En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

“ Il faut reconnecter la population avec ceux qui résolvent les problèmes environnementaux ”

En amont du premier tour de l'élection présidentielle, Jacques Cheminade, candidat de Solidarité & Progrès précise pour Actu-environnement ses propositions en matière de mix énergétique, d'agriculture ou encore de santé environnementale.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
   
“ Il faut reconnecter la population avec ceux qui résolvent les problèmes environnementaux ”
Jacques Cheminade
Candidat à la Présidentielle 2017 pour Solidarité & Progrès
   

Actu-Environnement : Comment vous inscrivez-vous par rapport à la transition énergétique lancée par le précédent quinquennat ?

Jacques Cheminade : Il ne faut pas se tromper de transition énergétique : si l'on ne peut que soutenir les initiatives pour l'isolation des logements et les économies d'énergie lancées par le gouvernement, je m'oppose cependant à la volonté de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique (rappelons que la part du nucléaire n'est que de 17 % dans les énergies françaises). Pas que je défende Areva, et la filière telle qu'elle est aujourd'hui, de plus en plus libéralisée et financiarisée. Mais il faut prendre en compte le facteur densité des énergies. Les énergies renouvelables ne sont pas gratuites – et d'ailleurs elles ne sont pas sans impact pour les milieux naturels environnants. Par exemple, une éolienne, c'est beaucoup de métal, de béton, et consomme de l'espace au détriment des terres agricoles et forestières ou des zones de pêche. De même, les panneaux solaires, c'est aussi beaucoup de terres rares ! Si les renouvelables peuvent être de bonnes solutions d'appoint dans certains cas particuliers, pour des habitations isolées par exemple, ils ne peuvent être la base énergétique pour l'ensemble du pays.

C'est pourquoi je défends une transition énergétique vers une économie basée sur l'hydrogène, permettant de "sortir" graduellement des hydrocarbures. Cela signifie des investissements conséquents dans le "nucléaire du futur" (réacteurs de IVème génération, à neutrons rapides, à sels fondus associés au thorium, puis la fusion par laser, par confinement inertiel, etc.). Pour moi, il est évident que la simple multiplication des systèmes de sécurité pour les réacteurs nucléaires en service ne suffira pas. C'est uniquement grâce à la mise au point de réacteurs de conception nouvelle et dotés de sécurité intrinsèque qu'on progressera dans ce domaine. Seules la disponibilité de personnel qualifié et la validité des projets fixeront une limite aux investissements que je garantirai avec ma politique de crédit productif public.

AE : La santé est une préoccupation majeure des Français. Que prévoyez-vous en matière de santé environnementale ?

JC : Là encore, la nécessité d'améliorer la qualité de l'air plaide en faveur du nucléaire du futur. La sortie du nucléaire de l'Allemagne s'est soldée par l'ouverture de nouvelles centrales à charbon et à lignite, pour la production intermittente des renouvelables – il faudrait d'ailleurs étudier de plus près à quel point les vagues de pollution que nous subissons en France ne viennent pas de nos voisins allemands.

A court terme, il faut lancer très vite une politique de transports publics plus ambitieuse, dans les cadres urbain et interurbain. On ne peut plus tolérer les embouteillages sur les grands axes d'accès et les périphériques de toutes les grandes villes, et les problèmes de stationnement à l'intérieur. Comme le premier candidat écologiste à la présidentielle, je défends le retour, avec des moteurs de la génération actuelle, à l'aérotrain de l'ingénieur Bertin, l'extension du ferroutage pour éviter l'encombrement par les camions et le financement avec des aides publiques de la voiture à hydrogène, dont la production en masse permettra de diminuer fortement la pollution. Cela peut paraître loin pour certains, mais la poste est déjà en train d'expérimenter des véhicules de livraison à l'hydrogène et les Allemands ont commandé à Alstom des trains à hydrogène ! Je suis aussi partisan, grâce aux transports terrestres à grande vitesse, de type aérotrain et maglev, de réduire au maximum les vols continentaux de moins de 1.500 kilomètres. La construction d'un aéroport comme Notre-Dame-des-Landes correspondrait ainsi à une conception dépassée du transport à laquelle je m'oppose.

AE : Comment envisagez-vous l'évolution du modèle agricole français ?

JC : Il faut refaire de l'agriculture un grand métier d'avenir. Nous assistons à sa destruction, car elle s'est développée selon un modèle ultra libéral, soumis à un profit financier à court terme, au détriment des agriculteurs et de la qualité des produits. Je défends une agriculture productive mais raisonnable, se débarrassant de la pression d'un productivisme aveugle.

Pour y parvenir, une régulation publique (sous forme de quotas, stocks d'intervention, fonds de garantie…) de tous les secteurs de production agricole est indispensable, soit au niveau européen, soit au niveau français. Elle doit assurer aux agriculteurs des prix rémunérateurs, pour qu'ils puissent s'attacher à produire de la qualité. En allégeant la pression qui pèse sur eux, nous leur permettrons de concilier naturellement agriculture et environnement. Il faut par ailleurs empêcher l'éradication du modèle de la ferme familiale, de petite taille ou de taille intermédiaire, car elles sont compétitives et permettent de développer l'ensemble de nos territoires.

Enfin, nous souhaitons favoriser les circuits courts afin de rapprocher les consommateurs des producteurs, et donc limiter les impacts des transports sur l'environnement. Une partie importante de la commande publique devrait aller à des productions locales et nationales, en priorité aux PME. L'agriculture et les agriculteurs sont aujourd'hui essentiels en milieu rural et devront le rester. Pour cela, il faut à la fois changer l'image de l'agriculture qui est innovante en faisant appel aux nouvelles technologies (données satellitaires, drones…) et revaloriser les formations agricoles.

AE : L'arrivée du phénomène de ZAD complique l'aménagement du territoire. Comment concilier développement économique local avec le respect des milieux ?

JC : Tout grand chantier implique pédagogie et dialogue avec la population sans jamais sacrifier l'intérêt général à des intérêts particularistes. Plus profondément, je crois qu'il faut se débarrasser d'une fausse opposition entre opportunisme financier et une image hors-sol de la nature qui s'est développée dans l'imaginaire collectif. En période de crise grave, comme aujourd'hui, les gens ne croient pas à l'avenir, ils pensent que leurs enfants vivront moins bien qu'eux et ils s'opposent par principe à tout ce qui est nouveau. Une écologie politique, mais non scientifique, s'est emparée de ce conservatisme de temps de crise pour l'instrumentaliser à ses propres fins et répandre une image foncièrement pessimiste de l'Homme.

Il faut reconnecter la population avec ceux qui créer, inventent et résolvent les problèmes que nous pose notre environnement physique. Cela passe par l'éducation bien-entendu : un contenu et une manière d'enseigner qui permettent aux enfants de mesurer d'une part le progrès accompli par l'humanité sur le temps long, et d'autre part l'étendue des inconnus qui restent à explorer. Je mobiliserai dans ce sens la chaîne publique France 5, pour qu'elle dépêche ses équipes auprès des institutions publiques comme le CNRS ou le CEA, mais aussi partout où l'on crée, où l'on découvre. L'enjeu est de faire renaître une culture du progrès et l'espérance en l'humanité.

AE : De quelle manière entendez-vous mettre en œuvre une politique environnementale au sein de votre gouvernement ? Quel budget prévoyez-vous pour vos mesures et comment les financez-vous ?

JC : Je veux sortir de la guerre des chapelles : il faut réconcilier les dimensions économiques, sociales et environnementales des politiques de l'Etat. Je pousserai à la mise en place de missions conjointes entre le ministère de l'Environnement et les autres ministères, notamment le ministère de la Mer et de l'Economie bleue et le ministère de l'Espace que je veux créer. Moderniser et rendre cohérentes nos infrastructures de transport sur l'ensemble du territoire, nettoyer les océans des déchets plastiques, nettoyer l'orbite terrestre des débris de satellites, opérer une révolution agricole sur une nouvelle compréhension des sols vivants : tels seront les grands défis auxquels ces ministères devront œuvrer ensemble.

Réactions1 réaction à cet article

 

C ' est bien gentil tout ça , mais :
la fusion n'est pas réaliste et n' a rien d'écolos

Les transports en commun ,on sait faire ; pas besoin "d'innover"

Les renouvelable qui consomment des matériaux : béton , métal et métaux rares , c'est rien par rapport aux centrales traditionnelles et pourquoi s'en inquiété pour cette industrie et pas avant ?

Les nouveautés technologiques peuvent plus toxique que les anciennes : Et le pyralène ?...
Quoiqu' ne pense Mr Cheminade , il faudra bien un peu décroitre !

nightstalker | 13 avril 2017 à 16h52
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question au journaliste Philippe Collet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…