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Jour du dépassement : comment la France d'Emmanuel Macron peut le faire reculer d'ici à 2027

Le 5 mai 2022, la France a déjà consommé plus de ressources naturelles que le pays en produit chaque année. Si le nouveau mandat d'Emmanuel Macron est « écologique », reculer le jour du dépassement au 30 mai, en 2027, est possible, selon le WWF France.

Gouvernance  |    |  Félix Gouty  |  Actu-Environnement.com
Jour du dépassement : comment la France d'Emmanuel Macron peut le faire reculer d'ici à 2027

À deux jours de l'investiture, ce samedi 7 mai, d'Emmanuel Macron, réélu à la présidence de la République, la France a déjà consommé l'équivalent de toutes ses ressources naturelles disponibles depuis le début de l'année 2022. Autrement dit, « ce nouveau quinquennat commence dans une situation où nous avons déjà épuisé tout notre crédit de nature », résume Isabelle Autissier, présidente d'honneur du WWF France.

Dans l'entre-deux tours, Emmanuel Macron a néanmoins fait la promesse de donner la priorité à la « planification écologique ». L'association en a examiné le potentiel au regard du jour du dépassement, dans une nouvelle étude. Quelles mesures, déjà engagées ou complémentaires, sont nécessaires pour renverser la tendance d'ici à la fin de ce nouveau mandat, en 2027 ?

Le dépassement, une histoire de politique ?

   
Évolution du jour du dépassement de la France en fonction du début et de la fin des mandats présidentiels. © WWF France
 
   
D'après les calculs des experts du Global Footprint Network (GFN), la date symbolique du « jour du dépassement » de la France est également tombée le 5 mai en 2017 (pour le 2 août à l'échelle mondiale), au début du premier mandat du président. Cette stagnation n'est pas exactement une bonne nouvelle. Elle succède à un recul de onze jours en dix ans durant les mandats précédents, contrebalancé par une avancée de quarante-trois jours opérée depuis 1981, année durant laquelle le jour du dépassement national a été estimé au 6 juin. « Par le passé, la majorité des présidents ont laissé l'empreinte écologique de la France se creuser, atteste le WWF France dans son étude. À l'inverse, lorsque l'empreinte écologique de la France a été réduite et que le jour du dépassement de la France a reculé au cours d'un mandat pour arriver plus tard dans l'année, c'était le fait des conjonctures de crises économiques et financières », en référence aux conséquences du choc pétrolier dans les années 1970, puis de la crise des « subprimes » en 2007.

« Selon que le président élu décide de ne rien faire de particulier, de mettre en œuvre les engagements déjà pris par la France (précisément, les engagements pour la réalisation desquels elle s'est dotée de moyens), ou de renforcer l'ambition de la France dans chacun des secteurs de la transition écologique, les résultats sur l'empreinte écologique, sur la biodiversité, sur la santé et sur les emplois ne seront pas les mêmes », explique l'ONG. Pour le savoir, cette dernière a fait appel au système de modélisation du GFN, auquel elle a associé des données macroéconomiques plus ou moins extrapolées en fonction des actions qui seront réalisées au cours des cinq années à venir. Le système du GFN a ainsi permis au WWF France d'estimer l'empreinte globale de la France, découpée en plusieurs composantes : les émissions de gaz à effet de serre, l'utilisation des surfaces par l'activité agricole, l'exploitation des forêts pour le bois d'œuvre ou de chauffage, le taux d'artificialisation des terres pour la construction et l'intensité de la pêche. Agir pour réduire l'empreinte dans chacune de ces composantes doit permettre à la France de « gagner » un certain nombre de jours sur la vitesse à laquelle elle épuise la totalité théorique de ses ressources naturelles annuelles.

Gagner vingt-cinq jours en cinq ans

 
Gagner vingt-cinq jours, c'est peu, mais cela amorcera une progression sur les décennies à venir pour retrouver, peut-être, un jour du dépassement en décembre  
Pierre Cannet, WWF France
 
Si la France continue sur sa lancée actuelle et n'engage aucune action supplémentaire pour atteindre les objectifs fixés notamment par sa Stratégie nationale bas carbone (SNBC), le WWF France estime qu'elle provoquera un recul du jour du dépassement national de deux jours – soit, le 3 mai 2027. Ce scénario du « laisser-aller » s'appuie principalement sur le modèle du scénario tendanciel, formulé par l'Agence de la transition écologique (Ademe) dans son rapport « Transition(s) 2050 ». Si Emmanuel Macron se contente de suivre l'ambition, en l'état, de la SNBC, de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), mais également des lois Climat et résilience, Egalim, Agec et LOM, le jour du dépassement de la France ne reculera que de cinq jours, pour s'arrêter au 8 mai 2027.

En revanche, selon le WWF France, le pays a la capacité de réaliser un recul bien plus important : d'au moins vingt-cinq jours en cinq ans. Pour arrêter le jour du dépassement de la France au 30 mai 2027, l'association préconise un scénario « planification écologique » s'appuyant sur un renforcement des engagements politiques préexistants et une série de mesures sectorielles, comme :
- atteindre 700 000 rénovations « performantes et globales en une à deux étapes seulement » chaque année ;
- baisser de 20 % la consommation en protéines animales par rapport à 2022 (par exemple, manger de la viande rouge, non importée, tous les trois jours plutôt que tous les jours) et, plus spécifiquement, de 50 % la consommation de poissons prédateurs (saumon, thon, etc.) ;
- porter à 18 % la part des véhicules électriques dans le parc automobile et à 15 % celle du vélo dans l'ensemble des trajets ;
- et réaliser les objectifs de réduction du gaspillage alimentaire et de l'artificialisation des sols, finaliser la Stratégie nationale sur la biodiversité (SNB) et réviser le plan stratégique national en faveur de l'agroécologie dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC).

 
Les cobénéfices de la planification écologique Reculer le jour du dépassement de la France n'est pas le seul bénéfice d'un « virage écologique ». Dans son scénario « planification écologique », le WWF France estime notamment entraîner un doublement du nombre d'emplois « soutenus » par la transition écologique : passer de 680 000 à 1,2 million d'emplois dans les secteurs concernés. En respectant la SNBC et en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, elle chiffre également à 28 000 le nombre de vies humaines sauvées par l'amélioration de la qualité de l'air à l'échelle nationale en 2027. De plus, les mesures prises pour atténuer l'empreinte de la France peuvent « contribuer à l'effort collectif de protection de sept espèces témoins » : les coraux, le hêtre, le lynx d'Europe, la rainette verte, le thon rouge, les hirondelles rustiques et les abeilles sauvages.
 
Par ailleurs, pour mettre en œuvre cette planification écologique comme il se doit, le WWF France recommande de « doter le gouvernement d'un contrôle et d'une évaluation de l'action en matière d'écologie ». Ce « passe climatique » appliquerait un filtre auquel chaque proposition de loi, de décret ou d'arrêté serait confrontée avant son adoption pour analyser ses conséquences sur le climat et la biodiversité. « Du point de vue institutionnel, cela correspondrait à réorganiser la construction des décisions en réinjectant de l'évaluation dans tout le travail de planification », avance Pierre Cannet, directeur du plaidoyer de WWF France, qui compte sur un organe comme le Haut Conseil pour le climat (HCC) pour exercer ce filtre.

« Gagner vingt-cinq jours, c'est peu, mais cela évitera de reculer et amorcera une progression sur les décennies à venir pour retrouver, peut-être, un jour du dépassement en décembre, remarque Pierre Cannet. D'autant qu'une partie non négligeable de notre empreinte globale repose sur l'importation. Il reste donc encore des efforts à faire à l'étranger, notamment en Europe, pour accompagner la planification écologique à l'échelle nationale. »

Réactions7 réactions à cet article

 

le WWF c'est une ONG sans scientifique ... Sur tous les continents la plante qui évapore le plus d'eau c'est l'arbre (le feuillus) et c'est pour cela qu'il répond le mieux à la crise climatique ! Contrairement aux idées reçues aucun champ irrigué ne pourra évaporer plus d'eau qu'une forêt ! En saturant l'air en eau la végétation provoquent les pluies , évacue 60% de la chaleur et limite les radiations solaire !
.
la régulation thermique de l’atmosphère est automatique tant que les surfaces exposées au soleil sont couvertes d’eau ou de végétation, autrement dit : c’est la sécheresse des sols qui provoquent le dérèglement climatique et non pas le dérèglement climatique qui provoque les sécheresses, le climat se dérègle quand les continents ne transpirent plus !

laurent | 05 mai 2022 à 08h48
 
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Jour du dépassement... en réalité tout début janvier, ne pas prendre les gens pour des prunes : quid des hydrocarbures ??? Et c'est pas les éoliennes et les panneaux PV importés en quasi-totalité et nécessitant du gaz en back-up qui vont le faire reculer.

dmg | 05 mai 2022 à 13h56
 
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Je lis qu'il est fait mention d'abeilles "sauvages"... mais "notre" fameuse abeille "nationale" ne serait-elle pas majoritairement une espèce d'élevage, relativement éloignée de ces dites "sauvages"?

nimb | 06 mai 2022 à 08h51
 
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Bonjour @nimb,
Merci pour votre lecture. Pour répondre à votre commentaire, je reprends ce que le WWF énonce dans le présent rapport :
"Les abeilles sauvages sont les ouvrières de la pollinisation de 80 % des plantes à fleurs que les populations humaines et le bétail consomment. L’abeille mellifère, domestiquée, produit le miel et ne représente qu’une seule des 1 000 espèces recensées en France. Ce « service » de pollinisation est évalué à 150 milliards d’euros par an dans le monde."

Félix Gouty Félix Gouty
06 mai 2022 à 09h39
 
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Quelle est la base scientifique de cette notion du jour du dépassement ?
Mis à part lancer des alertes et de nous faire la morale continûment, comme d'hab, que fait Madame Autissier pour le bien de l'humanité ? A-t-elle vraiment compensé toute son existence de plaisancière professionnelle (comme elle approche la soixantaine, ses pratiques d'alors n'étaient pas vraiment du genre écolos...
Je sens que je vais me faire des copains... J'adore ça !

Albatros | 11 mai 2022 à 13h31
 
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Bonjour Albatros,
Merci pour votre lecture. Pour répondre à votre première question : il s'agit d'un calcul effectué sur 15 000 points de mesure par Global Footprint Network (mené par la Footprint Data Foundation). Il s'appuie sur les données recueillies par les Nations unies et des agences telles que l'AIE, ensuite traitées par la York University’s Ecological Footprint Initiative. Les données sont cependant "disponibles dans un délai de trois à quatre années" donc les calculs annuels sont des estimations prospectives (et le jour du dépassement des précédentes années est régulièrement mis à jour).

Félix Gouty Félix Gouty
11 mai 2022 à 14h57
 
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Tupy et Pooley: « The Earth’s atoms may be fixed, but the possible combinations of those atoms are infinite. What matters, then, is not the physical limits of our planet, but human freedom to experiment and reimagine the use of resources that we have. »

Albatros | 16 mai 2022 à 17h00
 
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