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La France face aux défis de l'environnement et de l'efficience énergétique

Alors que la France prépare un plan de rénovation énergétique des logements et un projet de loi pour le concrétiser, les moyens qu'elle compte y mettre interrogent de nombreux acteurs, notamment Laurent Bénédit, responsable réglementation Europe du Nord-Ouest chez Connectivité Chaffoteaux.

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Environnement & Technique N°379 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°379
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Sur la scène européenne, la France fait figure de référence en matière d'efficience énergétique avec notamment, depuis 1974, une succession de règlementations thermiques dans le bâtiment. Aujourd'hui, le label E+C- (pour "énergie plus, carbone moins") introduit dans le neuf une nouvelle approche autour des émissions de carbone. Depuis novembre 2016, ce dernier est expérimenté dans l'hexagone pour affiner le contour de la réglementation environnementale 2020, en particulier en ce qui concerne la faisabilité technique et économique. Par ailleurs, de nouvelles ambitions en termes de rénovation devront être exprimées pour traiter le parc existant. Mais, pour adresser l'ensemble de ces sujets, la France se donne-t-elle réellement les moyens de ses ambitions ?

Expérimentation du label E+C- : 1 an après, un bilan mitigé

Partant de la réglementation RT2012, avec un seuil de 50 kWhep/m2/an dans le neuf, l'objectif de la France en matière d'efficacité énergétique, se veut toujours plus ambitieux. Le label E+C- en est la nouvelle démonstration. Dans les faits, cependant, depuis le lancement de sa phase d'expérimentation, on recense seulement une petite centaine de projets en résidentiel. La raison ? La complexité des informations à collecter et le surcoût que la mise en conformité entraîne pour les constructeurs, qui reste difficile à répercuter sur les donneurs d'ordres. Le manque d'informations autour de ce label, tout comme l'absence d'incitation financière limitent également le passage à l'acte. Pour autant, l'expérimentation nécessite d'être enrichie, afin de nourrir le seuil qui sera fixé pour la future exigence réglementaire.

C'est pourquoi nous avons décidé, aux côtés de plusieurs industriels des secteurs thermiques, aérauliques et frigorifiques, d'accompagner les acteurs du marché, en nous engageant dans une démarche collective au sein d'Uniclima. Celle-ci vise à mettre à disposition des bureaux d'études des outils de caractérisation des solutions qu'ils analysent, sous la forme de fiches PEP pour "Profil Environnemental Produit". Ces dernières, génériques et classées par grandes familles (équipements solaires, générateurs thermodynamiques, chaudières gaz…), permettront à toute la filière de mesurer aisément l'impact environnemental des produits.

Même s'il est encore trop tôt pour tirer de ces premières expérimentations des conclusions définitives, les seuils les plus élevés fixés par ce label nous semblent aujourd'hui inatteignables. Qu'il s'agisse de ceux avancés pour le gaz, même combiné à des énergies renouvelables (niveau carbone C2), comme pour l'électricité (niveau Energie E4), ils s'avèrent utopiques à l'échelle du bâtiment seul.

Il faudra laisser le temps aux professionnels de s'adapter à ces nouvelles exigences et fixer des niveaux raisonnables pour ne pas écarter des systèmes constructifs ou des énergies. En effet, il faut savoir qu'à ce jour, environ 20% des projets déposés à l'observatoire E+C- ne sont déjà pas conformes au premier palier E1-C1 du label.

Dans la rénovation, place à l'incitation !

Pour les logements existants, l'objectif d'une consommation énergétique de 80 kWhep/m2/an à l'horizon 2050 semble, là encore, difficilement atteignable, certains éléments structurels des bâtiments ne pouvant pas toujours être modifiés. Pour autant, au niveau des équipements, la récente mise à jour de la directive éco-conception encourage la généralisation de la chaudière à condensation. Si cette mesure est respectée sur le terrain, elle permettra d'améliorer l'efficience des bâtiments existants.

Sur le volet de l'incitation financière, il semblerait que l'on se dirige vers un crédit d'impôt, qui prendrait la forme d'une prime versée au démarrage des travaux : une voie à suivre. Mais on peut également imaginer aller plus loin, en mettant en place un dispositif à deux vitesses : soit une aide équivalant à 30% du coût des équipements efficients, soit une autre allant jusqu'à 40 ou 50% si, grâce aux travaux engagés, l'habitation atteint le niveau de 80 kWhep/m2/an.

D'autre part, concernant le remplacement des chaudières à gaz pour les ménages les plus précaires, des démarches telles que les certificats d'économie d'énergie ou l'arrêté "coup de pouce" (substitution d'une chaudière gaz individuelle par une chaudière neuve à haute performance énergétique) mériteraient d'être prolongées.

Et pourquoi ne pas imaginer la mise en place, obligatoire, d'un système d'estimation et de mesure des consommations énergétiques poste par poste (eau chaude, chauffage…) ? Cela permettrait aux particuliers de connaître le poids exact que représente chaque dispositif dans leurs dépenses et de développer individuellement des éco-gestes. Une autre voie d'amélioration serait d'étiqueter les générateurs existants d'un point de vue énergétique, afin de favoriser leur modernisation.

Quant aux solutions connectées, elles apparaissent désormais comme une aide précieuse pour réduire ses factures énergétiques. Un champ d'investigation tout à fait réaliste, compte tenu des chaudières connectées commercialisées aujourd'hui, qu'il est toujours obligatoire d'entretenir pour garantir leur sécurité comme leur performance.

Des solutions identifiées existent donc pour permettre à notre pays de rester un modèle vertueux en matière d'efficacité énergétique et environnementale. Reste que nous devons aussi faire preuve de réalisme pour donner envie aux acteurs du secteur de s'impliquer !

Avis d'expert proposé par Laurent Bénédit, Responsable Réglementation Europe du Nord-Ouest  chez Connectivité Chaffoteaux

Réactions2 réactions à cet article

 

Pleinement d'accord avec un système d'estimation et de mesure des consommations énergétiques poste par poste.
Juste une question: depuis le temps que des guignols accrédités font des "diagnostics" (je ne sais plus combien j'en ai reçu à la maison), comment se fait-il qu'aucun n'a été foutu de produire une telle estimation ?

Albatros | 06 mars 2018 à 12h19
 
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La mise en place d'un système obligatoire d'estimation et de mesure des consommations énergétiques: de l'une dépend l'autre. La mesure est facile à faire en ajoutant un compteur sur chaque poste de fourniture énergétique et en réalisant un audit énergétique des habitations; mais qui va payer ? Pour le moment cet audit n'est demandé que pour les habitats collectifs, et il coûte relativement cher. De plus, quand il est "mauvais" il induit des travaux très coûteux. Donc encore une dépense de plus à la charge de la population, on en revient toujours au même point...

gaia94 | 05 avril 2018 à 16h27
 
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