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L'irrigation au secours des vignes

Face au changement climatique et à l'augmentation des épisodes de sécheresse, les vignes souffrent. Les régions Occitanie et Paca ont lancé la construction d'un réseau d'irrigation à destination des viticulteurs, solution interdite jusqu'à récemment.

Eau  |    |  Albane CantoActu-Environnement.com

C'est un des aspects méconnus du changement climatique : face aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, les vignes ont soif. Car si la vigne s'acclimate bien sous des climats secs, elle ne tolère qu'un stress hydrique modéré. Sinon, outre la perte de rendement, la palette des conséquences s'étend de la détérioration des arômes à l'affaiblissement des ceps. Face aux enjeux économiques que représente ce secteur, l'irrigation devient nécessaire.

Or, jusqu'en 2006, l'irrigation de la vigne était interdite. Elle est désormais autorisée – sous conditions. A l'automne 2017, un décret a actualisé les règles en vigueur. Désormais, l'autorisation d'irriguer est délivrée par l'Inao pour compenser un stress hydrique, sous réserve que le cahier des charges de l'appellation l'autorise. Hors appellation d'origine contrôlée (AOC), l'irrigation est autorisée à certaines périodes.

Combien de vignes sont irriguées parmi les 746.000 hectares du vignoble français ? En l'absence d'un recensement officiel, c'est difficile à savoir, d'autant que les autorisations se nichent dans les quelque 500 cahiers des charges de vignobles sous signe de qualité (AOC, AOP ou IGP). Mais deux régions se sont déjà organisées pour apporter de l'eau à la vigne : l'Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Le réseau d'irrigation bien avancé en Occitanie

L'Occitanie – plus exactement l'ex-Languedoc-Roussillon - est plus avancée dans ses projets. Face à l'augmentation des besoins en eau (notamment du fait de la pression démographique et du tourisme) à l'horizon 2030, la Région a lancé en 2012 le projet Aqua Domitia, qui vise à amener l'eau du Rhône dans les régions de Montpellier et Narbonne, notamment pour alléger la pression sur les ressources locales. Cette adduction se veut volontairement limitée, avec un débit maximum de 2,5 m3/s, soit près de 80 Mm3/an.

"Nous avons dimensionné les besoins de la vigne en nous basant sur la pluviométrie habituelle en été : entre 50 et 100 mm, ce qui représente 500 à 1.000 m3 par hectare", explique Jean-François Blanchet, directeur général de BRL, concessionnaire du réseau hydraulique de la Région. Le financement des infrastructures de transfert d'eau est public, avec des participations de la région, des départements, de l'agence de l'eau et de BRL. La construction du réseau secondaire fait appel à la participation des viticulteurs, à hauteur de 1.000 euros/ha, à quoi vient s'ajouter l'équipement de la parcelle pour l'irrigation (entre 1.500 et 1.800 euros/ha) et la facture d'eau (150 à 200 euros/ha). "Nous avons veillé à permettre à tous les viticulteurs, même les petits, d'accéder à cette ressource", complète Jean-François Blanchet. Les premières tranches sont déjà construites, et irriguent plus de 4.000 hectares de terres, et 2.000 le seront dans les trois prochaines années. A terme, près de 10.000 hectares de vignes pourraient être irrigués d'ici à 2022.

Bientôt 20.000 hectares irrigués dans le Var

Dans le Var, plusieurs syndicats de viticulteurs ont signé, en décembre 2017, une convention cadre de partenariat avec la société du canal de Provence (SCP) pour développer l'irrigation de leurs vignobles. La SCP fournit environ 7% des quelque 4,3 milliards de mètres cubes d'eau nécessaires chaque année à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca). "Mais plusieurs années de sécheresse ont changé la donne, et les études menées avec les acteurs locaux estiment à environ 15 millions de mètres cubes par an les besoins des vignes du Var – pour environ 20.000 hectares", explique Bruno Vergobbi, directeur général de la société du canal de Provence. Est-ce beaucoup ? Non, selon la SCP : "Nous prélevons 120 millions de mètres cubes par an dans le Verdon, ce qui représente un tiers du droit de prélèvement dont nous bénéficions", veut rassurer Bruno Vergobbi.

L'enjeu est surtout financier. En effet, l'irrigation de la vigne n'était pas intégrée dans les projets d'aménagement de la SCP, qui irrigue déjà 80.000 ha de cultures, principalement dans le Var (arboriculture), les Bouches-du-Rhône, et dans une moindre mesure, le Vaucluse et les Alpes de Haute Provence. C'est donc une augmentation de la surface irriguée de 25% qui est dans les tuyaux. Et un budget de... 250 millions d'euros. "Or, ce réseau d'irrigation va générer de faibles recettes, car la vigne nécessite peu d'eau", indique Bruni Vergobbi. La SCP a ainsi réfléchi à un nouveau modèle économique, actuellement en discussions avec les syndicats viticoles, où la profession contribuerait directement à l'investissement dans le réseau d'eau.

Mais irrigation ne rime pas avec gaspillage. Tout un panel de mesures d'accompagnement incite les viticulteurs à s'orienter vers l'irrigation en goutte à goutte, le plus économe. En attendant le remplacement par des cépages plus résistants aux nouvelles conditions climatiques.

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