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Actu-Environnement

La difficile mise en œuvre de la décentralisation énergétique en France

Nombre d'acteurs estiment que la décentralisation permet d'aborder des questions énergétiques clés, en particulier l'acceptabilité des projets énergétiques et la concertation. Reste que le centralisme français limite les initiatives.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Mercredi 15 février 2011, le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (CSFRS) organisait un colloque intitulé "décentralisation de l'énergie : stratégie et territoires" afin de confronter expériences et analyses. A cette occasion, le débat, au-delà de l'optimisme de rigueur, a pointé des difficultés concrètes posées par le jacobinisme français, mêlant pouvoir administratif et centralisme.

Le poids du passé

D'emblée, Edward Arkwright, directeur de la stratégie de la Caisse des dépôts (CDC), évoque le "poids du passé" qui pèse sur les ambitions de changement. Pour le représentant de la banque publique, si les collectivités locales s'intéressent de plus en plus aux enjeux énergétiques, le centralisme français et un réseau de distribution énergétique centralisé ne favorisent pas le changement.

Dans ce contexte, Christian Pierret, maire de Saint-Dié-des-Vosges (Vosges) et président de la Fédération des villes moyennes, appelle à "une véritable révolution culturelle". Cependant, l'ancien ministre de l'Industrie et de l'Energie affiche des doutes quant à la capacité de l'Etat à promouvoir rapidement la décentralisation. Aussi juge-t-il qu'il ne faut pas attendre de nouvelles lois de décentralisation, mais plutôt œuvrer concrètement avec les moyens disponibles pour révolutionner "les représentations et les pratiques locales".

 
L'outre-mer comme pilote ? Erik Guignard, consultant auprès du Syndicat des énergies renouvelables (SER), a plaidé pour que les régions ultramarines soient des modèles pour la décentralisation de la question énergétique.
Plusieurs éléments plaident pour cela, et en particulier le fait que les coûts de production des énergies conventionnelles sont très élevés, les gisements d'énergies renouvelables sont importants, l'insularité est favorable à l'élaboration de smart grids pilotes et une telle politique bénéficierait aux PME et PMI locales.
 
Construire, vivre et se déplacer

Si la tache semble ardue certains éléments incitent à l'optimisme. C'est tout d'abord le sujet en lui même qui porte la décentralisation, puisque, pour Christian Pierret, la question des émissions de CO2 "place au cœur des préoccupations les transports et le bâtiment", deux sujets sur lesquels les élus locaux ont une prise directe. "Construire, vivre et se déplacer autrement", telles sont les questions centrales posées par la transition énergétique.

Une vision partagée par Roman Nägeli, consultant pour Sofies, qui estime qu'"il est trop facile de dire que la France n'avance pas à cause des blocages institutionnels". Pour le consultant spécialisé dans l'accompagnement "d'un système hyper-industriel vers un écosystème industriel", de nombreux acteurs locaux peuvent et doivent se réapproprier les enjeux énergétiques, et en particulier les copropriétés, les coopératives locales et les élus.

C'est d'ailleurs "toute la logique du Grenelle", plaide Axel Strang, chargé de mission filières vertes à la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) du ministère de l'Ecologie, expliquant que si les objectifs sont définis à l'échelon national, leur déclinaison est avant tout locale. Et de rappeler la place accordée aux autorités locales via les schémas régionaux climat air énergie (SRCAE), les schémas régionaux de l'éolien (SRE) ou encore les plans climat énergie territoriaux (PCET).

Il semble aussi que cette prise de conscience des acteurs locaux progresse. "On a été submergé", indique directeur de la stratégie de la Caisse des dépôts (CDC) en évoquant les fonds mis à disposition pour la rénovation thermique des HLM. L'objectif fixé par le gouvernement, à savoir la rénovation de 100.000 logements en quatre ans, a été mis en œuvre par les acteurs locaux en deux ans

Autonomiste, Croisés et Astérix

Reste que le paysage n'est pas toujours aussi enthousiasmant et il faut souvent une bonne dose de persévérance pour porter à bien un projet local. Si tout le monde s'accorde à dire que l'usage de la biomasse, qui "favorise l'emploi et le développement économique local", synthétise Edward Arkwright, est l'un des éléments incontournables d'une politique locale de l'énergie, de nombreuses difficultés restent à surmonter.

C'est notamment le cas de la méthanisation qui propose "un vrai projet de territoire" transformant les déchets locaux en énergie et en amendement pour l'agriculture, rappelle Eric Lecomte, directeur du département Energie et environnement de la CDC. Cependant, les projets d'envergure manquent et l'exemple de la communauté de commune de Mené (Côtes d'Armor) qui vise une totale autonomie énergétique d'ici 2030 fait figure d'exception. Il s'agit là d'une démarche d'"autonomistes", estime Eric Lecomte, déplorant qu'une telle approche soit réservée a des collectivités particulièrement déterminées à l'image du "village d'Astérix".

Il y a là un "rapport de force entre l'Etat et les collectivités locales", confirme Christian Pierret qui explique que si la loi soutient la biométhanisation, dans les faits les textes d'application découragent cette pratique. Pour l'ancien ministre, la complexité des textes réserve le recours à cette énergie à une minorité de "Croisés des bioréacteurs".

Plus globalement, c'est le pilotage par l'Etat qui semble être inadapté aux problématiques de la biomasse. En effet, Pierre de Montlivaud, directeur des nouvelles offres énergétiques de Dalkia, rappelle que les appels d'offres nationaux, ouverts à des projets de grosses chaufferies industrielles bénéficiant d'une bonification versée par le Fonds chaleur pour la chaleur renouvelable produite, n'ont pas abouti pour environ la moitié des projets retenus par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Et de conclure : "les réseaux de chaleurs ne se développent que si les élus locaux se saisissent du sujet".

Réactions8 réactions à cet article

 

Il y a un "s" en trop à optimisme dans les premières lignes du texte.

Je me demande s'il n'y a pas aussi une réticence des acteurs traditionnels de l'énergie à se dessaisir d'un marché qu'il tenait jusque-là entre leurs mains. Il serait intéressant d'avoir un complément d'info sur ce sujet.

Nico | 23 février 2012 à 10h15
 
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decentralisation de l'energie electrique un oubli de taille
Tous nos economistes et nos politiques peuvent bien parler mais Sans stockage de l'energie sur le plan local ou regional ce seront de belles paroles; Or nous sommes tres loin d'avoir (en dehors des STEP) les elements necessaires

fleurent | 25 février 2012 à 19h41
 
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Dans notre pays où la centralisation énergétique est maximale, n'attendez rien de l'Etat pour encourager la décentralisation: c'est une utopie.
Celà ne peut venir par des initiatives citoyennes que chacun voudra
bien faire...
Le seul moyen de faire "bouger" l'Etat en France, c'est par la pression
citoyenne...Malheureusement, je ne suis pas sûr que celà motive les
gens. On en est encore au stade de quelques francs tireurs disséminés
sur le territoire.
J'aimerai être contredit.

django 53 | 26 février 2012 à 13h33
 
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La décentralisation est évidemment l'axe fort de la transition énergétique, et c'est aux acteurs locaux d'ouvrir la route. il ne faut pas compter sur l'état. les SRCAE et compagnie sont un os à ronger.

il y a évidemment une "réticence" (le mot est faible), une vrai opposition des multinationales de l’énergie, parmi les plus riches de la planète, qui ne vont pas se laisser prendre leur marché comme ça (marché qu'elles exploitent et développent depuis prés d'un siècle)

le stockage de l'électricité n'est pas une fatalité, loin de là. il est toujours évoqué comme le problème majeur parce que justement, on prends comme référence le système électrique centralisé actuel, ses THT, ses puissances et ses consos pharaoniques. pour ça oui il n'y a que les STEP.

Mais à une échelle locale, on est parfaitement en capacité d'ajuster la consommation et la production et les solutions techniques ne manquent pas:
- biogaz justement
- micro cogénération et micro hydraulique
- stockage air comprimé et chimique
- heures creuses remplacées par "heures solaires/éoliennes"
etc...
- et bien sur, réserver l’électricité à ses usages spécifiques!

Djer

djer | 27 février 2012 à 12h46
 
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il est aisé de constater la réticence des acteurs traditionnels de l'énergie à partager le marché de l'énergie qui est devenu leur "propriété" au détriment des populations les plus dévaforisées. Que faut -il entreprendre pour que ces acteurs traditionnels "cèdent du terrain" aux collectivités territoriales ?

Annah | 27 février 2012 à 17h10
 
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Je l'ai expliqué Annah, c'est par la pression citoyenne sur le gouvernement que l'on peut faire changer les choses et ainsi
créer un cadre législatif favorable à la décentralisation de
l'énergie.
Je reste optimiste quand même, car plus les coûts de l'electricité,
du gaz et du fioul augmentent, et plus celà incitera les particuliers à produire par différents moyens leur propre énergie.

django 53 | 27 février 2012 à 19h02
 
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la "réticence" des multinationales n'est pas évidente pour tout le monde loin de là, ces dernières cachent leur jeux et investissent (phagocytent?) ici dans le solaire, ici dans l'éolien, là dans le greenwashing.
Quant aux collectivités locales elles ont un nombre invraisemblables de compétences leur permettant d'oeuvrer dans le bon sens: urbanisme, transport public, propriétaires des réseaux, structuration de filière biomasse/sylvicole/agricole, production d'énergie renouvelable etc...
Mais élus et techniciens n'ont pas encore pris la mesure des enjeux, tout comme les citoyens d'ailleurs, des initiatives comme Enercoop, Energies partagées et consorts sont encore trop informelles.

On est surtout dans un blocage généralisé des mentalités qui passivement, attendent encore et toujours la solution ultime venir de l'état centralisateur. Alors que les solutions sont multiples et innombrables et viennent d'en bas.

djer | 27 février 2012 à 21h20
 
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Le malheur est que pour convaicre nos politiciens du bien fonde des energies renouvelables c'est les lobby qui entourent l'assemblee nationale autant que le senat et qui bloque toutes initiatives allant dans le sens de la reduction Chavez a une journee de la martinique a du petrole eh bien non on va l chercher en norvege a 12jours de traversee qui dit meiux

charlery | 01 décembre 2012 à 23h11
 
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