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Ions perchlorate : l'Anses pointe les risques pour les nourrissons exposés à des eaux et des laits contaminés

L'Anses a mesuré la contamination des eaux françaises aux ions perchlorate. Pour les eaux dépassant le seuil de 4 µg/l, elle recommande d'informer la population, en conseillant de limiter sa consommation par les enfants âgés de moins de 6 mois.

Risques  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) "recommande de diminuer les concentrations en ions perchlorate dans les laits infantiles et, dans les cas où l'eau du robinet présenterait une concentration en ions perchlorate supérieure à 4 microgrammes par litre (µg/l), recommande aux autorités d'informer la population, en conseillant de limiter sa consommation par les enfants âgés de moins de 6 mois".

L'Anses émet ces recommandations après avoir mené une évaluation du risque sanitaire relatif à la présence des ions perchlorate dans les eaux destinées à la consommation humaine et les laits infantiles qui démontre que "le risque de dépassement de la valeur toxicologique de référence (…) ne peut être exclu pour certains nourrissons".

Les ions perchlorate "inhibent l'étape d'incorporation de l'iode dans la thyroïde, l'une des premières étapes de la synthèse des hormones thyroïdiennes", explique l'Anses, rappelant l'inquiétude soulevée en 2011 par la détection d'ions perchlorate dans les eaux de plusieurs régions françaises.

Premières valeurs guides

La pollution des eaux aux ions perchlorate a d'abord été décelée dans les régions Aquitaine et Midi Pyrénées. Signalée en 2011, cette pollution locale concerne les zones de production de perchlorate d'ammonium, un oxydant utilisé dans les domaines militaire et aérospatial.

Dans ce contexte, et face aux risques de perturbation des fonctions thyroïdiennes, en 2011 l'Anses a émis un avis relatif à l'évaluation des risques sanitaires liés à la présence d'ions perchlorate dans les eaux destinées à la consommation humaine. "Dans cet avis, l'Anses propose une valeur toxicologique de référence (VTR) de 0,7 microgramme par kilogramme de poids corporel par jour (µg/kg pc/j) et une valeur guide dans l'eau de boisson à 15 µg/l)", rappelle l'Agence, précisant que "cette VTR, basée sur un effet biologique précoce, a été proposée pour prendre en compte les populations les plus sensibles (notamment les femmes enceintes, les nouveau-nés et les enfants de moins de 6 mois)".

Suite à cet avis, la Direction générale de la santé (DGS) a fixé deux valeurs guides de gestion : 15 µg/l pour les adultes et 4 µg/l pour les enfants de moins de 6 mois.

Des dépassements dans le Nord-Pas-de-Calais

   
Carte des teneurs en ions perchlorate en France métropolitaine par classes de concentration (en μg/L) au niveau des sorties d'installations de traitement mesurées par échantillon ponctuel au cours de la campagne réalisée entre octobre 2011 et mai 201 © Anses
 
   
Dans la foulée, le laboratoire d'hydrologie de Nancy (LHN) de l'Anses a réalisé une cartographie nationale de la contamination en ions perchlorate couvrant 25% de l'eau produite en France. L'Anses a aussi réalisé des mesures sur les laits infantiles. Objectif : calculer les expositions aux ions perchlorate des enfants de moins de 6 mois et évaluer le risque sanitaire au regard de la VTR définie par l'Agence.

Il ressort de ces travaux que les teneurs en perchlorate sont inférieures à 0,5 µg/l dans les trois quarts des 703 échantillons analysés. Environ 2% des échantillons présentent une teneur en perchlorates supérieure à 4 µg/l et trois échantillons d'eau de captage (en Ile-de-France et Nord-Pas-de-Calais) présentent une teneur en perchlorates supérieure à 15 µg/l. En revanche, aucun échantillon d'eau traitée ne dépasse le seuil des 15 µg/l. Enfin, la teneur maximale observée est de 22 µg/l pour les captages et 13 µg/l pour les eaux traitées.

Cependant, la présence d'ions perchlorate a été mise en évidence dans des eaux souterraines du Nord-Pas-de-Calais, une présence probablement associée aux zones de combat de la Première Guerre mondiale même s'il n'est pas possible d'"écarter une contribution de certaines activités industrielles dans cette région". Environ 2% des unités de traitement et de production d'eau de cette région affichent des teneurs en ions perchlorate dépassant la valeur de gestion de 4 µg/l, selon les mesures de l'Anses.

De plus, des mesures réalisées par l'ARS Nord-Pas-de-Calais font apparaître que 85 des 235 échantillons d'eau destinée à la consommation dépassent le seuil de 4 µg/l et 28 dépassent celui de 15 µg/l. De même, deux résultats, sur les 814 mesures effectuées par Eaux du Nord sur les eaux traitées, dépassent 15 µg/l (sur la commune de Flers en Escrebieux). Les 180 résultats fournis par Véolia font quant à eux apparaître, pour les eaux traitées, 55 dépassements du seuil de 4 µg/l et 33 dépassements du seuil de 15 µg/l, dont 19 pour la commune de Douai.

5% des nourrissons potentiellement exposés

Quant aux lait infantiles, les analyses "mettent en évidence, dans les laits 1er âge et 2e âge reconstitués avec une eau sans perchlorate, destinés aux enfants de moins de 6 mois, des teneurs moyennes de respectivement 1,8 µg/l et 2,8 µg/l et des teneurs maximales de respectivement 8,7 µg/l et 10,2 µg/l". Par contre, la teneur moyenne en ions perchlorate mesurée dans les laits de croissance reconstitués, destinés aux enfants de plus d'un an, commercialisés en France est de 7,0 µg/l.

L'Anses a aussi évalué le risque de dépassement de la VTR selon la contamination de l'eau utilisée pour reconstituer le lait infantile. Elle note "un dépassement de la VTR chez 5% des enfants de moins de 6 mois quand l'eau présente une teneur en ions perchlorate supérieure à 2 µg/l".

A partir de ces résultats, l'Anses émet une série de recommandations. La principale est "d'informer la population desservie par une eau destinée à la consommation humaine présentant une teneur en ions perchlorate supérieure à 4 µg/l, en conseillant de limiter sa consommation chez les enfants âgés de moins de 6 mois".

Les apports nutritionnels en iode étant déterminant pour évaluer l'impact sanitaire des ions perchlorate, l'Agence recommande aussi de recueillir des données actualisées sur les apports en iode chez les femmes enceintes et allaitantes ainsi que chez les enfants âgés de moins de trois ans.

L'Agence recommande enfin de diminuer la présence d'ions perchlorate dans les laits infantiles commercialisés en France, d'acquérir des éléments d'information concernant ces sources de contamination et de poursuivre les investigations relatives à la recherche des origines de la contamination des eaux.

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