En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement
Pole Expertise

Les entreprises doivent intégrer l'impact de leurs produits sur les Objectifs de développement durable

Alors que se tient jusqu'au 19 juillet prochain à New York, le second Forum politique de haut niveau consacré à la mise en œuvre des objectifs de développement durable, Julia Haake et Jaspreet Duhra de l'agence de notation Oekom research interpellent les entreprises sur leur impact sur les ODD.

Avis d'expert  |  Gouvernance  |    |  Actu-Environnement.com

Presque un an et demi après l'adoption des ODD, les entreprises et les investisseurs veulent de toute évidence comprendre ce que le terme"durable" signifie réellement. C'est une bonne nouvelle dans la mesure où la réalisation des 17 objectifs et 169 cibles des ODD nécessite de lever chaque année – et ce jusqu'en 2030 - deux à trois billions d'euros supplémentaires auprès des entreprises et des marchés financiers.

En 2015, plus de 40% des 1.000 entreprises actives évaluées par PwC, dans le cadre d'une étude récente, ont déclaré qu'elles espéraient intégrer les ODD dans leur stratégie commerciale dans un délai de cinq ans,mais il reste à voir si ces déclarations se concrétiseront. La communauté des investisseurs a accueilli favorablement les ODD car ils peuvent servir de cadre aux investissements financiers durables. Plusieurs investisseurs institutionnels majeurs au rang desquels APG, PGGM, Actiam et Kempen se sont engagés à participer activement aux investissements de développement durable (IDD) dans des secteurs qui contribuent à la réalisation des ODD.

Il paraît toutefois nécessaire de simplifier les ODD, qui sont détaillés, complexes et parfois contradictoires, pour qu'ils puissent servir de cadre aux investissements durables, et définir des méthodes permettant de mesurer et d'évaluer les contributions de chaque entreprise à la réalisation des ODD.

Savoir si les produits et services d'une entreprise contribuent directement au développement durable - et de quelle manière ils le font - pèse de plus en plus dans les décisions d'investissement. Les données et études qui s'intéressent uniquement à la gestion des risques et à la bonne gouvernance sont inadaptées ; elles doivent donc être complétées par une analyse approfondie des gammes de produits.

Nous analysons depuis de nombreuses années avec notre outil de "Corporate Rating" les caractéristiques de durabilité des produits et services proposés par les entreprises. Pour aller encore plus loin, nous avons mis au point la "Sustainability Solutions Assessment", méthode homogène et systématique qui appréhende et évalue la contribution du portefeuille de produits d'une entreprise au développement durable en s'appuyant sur les ODD. Elle permet d'évaluer finement la performance globale d'une entreprise en matière de durabilité à partir d'une analyse de sa gouvernance, de facteurs environnementaux et sociaux et de sa gamme de produits et de services.

L'alignement sur les ODD : la méthodologie d'évaluation des produits

Les ODD des Nations Unies s'adressent pour l'essentiel aux États, et ne sont donc pas tous pertinents pour les entreprises. Nous avons retenu 15 objectifs s'inspirant fortement des ODD pour évaluer les conséquences d'une catégorie de produits ou de services donnée sur le développement durable.

Chaque objectif fait l'objet d'une analyse qualitative afin d'apprécier : 1) si une catégorie de produits ou de services a un impact positif net, qui peut être limité ou conséquent ; 2) son absence d'impact net lorsqu'il est impossible d'estimer précisément si cet impact est négatif ou positif ; 3) si son impact peut contrarier plus ou moins la réalisation des ODD. Enfin, nous déterminons le pourcentage du chiffre d'affaires imputable aux différentes catégories de produits et services.

L'ensemble de l'analyse comprend 75 points de données par entreprise ; il est ainsi possible d'évaluer une gamme dans son ensemble en s'appuyant sur le pourcentage du chiffre d'affaires réalisé par chaque catégorie de produits et services en rapport avec les objectifs individuels. Les effets de chaque produit sur les différents objectifs retenus sont ainsi mis en évidence ; nous démontrons également s'il y a éventuellement compensation entre les effets négatifs d'un groupe de produit et ceux, positifs, d'un autre groupe, et de quelle manière cette compensation s'opère.

Nous reprenons ci-après quelques-uns des premiers résultats de notre évaluation produits basée sur les ODD pour les entreprises de l'indice Stoxx Europe 600. Ainsi 600 sociétés implantées dans 17 pays européens ont été analysées afin de déterminer si elles respectent l'ODD "Lutte contre le changement climatique".

Lutte contre le changement climatique

Plus de la moitié (337) des sociétés de l'indice ont au moins un produit ou service contribuant à l'objectif de lutte contre le changement climatique. Sur 600 entreprises, 234 proposent des produits qui ont un impact positif net et 71 seulement ne vendent que des produits qui ont un impact positif.

Le pourcentage de chiffre d'affaires réalisé par des produits à l'impact positif net n'est que de 1% pour 144 entreprises sur 600 : en d'autres termes, elles génèrent 99% de leur chiffre d'affaires avec des produits qui ne contribuent pas à la réalisation de l'objectif. Il s'agit pour l'essentiel d'entreprises présentes dans la finance, les télécommunications, les logiciels, les technologies de l'information et les machines. 15 entreprises tirent 100% de leur chiffre d'affaires de la commercialisation de produits qui ont un impact à la fois positif et négatif sur l'objectif : elles sont présentes dans les infrastructures de transport, le transport et la logistique.

Plus de 40% (266) des sociétés de l'indice vendent des produits qui ont un impact négatif net sur l'objectif de lutte contre le changement climatique ; précisons cependant que 117 d'entre elles ne réalisent que 1% de leur chiffre d'affaires avec des produits qui entravent cet objectif. Ces entreprises appartiennent souvent au secteur financier et au secteur chimique.

103 sociétés seulement vendent des produits qui ont un impact négatif sur l'objectif, et 73 entreprises tirent moins de 20% de leur chiffre d'affaires de produits qui ont un impact plus négatif que positif ; elles se retrouvent majoritairement dans l'aéronautique, la défense, l'automobile, les services et équipements gaziers et pétroliers, les fournisseurs de mazout et de carburants gazeux.

Des stratégies de transformation dans le sens de la durabilité

Les ODD jouent un rôle de cadre conceptuel pour les décisions d'investissement et de gouvernance durables qui continuera de s'affirmer dans les années à venir, comment en témoignent les récentes tentatives pour mesurer les contributions des acteurs économiques à la réalisation de ces objectifs.

Nous estimons qu'une analyse détaillée de la performance de durabilité d'une entreprise doit toujours d'une part inclure tant l'aspect gestion des risques que l'aspect gouvernance de l'entreprise, et d'autre part évaluer l'impact de leurs produits et services.

Dans l'hypothèse où les gammes de produits n'arriveraient pas à suivre le rythme, même les entreprises qui ont mis en place des structures adaptées de gestion des risques pourraient être mises sous pression par les processus de transformation.

Le déploiement de l'analyse approfondie des produits réalisée avec la "Sustainability Solutions Assessment" sur la base des ODD se poursuivra courant 2017. Son intégration dans le "Corporate Rating" d'oekom sera complétée par une évaluation des stratégies de transformation mises en oeuvre par les entreprises.

Nous poserons notamment aux entreprises les questions suivantes : comment leurs stratégies traitent-elles les conséquences des produits et services sur le développement durable ? Leur gamme va-t-elle évoluer au cours des années à venir? Ont-elles défini des cibles mesurables pour promouvoir la vente de produits durables ? Prévoient-elles concrètement de réduire ou de supprimer progressivement les produits non durables ? Notre prochaine évaluation sur la prise en compte de la durabilité dans la gestion d'entreprises se penchera sur les réponses que les entreprises auront fournies à ces questions dans la "Corporate Responsibility Review 2018".

Avis d'expert proposé par Julia Haake et Jaspreet Duhra, Directrice du développement international et du bureau de Paris, Senior Manager Client Relations et Directrice du bureau de Londres chez oekom research

Réactions1 réaction à cet article

 

Et si on commençait par ne plus produire non éthique et non-éco-défendable ?

Sagecol | 13 juillet 2017 à 06h46
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…