18h09
 
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